Annecy 2020 Online | En ligne, ne te découvre pas d’un fil

L’une des conséquences du confinement et de la crise sanitaire aura été, vous ne pouvez l’ignorer, l’annulation d’un grand nombre d’événements ou de festivals qui devaient se dérouler au printemps ou à l’été 2020. Le Festival d’Annecy, auquel nous nous rendons chaque année avec un plaisir intact, aurait pu être l’une des nombreuses victimes du coronavirus. Bravement, l’équipe organisatrice a pourtant tenté de proposer une offre en ligne pour remplacer le festival physique.

Cette version online est accessible à tous, sur accréditation – payante, 15€ seulement – et donne accès aux courts-métrages, à (certains) longs-métrages, aux Work-in-Progress, bref à l’ensemble de la programmation à laquelle nous aurions eu droit en temps normal. Si forcément nous regrettons de ne pas pouvoir aller plonger nos pieds dans le lac annéciens entre deux projos, nous aurons l’immense joie de découvrir les films animés sélectionnés. Parmi les avants-premières très attendues : Petit Vampire, le nouveau film de Joann Sfar (Le chat du Rabin), adapté de sa propre bande-dessinée, ou Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de l’excellent Rémi Chayé (Tout en haut du monde). Citons aussi les nouveaux Patrick Imbert (Le Grand Méchant Renard) et Masaaki Yuasa (Lou et l’île aux sirènes, Mind Game), dont on découvrira les premières images durant le Festival. Mais c’est sur les choses qu’on ne connaît pas, dont on n’attend rien au premier abord, qu’on mise en premier. Annecy, c’est vrai, c’est d’abord le plaisir de la découverte et des surprises, et ça, on ne nous l’enlèvera pas.

Pour plus d’informations, rendez vous sur le site du Festival d’Annecy

Le Festival d’Annecy Online 2020 aura lieu du 15 au 30 juin.

Jacques Rivette – Le cinéaste qui étudia le geste de création

Comprendre son propre processus de travail semble être pour un artiste une étape importante à en croire l’abondante littérature qu’ils ont tendance à laisser derrière eux. Journaux publiés, textes savants, auto-portraits ont permis de documenter de manière précise leurs processus, leurs motifs, leurs raisons, leurs quotidiens. Cette aspiration à peut être trouver l’essence même de leur processus n’a jamais porté ses fruits, et leur action garde une part de naturelle étrangeté, d’incertitude génétique.

Au cinéma, l’un des apports du groupe de cinéastes issu des Cahiers du cinéma au début des années 1960 fut certainement la prise en considération de leur propre situation de créateur. En tentant de comprendre ce qui suscite leur geste, chacun va tenter de donner d’y donner du sens, de manières différentes, théoriques ou esthétiques : interroger ses maîtres et sa filiation dans une Histoire du cinéma, chercher à comprendre l’influence des autres arts (notamment la littérature, ou la peinture) sur leurs propres œuvres… Jacques Rivette en est un parfait exemple tant son cinéma repose sur cette idée de la création, et sur ce désir de la filmer. En ressortiront des œuvres aux formes atypiques, permettant la pleine étude de son sujet : laisser le temps de la création se dérouler devant nos yeux, comme pour tenter de la saisir.

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Réflexion générale sur le fait de voir un film au cinéma

Lorsque je pense voir un film avec mes amis, mes parents, ou même seul, je m’imagine d’abord aller au cinéma, c’est à dire le lieu de projection de l’objet cinématographique. Le film y est projeté, mais n’est pas « Cinéma », du moins il ne définit pas ce qu’est le cinéma car le film existerait comme objet cinématographique, comme objet du Cinéma, qui ne dépendrait pas de son expérience en salle. Que l’on y aille pour voir la dernière superproduction hollywoodienne ou un film sélectionné lors du festival de la Rochelle, le cinéma me semble être le fait, pour le spectateur, d’accepter de se placer volontairement dans une situation de réception du film dans une salle, et ce, en compagnie d’autres spectateurs dans une situation similaire à la sienne.

La foule spectatrice ne moralise pas la création cinématographique qui lui est proposée, elle accepte l’œuvre, qu’importe sa qualité ou son ambiguïté. Il ne s’agit pas de refuser un film avec pour raison que ce dernier est un film de propagande, qu’il mette en évidence un schéma bourgeois, voire qu’il s’agisse du travail d’un réalisateur controversé, mais il s’agirait d’accepter une proposition lors de la projection, qu’importe ses caractéristiques, qu’importe son éthique.

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Le Massacre des Morts-Vivants – Déclin des vivants

La figure du zombie est quelque chose de proprement fascinant. Cet humain réanimé d’entre les morts a rapidement envahi mon imaginaire, et ce dès mes 9-10 ans, amenant aussi bien m’attacher qu’à fuir ce monstre. Le premier contact fut le jeu vidéo, Resident Evil, version 2002, où ces corps décharnés s’avançaient vers moi dans les couloirs d’un immense manoir. En décomposition, avec cette démarche étrange et vacillante pleine de maladresse, mais surtout avec ces bruits, ces râles. Cette incarnation de la mort et du devenir de notre corps, où le contrôle et la conscience n’est plus, le seul objectif étant de mutiler et de nourrir l’autre, m’accompagne depuis. Une sorte de passion qui m’a conduit à certainement vers d’autres œuvres, et en l’occurrence le cinéma.

Je suis toujours friand de films de zombies : aussi bien de ceux qui se rapprochent des racines haïtiennes du mythe, comme Vaudou de Jacques Tourneur, que de ceux qui prolongent la direction introduite par Romero avec sa saga des Morts-Vivants. Au milieu de tout ça restent des films d’exploitation européen surfant sur le succès de La Nuit des Morts-Vivants dès 1968, profitant du boulevard offert par Georges Romero qui attendra presque dix ans pour pouvoir en faire un autre. Une production abondante mais peu explorée à titre personnel, en dehors de quelques films de Fulci et quelques nanars de Bruno Mattei. C’est là que j’apprends que Shadowz, plateforme de SVOD axé cinéma « de genre », rajoute à son catalogue Le Massacre des Morts-Vivants de Jorge Grau. Une curiosité hispano-italienne que je voulais voir depuis quelques temps.

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La Jetée – Histoire d’un instant

L’instant dans l’œuvre cinématographique, si l’on garde l’étymologie latine du mot instant, à savoir instans : ce qui est imminent, dérivé du verbe sto : être immobile, est alors pour moi l’image figée dans le déroulement filmé. Dans Le petit soldat (1963) de Jean-Luc Godard, le personnage de Bruno Forestier disait du cinéma : « La photographie cest la vérité. Et le cinéma cest vingt-quatre fois la vérité par seconde ». De cette phrase, nous ne retiendrons que la comparaison à la photographie. Le cinéma semble donc jumeau de la photographie en ce qu’il capte l’instant dans son mouvement. Il garde le déroulement au service de l’impression du temps par le spectateur. Je veux dire par là que l’image-mouvement mène à la conception de l’image-instant par le spectateur.

Le souvenir que j’ai de la vague du Finis Terrae (1929) de Jean Epstein, c’est celle d’un monde entre Ouessant et les pêcheurs de goémon, d’un monstre d’eau qui venait emprisonner Ambroise sur une île où le temps n’est que ce qu’il a. Le temps était ici allongé, je ne pouvais qu’attendre avec lui [Ambroise] que la mer se calme, que les vagues cessent, que le temps reprenne son cours une fois le vent levé. Capturer le mouvement de la mer revenait alors à saisir l’indompté, le sauvage, mais aussi le merveilleux que l’on peut percevoir face à cette étendue bleue infinie.

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Le blog Le Film Jeune Lyonnais fête ses trois ans !

Plus de deux cent articles ont été publiés sur le blog Le Film Jeune Lyonnais depuis son lancement, il y a trois ans aujourd’hui. Pour en célébrer l’anniversaire, voici quelques articles que nous retenons de la jeune histoire du blog…

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Séjour dans les monts Fuchun – Récit au bord de l’eau

Le premier jour de l’année, je suis allé au cinéma. Je voulais sortir, prendre l’air, aller me promener, que ce soit au parc, en ville ou le long du Rhône. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais heureux, et je voulais partager ce moment avec quelqu’un. J’ai donc rejoins un ami qui habite à deux pas de chez moi. Au fil de la conversation nous vient l’idée d’aller au cinéma. Il ne nous reste qu’à choisir le film et la séance. Je remarque une affiche qui me fait penser aux films présentés au festival du premier film d’Annonay auquel nous allions, à la sortie du lycée, lorsque nous étions ensemble à l’internat.

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Étoiles du LYF | Les films à découvrir sur la plateforme

Vous permettre de découvrir ou redécouvrir ces films que l’association LYF a accompagné ces dernières années lors du Festival du Film Jeune de Lyon : c’est l’objectif du site les Étoiles du LYF. Presque 250 films y sont ainsi listés, et plus de 120 visibles immédiatement, gratuitement, grâce aux réalisateurs ayant rendu accessibles leurs créations. Mais que voir en premier ? Voici quelques films que l’équipe du blog vous recommande tout particulièrement.

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Midsommar – Ari Aster, le faux prophète

Voilà quasiment un an que le dernier d’Ari Aster est sorti. Promu nouvelle coqueluche du cinéma horrifique après l’enchaînement de deux longs-métrages très commentés, beaucoup le voyaient comme celui qui allait redonner de la vie à un cinéma en pleine déconfiture depuis plusieurs années, entre métrages produits à la chaîne et petits trucs indés qui sortaient un peu des sentiers battus sans vraiment s’affirmer. Un cinéma sous perfusion qui vivait encore des « James Wan-eries », l’homme qui venait de faire somnoler le genre au début des années 2000 avec quelques petites réussites, comme Saw, qui ont bien vite montrés leurs limites.

Après Hérédité qui donnait quelques espoirs, nous voilà face à ce fameux Midsommar. Un film que tout oppose à son prédécesseur, passant de la nuit au jour, d’un environnement fermé à un environnement ouvert, d’une maison à la nature… Une attention louable qui allait nous confirmer ou non un réalisateur en devenir. Hélas, au vu du titre de cet article, vous vous doutez bien que la promesse se transforma en doutes puis en déception.

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Atlantique – Au delà de l’océan

Grand Prix de l’édition 2019 du Festival de Cannes, Atlantique est le premier long métrage de Mati Diop, réalisatrice franco-sénégalaise. Le film trouve ses fondations dans un pitch simple : Ada est une jeune sénégalaise éperdument amoureuse de Souleiman. Elle le fréquente en secret, alors qu’elle est promise à Omar. Un soir, alors qu’elle a rendez-vous avec son bien-aimé, il n’est pas là. Elle apprend par une amie que Souleiman et d’autres garçons sont partis par l’océan rejoindre l’Espagne. 

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