Cannes 2018 – BlacKkKlansman : contre l’absurde haine

Grand prix – Cannes 2018

La possibilité de parler de la haine et du racisme n’est pas donnée à tout le monde il semblerait bien, à fortiori dans l’ère de Donald Trump, de l’établissement de murs et de volonté de repli identitaire. Tout le monde s’accorde sur les maux, mais pas sur le remède. Pire, rares sont les films qui savent simplement poser le problème : Trump est élu et il faut lutter. Spike Lee, cinéaste engagé (au sens noble du terme), est justement en quête de longue date de constituer une pleine respectabilité pour les populations afro-américaines. Malgré une véritable traversée du désert d’une dizaine d’années (l’horrible remake de Old Boy,…), l’élection encore récente du bonhomme jaune à la présidence des États-Unis a réveillé le militant pour les droits civiques et il faut croire son inspiration au passage. Inspiration qui passe d’ailleurs par le fait que le film a été coproduit par Jordan Peele, fraîchement oscarisé pour son Get Out. Continuer la lecture de « Cannes 2018 – BlacKkKlansman : contre l’absurde haine »

Cannes 2018 – Une affaire de famille : l’affaire de Kore-eda

Palme d’or – 71e Festival de Cannes

La famille, c’est l’affaire de Kore-eda. De film en film, il étudie le quotidien, sa transformation, comprendre ce qui nous relie à des gens que nous n’avons pas choisi. Ce nouveau film est un coup de force. Pour la première fois (en tout cas, première fois depuis longtemps), le cinéaste japonais transcende pleinement les problématiques qui l’animent. La famille n’est pas à penser qu’à partir de deux axes, dans une logique binaire, autour du lien du sang et du lien social (ce qu’il fait dans Tel père, tel fils, un chef d’œuvre d’élégance et de précision). Ici, l’ambiguïté, la complexité, caractérisent son style. Sorte de film thèse, Une affaire de famille vise avec une certaine noirceur à comprendre la difficulté à saisir le concept de famille. Si je te nourris et que je t’aime, je suis ta famille, mais si nous sommes tes parents et que nous te battons, aux yeux de la société, je resterais ta famille. Est-ce que c’est immuable ? Est-ce qu’on ne pourrait pas apparaître et disparaître de la vie des autres ? Continuer la lecture de « Cannes 2018 – Une affaire de famille : l’affaire de Kore-eda »

Cannes 2018 – Introduction

Cette année encore, Le film jeune lyonnais a pu se rendre au Festival de Cannes ! Retrouvez ici l’ensemble des articles en lien avec la 71e édition du Festival de Cannes pendant les jours qui viennent…

Cannes 2018 – Une affaire de famille : l’affaire de Kore-eda

Cannes 2018 – BlacKkKlansman : contre l’absurde haine

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Dix pour cent : une perle à la française

L’été approche, malgré les révisions, et c’est pour ça que Le Film Jeune Lyonnais s’attache à passer en revue les séries qu’on vous conseille pour la plage, la montagne, ou simplement chez vous.

Me voilà à la recherche d’une série légère et loin des thrillers/drames et j’en passe que j’ai l’habitude de suivre sur Netflix. Mes amis me conseillent Dix pour cent et là, la crainte : une série française, quelle horreur ! Je décide de dépasser mes préjugés et me voilà plongée dans cette série de 12 épisodes d’environ 50 minutes répartis en 2 saisons. Les épisodes passent et je ne m’arrête plus : les épisodes sont longs mais jamais longuets, l’intrigue est simple, mais jamais simpliste.

Tout tourne autour d’une agence d’artistes parisienne et de ses salariés, tous plus atypiques les uns que les autres. Chacun, par ses traits particuliers, apporte sa pierre à l’édifice venant rendre plus palpitante et habiller la présence de véritables célébrités françaises, cette dernière venant donner originalité et aplomb à la série. Au fil des épisodes, chaque personnage se dévoile et présente les traits types du commun des mortels : jalousie, possessivité, envie, courage, amour, mauvaise foi, opportunisme, égocentrisme, regrets… et j’en passe. Les faiblesses de chacun nous offrent une palette de personnages attachants, nous donnant envie de poursuivre l’aventure et de découvrir leur devenir.

Dix pour cent, c’est aussi une série qui milite à sa façon. Je vous laisserais découvrir par vous-même ce que j’entends par là, et vous recommande largement la série si vous souhaitez quelque chose de léger, touchant, drôle sans pour autant vous prendre le chou avec une série en VOST ou une version française mal doublée. Dix pour cent vous entraîne dans l’envers du décor du show business avec des rebondissements qui vous donneront (peut-être) envie de toucher au monde des agents.

Dix pour cent (saison 1 et 2 disponibles), créée par Fanny Herrero, d’après une idée originale de Dominique Besnehard, Michel Vereecken, Julien Messemackers

La série a été créée et est co-réalisée par Cédric Klapisch, que nous avions rencontré l’année dernière à l’occasion de la sortie Ce qui nous lie :

Interview de Cédric Klapisch (Ce qui nous lie, L’Auberge espagnole, Le Péril Jeune,…)

Hallucinations Collectives 2018 – Des sorcières ? C’est un peu magique en tout cas…

Les Hallucinations Collectives, c’est un peu un moment qu’on attend pour se nettoyer un peu les yeux devant des choses étonnantes, étranges, rares et difficiles à voir. C’est un grand bonheur très lyonnais qu’aller le week-end Pascal se faire sonner la cloche (la tête, ndlr) au Comoedia ! Et cette année, il y en avait des choses à voir !

À commencer par The Lords of Salem (2012) de Rod Zombie : un des moments forts de cette édition, la projection d’un film jamais sorti en salle mais devenu culte en quelques années, ce qui ne s’est pas démenti au vu du succès de la séance – organisée un mercredi à 15h ! De même, saluons la soirée Chic Corée : deux œuvres peu (en fait, pas) montrées en France : Welcome to Dongmakgol (2005) et The Fake (2013). Le premier, réalisé par Kwang-Hyun Park est consacré au déchirement entre les deux Corées pendant les années 1950, n’est pas sorti en France mais l’excellent bouche à oreille qui accompagnait le film s’est confirmé dans la salle. Quant à The Fake, réalisé par Yeon Sang-ho (Dernier Train pour Busan), il sortira en Blu-ray dans quelques semaines – film d’animation, industrie dans laquelle le réalisateur a commencé – a marqué plus d’un festivalier par sa noirceur. Certains en parlaient encore à la clôture, c’est pour dire… Continuer la lecture de « Hallucinations Collectives 2018 – Des sorcières ? C’est un peu magique en tout cas… »

Dark : une bonne série d’outre-Rhin

L’été approche, malgré les révisions, et c’est pour ça que Le Film Jeune Lyonnais s’attache à passer en revue les séries qu’on vous conseille pour la plage, la montagne, ou simplement chez vous.

Bien que mot anglais, Dark c’est très allemand comme mot, à l’image de la série : monolithique, précis, efficace et plein de profondeur mystérieuse. Accrochez-vous pour 10 épisodes de voyage dans le temps, dans l’espace et dans votre moi intérieur. Continuer la lecture de « Dark : une bonne série d’outre-Rhin »

J’ai Rencontré le Diable : « Un chef d’œuvre diabolique qui plonge dans les profondeurs noires de l’âme humaine »

La vengeance, en voilà un grand sujet de cinéma. Nombre de réalisateurs l’ont filmé sous ses multiples coutures, captant avec un regard affûté toute la violence et les déchirements humains qu’elle entraîne. Mais avec J’ai Rencontré le Diable, rarement elle nous aura parue si brutale, si complexe, si irréversible…

Sorti en 2011, J’ai Rencontré le Diable nous raconte l’histoire de Soo Hyun, un jeune agent de sécurité qui, après le meurtre de sa fiancée, se lance dans une quête vengeresse dont il ne sortira pas indemne. Réalisé par Kim Jee-Woon, l’un des metteurs en scène de ce qui fut un temps appelé « La Nouvelle Vague Coréenne » (comprenant notamment Park Chan Wook, Bong Joon-Ho et Na Hong-Jin), le film transcende un script simple par une approche complexe et une vision jamais uniforme des thèmes qu’il soulève.

J’ai Rencontré le Diable (2011)

Cet uppercut filmé dépeint avec un jusqu’au boutisme rare toute la dualité de l’être humain et capte, au travers d’une mise en scène tour à tour nerveuse et lancinante mais toujours virtuose, ce basculement inconscient de l’homme vers le monstre. Kim Jee-Woon, avec une maîtrise déconcertante, met à mal notre notion de justice, de bien et de mal, et questionne notre animalité, notre part d’ombre… La violence sans concession des images pourra décourager les plus sensibles à s’aventurer dans ce voyage au cœur des ténèbres mais, pour les plus téméraires, le jeu en vaut définitivement la chandelle, tant l’expérience vécue pendant plus de 2h ne ressemble à aucune autre.

Porté par deux acteurs tétanisants de justesse et d’intensité (Lee Byung-hun et Choi Min-sik) et une BO qui retourne les tripes par ses décibels semblant être constituées d’émotions brutes, J’ai Rencontré le Diable est une œuvre dont on ne ressort définitivement pas indemne. Un film qui embrasse toute la noirceur de son histoire pour livrer un morceau de cinéma abyssal conduisant le spectateur à un point de non-retour. Un chef d’œuvre diabolique qui plonge dans les profondeurs noires de l’âme humaine pour finalement délivrer un discours fascinant sur l’humanité perdue d’un monde malade. Un crie de rage qui happe notre regard du premier au dernier instant, nous fait suffoquer et nous accable d’émotions aussi intenses que contradictoires. Percutant et définitif.

J’ai Rencontré le Diable (2011) de Kim Jee-Woon. Avec Lee Byung-Hun, Choi Min-sik, Oh San-ha.

Pour découvrir d’autres articles d’Aurélien Zimmermann, n’hésitez pas à vous rendre sur son site Watching The Scream

Le nom des gens : « Un film bouleversant car il croit indéniablement en la vie »

Michel Leclerc est un réalisateur qui a débuté dans le milieu du cinéma en tant que monteur. C’est grâce à son court-métrage Le poteau rose, primé à Cannes, que sa carrière est véritablement lancée.

Leclerc est également scénariste au côté de Carine Tardieu dans le long-métrage Otez moi d’un doute et La tête de Maman, œuvres dans lesquelles on retrouve la brillante originalité scénaristique du cinéaste. C’est donc son talent dans l’écriture qui a permis à Le nom des gens de recevoir le César du meilleur scénario. Ce film a été primé notamment pour avoir révélé Sarah Forestier, qui y fait preuve d’un humanisme sublime. Elle a reçu le César de la meilleure actrice et l’étoile d’or du premier rôle féminin. Ce long métrage est porté principalement par Sarah Forestier donc et Jacques Gamblin. Et déjà, l’idée de nous présenter ce duo à l’écran est judicieuse. Continuer la lecture de « Le nom des gens : « Un film bouleversant car il croit indéniablement en la vie » »

Les passantes selon Charlotte Abranow

Ce samedi 10 mars, je tombe par hasard sur mon fil d’actualité Facebook sur le clip officiel des « Passantes » de Georges Brassens. C’était, pour ne pas dire, deux jours après la journée internationale du droit des femmes. Mais pourtant le lien entre cette journée, ou l’état d’esprit qui en ressort, et la chanson du bon vieux moustachu, ne m’a pas tout de suite percuté et tant mieux je dirais. Continuer la lecture de « Les passantes selon Charlotte Abranow »