Il était une seconde fois – Et si on modifiait le destin ?

Il était une seconde fois est une série en 4 épisodes d’environ cinquante minutes dans lesquelles nous suivons Vincent (Gaspard Ulliel), largué quelques mois plus tôt par sa copine, Louise (Freya Mavor). Il pense encore à elle. Un jour, le livreur dépose par mégarde un autre colis que le sien contenant un cube lui permettant de revenir quelques mois en arrière, à l’époque où il était encore avec Louise. Il va alors tout tenter pour la reconquérir. Continuer la lecture de « Il était une seconde fois – Et si on modifiait le destin ? »

Martin Eden – Le héros romantique face au monde

Faire l’éloge de la liberté et du savoir en dressant le portrait de toute une époque – dans ses mutations, ses évolutions, ses désillusions, tel était le projet de l’italien Pietro Marcello en adaptant un roman de Jack London. S’il conserve la figure du jeune marin prolétaire souhaitant devenir écrivain, il décale le récit dans les citées portuaires méditerranéennes, et place son récit hors du temps : on reconnaît le XXe siècle mais on ne saurait évaluer la période qui s’écoule dans le film, les décennies traversées.

La culture, et la liberté qu’apporte la connaissance, étaient inaccessible à Martin Eden. La situation change quand il rencontre la jeune Elena Orsini, étudiante bourgeoise napolitaine dont il s’entiche. L’éducation apparaît alors comme une nécessité : savoir lire permet de ne plus passer pour un ignorant, permet de plaire à sa douce, à ce milieu qui lui était inaccessible. Tout le monde convient qu’elle permet en plus d’éradiquer la pauvreté, d’émanciper l’Homme. En fait, comme le dit Martin Eden lui-même, grâce aux livres il a appris à mettre des mots sur ce qu’il voit : l’avilissement, la misère, la soumission, l’extrême précarité. Il découvre une expression pour qualifier ce qu’il vit : la lutte des classes. Le savoir lui permet non pas de militer pour une cause, mais pour un idéal de société : il sera celui qui critiquera et contestera les idéologies boursouflant son époque – le socialisme révolutionnaire et le libéralisme bien pensant. En cherchant une autre voie, celle de l’artiste, il s’isole, au risque de ne jamais en revenir… Continuer la lecture de « Martin Eden – Le héros romantique face au monde »

Joker – Une tragédie humaine portée par un surhomme

Michael Moore (Bowling for Columbine, Fahrenheit 9/11) défend un film « d’utilité publique » dans le contexte de la polémique déclenchée par le film. Il s’est évertué à dénoncer cette hypocrisie qui voudrait qu’on ait peur d’un film plutôt que de ce qu’il dénonce, car c’est bien ce qu’il dénonce qui est au cœur du problème.

Enthousiasmé par ce retour d’un cinéaste que j’adule, je me suis précipité à la première occasion pour voir ce tant attendu Joker de Todd Philips, avec Joaquin Phoenix. Lion d’Or à la Mostra de Venise (plus ancien festival de cinéma du monde s’il faut le rappeler), une interprétation de Joaquin Phoenix portée aux louanges, tout était là pour me plaire.

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Annecy 2019 | La fameuse invasion des Ours en Sicile – Eh bien : dansez maintenant

Critique écrite lors du Festival d’Annecy 2019

Compétition – Annecy 2019

Présent à Annecy l’année dernière à l’occasion d’un Work In Progress, ce long-métrage franco-italien de Lorenzo Mattotti était sujet d’attentes d’autant plus fortes que le film a finalement été présenté en première mondiale au dernier Festival de Cannes, en section Un Certain Regard… Adapté d’un conte de jeunesse de Dino Buzzati, La fameuse invasion des Ours en Sicile repose sur une intrigue assez simple : le roi des ours a perdu son fils, et décide d’aller dans la grande ville des Hommes tenter de le retrouver. Ce qui constituait ainsi l’intrigue de Buzzati est devenu dans le traitement qu’en fait Jean-Luc Fromental et Thomas Bidegain un conte narré par  le troubadour itinérant Gedeone, et par son assistante Almerina, à un vieil ours vivant au fond d’une grotte glaciale…

Reposant sur une esthétique très colorée, irréelle, mêlant des techniques  d’animation 2D et 3D, le résultat s’avère profondément fantasmagorique. Cette musique entêtante (des tarentelles typiques de la Sicile), les mésaventures traversées par ces ours rencontrant des personnages et des créatures étranges, ainsi que le discours moral tenu par le film, le place dans la descendance d’un certain animation d’excellence – on pourrait penser à des classiques comme Le Roi et l’Oiseau ou à certains des films d’Hayao Miyazaki.

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L’ACID à Lyon : sept films présentés au Comoedia du 4 au 6 octobre

L’Association pour le Cinéma Indépendant et sa Diffusion – que nous avions rencontré il y a bientôt deux ans – revient au Comoedia à Lyon. Cette reprise désormais traditionnelle début octobre sera l’occasion de rencontres et d’échanges avec des équipes de films et des représentants de l’association.

L’occasion de découvrir des propositions de cinéma fortes, des témoignages de notre époque, des œuvres prometteuses de jeunes cinéastes ou des raretés souvent peu visibles sur nos écrans. Parmi nos recommandations : Kongo, d’Hadrien La Vapeur et Corto Vaclv (qui sortira en salle en mars 2020), un documentaire sur un guérisseur africain accusé de magie noire. Une témoignage anthropologique étonnant où l’on parle d’esprits et de spiritisme, tout en dressant un portrait de l’Afrique contemporaine. La reprise de l’ACID donnera à certains une seconde chance de découvrir Vif-Argent de Stéphane Bahut, peut être un des plus beaux films de l’année passé malheureusement trop inaperçu auprès du public. Véritable invention poétique, mêlant fantastique et romance, Vif-Argent raconte l’histoire d’un jeune homme décédé rencontrant, alors qu’il est sous une forme spectrale, une femme dont il tombe amoureux. Enfin, dernier conseil : Mickey and the Bear, premier film de l’américaine Annabelle Attanasio – un portrait touchant de l’émancipation d’une jeune adolescente, face à son père brutal. Continuer la lecture de « L’ACID à Lyon : sept films présentés au Comoedia du 4 au 6 octobre »

Les Hirondelles de Kaboul – Le chant des hirondelles restées libres

Y’a-t-il déjà eu un Kaboul libre ? C’est en exergue ce qui ressort de conversations croisées au fil des Hirondelles de Kaboul, long-métrage d’animation réalisé par Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec. Un Kaboul en ruine, ravagé par la guerre, devenu le quotidien de ces familles, de ces enfants, de ces groupes d’hommes. Ces derniers s’amassent sur les places publiques pour assister – et participer – à une lapidation, devenue un spectacle de rue comme un autre. Les plus âgés se souviennent de la guerre contre l’Union Soviétique – même les plus anciens se souviennent qu’avant, c’était déjà la guerre. La paix et la liberté semblent des souvenirs lointains, un rêve entraperçu en passant devant de vieux bâtiments. Des traces ont survécu : cette librairie, ce « cinéma/théâtre », ou cette université dont on traverse les restes, comme des témoignages de ce qui a été, comme des témoignages de ce qui aurait pu être. Ce ton, ces accents que prend le film se retrouve dans son esthétique : cette peinture à l’aquarelle vient évoquer un souvenir, un trait doux où il manque quelque chose, l’espace n’est pas parfaitement rempli. Le dessin a quelque chose d’aérien. Continuer la lecture de « Les Hirondelles de Kaboul – Le chant des hirondelles restées libres »

FFJL 2019 – Cérémonie d’ouverture ce vendredi !

Pour la quatrième année consécutive, le Festival du Film Jeune de Lyon réunira pendant deux semaines une génération de jeunes réalisateurs – lycéens, étudiants, encore en école ou jeunes professionnels. Découvrez cette nouvelle édition – déjà exceptionnelle – à partir de 18h ce vendredi 20 septembre, à l’auditorium Malraux (Université Lyon 3 – Jean Moulin) !

La cérémonie, en présence de l’équipe du Festival, sera suivie par la projection de Jeter l’ancre un seul jour (2018), court-métrage du président du jury fiction Paul Marques Duarte.

Jeter l’ancre un seul jour (2018) de Paul Marques Durate

La cérémonie d’ouverture du Festival du Film Jeune de Lyon 2019 aura lieu à partir de 18h le vendredi 20 septembre à l’auditorium Malraux (24 rue du Professeur Rollet, 69008 Lyon).

Plus d’informations ici !

Une Fille Facile – Vacances au goût amer

Sofia (Zahia Dehar) retrouve sa cousine Naïma (Mina Farid) à Cannes, le temps d’un été. Nous suivons leurs aventures, à la croisée des mondes : Naïma est une jeune fille issue d’un milieu populaire, et Sofia, dont on devine le métier d’escort girl, nage dans le milieu aisé. Lors de ces vacances, elles rencontrent deux hommes, riches, et nouent une relation avec eux.

Entrons dans le vif du sujet : j’ai passé un bon moment, j’aime le côté vintage de l’image, la musique, les sons, les paysages. La forme est belle, on se sent à Cannes : soleil, plage, soirées, cette ambiance légère qui nous a tous déjà fait tiquer – « tiens, je me sens en été ». Le choix des acteurs est judicieux et appréciable : Rebecca Zlotowski l’a soulignée elle-même, le choix de Mina Farid comme une jeune femme moins « tape à l’oeil », pas très sexualisée, qui incarne parfaitement l’image de l’adolescente « comme tout le monde »; Zahia Dehar, personnage sulfureux mais qui revendique l’acceptation de soi, de son corps, de sa liberté sexuelle. Nuno Lopes (André) et Benoît Magimel (Philippe) dont les personnages sont loin des clichés bourgeois. Continuer la lecture de « Une Fille Facile – Vacances au goût amer »

Once Upon a Time in Hollywood – Le nouveau conte de Tarantino

Attention, cette critique contient des spoilers importants sur le contenu du film.

Quentin Tarantino, nous le savons, c’est le gars qui aime exalter les références qui ont construit son propre cinéma. Du western-spaghetti aux monstres d’Universal Studio en passant par le film de Kung-Fu, sa filmographie est un véritable pot-pourri d’idées revisitées par la patte Tarantino. Amoureux du cinéma qui séduit les amoureux du cinéma, son neuvième et avant-dernier film dévoile plus que jamais cet éloge du 7e art. Ce qui fait la grande force de ce nouveau long-métrage, c’est sa capacité à s’approprier ses références pour les mettre au service d’une œuvre propre particulièrement personnelle. Continuer la lecture de « Once Upon a Time in Hollywood – Le nouveau conte de Tarantino »

Rétrospective Mizoguchi – Au bonheur des dames

Édit du 24 septembre : le distributeur Capricci a mis en place un crowdfunding pour financer l’édition du coffret contenant les huit films de Mizoguchi, ainsi qu’un livre inédit contenant textes, photos et entretiens avec les collaborateurs du réalisateur. Pour soutenir le projet et pré-acheter le coffret : cliquez-ici !

C’était certainement l’un des événements de l’été : la ressortie en salle de huit chefs-d’œuvre du maître japonais Kenji Mizoguchi. Trop rares sur les écrans français, certains de ses films étaient même devenus quasi-invisibles, même sur support physique. La restauration de ces classiques, tournés entre 1951 et 1956 (année de la mort du réalisateur), était une occasion de se replonger dans la densité de son regard, aux propos complexe et toujours aussi puissant. Continuer la lecture de « Rétrospective Mizoguchi – Au bonheur des dames »