[Cannes 2017] Happy End de Michael Haneke

Compétition officielle

C’est l’un des champions absolus du Festival de Cannes. Haneke retourne en compétition officielle à Cannes après deux Palmes d’Or d’affilée en 2009 avec Le Ruban Blanc et en 2012 avec Amour. Son nouveau film, forcément attendu, ne remplit pourtant pas toutes ses promesses. Mis à part son introduction absolument dantesque sur laquelle nous allons revenir, le film se repose sur ses acquis et les thématiques haneke-ienne habituelles. Un mauvais film ? Non, loin de là. Juste un film qui ne surprend au final que très peu…

Cette introduction, filmée avec un téléphone portable à la verticale, se découpe en 4 plans-séquences. Le premier montre une femme qui fait sa toilette avant d’aller se coucher, avec des messages survenant avant qu’elle n’agisse – comme si des ordres lui étaient donnés. Le second montre un hamster en cage, les messages expliquant pourquoi sa consommation de médicament visait bien à le tuer. Le troisième montre à nouveau la femme, mangeant, et cette fois-ci est précisé que le plat contient ces fameux médicaments. Enfin, le dernier montre la femme allongée, avant qu’on n’appelle une ambulance. Cette séquence de 5 minutes tout au plus est un coup de maître: l’individu est enfermé dans le cadre comme le hamster dans sa cage. L’hyper-connectivité le dirige dans ses actions. Pourtant, ces thématiques ne sont pas tellement présentes dans le reste du film, ou du moins la fraicheur de cette idée de mise en scène est totalement sous-estimée.

La bourgeoisie, par exemple, est toujours chez Haneke accompagnée de vices, de troubles, de mensonges, et ici c’est toujours le cas, mais sans plus. Comparée à un La Pianiste, la bourgeoisie de Happy End fait figure ici d’un classicisme décevant. L’un trompe sa femme avec une autre ayant des goûts extrêmes, l’autre veut mourir parce qu’il est vieux mais tout le monde l’en empêche… Bref, rien que du très classique. Fantine Harduin, par contre, propose quelque chose de beaucoup plus immoral et intéressant – on saluera d’ailleurs la qualité de son interprétation, véritablement la découverte du film.

Quant au sujet des migrants – supposé être l’un des points de départ du film, qui se déroule à Calais –, on ne retrouve ce sujet que dans deux scènes assez grossières et simpliste : oui, les serviteurs de cette famille sont issus du Maghreb, pas besoin qu’une personne gueule au détour d’une scène que se sont leurs « esclaves ». L’idée était déjà compréhensible. L’autre scène, beaucoup plus intéressante, arrive à la fin du film. Cette scène de déjeuner d’anniversaire s’avère manquer de folie là où il y en a des traces trop polies. Le propos en aurait-il d’ailleurs gagné si le scénario était allé au bout de sa logique ? Qui sait. Le dernier plan, en tout cas, filmé aussi avec un téléphone, ne manque pas de panache, quand on y réfléchit.

Le film sortira le 18 octobre en France.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Rédacteur en chef - blog "Le film jeune lyonnais".

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