2017, année Lynch ?

Les cinéphiles avaient perdu la trace de David Lynch depuis la sortie en 2006 de son dernier long-métrage, Inland Empire, long film expérimental où l’artiste semblait découvrir avec jubilation les caméras numériques DV, comme, dans un autre style, son comparse Alain Cavalier en France.

Lynch se consacrait depuis à tous les autres projets qui lui sont chers et qui font qu’on a plus tendance à le nommer artiste au sens large du terme que plus spécifiquement cinéaste ; peintures, photographie (son œuvre, notamment la magnifique série réalisée dans des usines, est à découvrir sur son site : http://www.davidlynchphotography.com/) et même musique (auteur de deux très bons albums de blues-rock à tendance expérimentale, que je conseille vivement), …

Les cinéphiles en étaient réduits à désespérer de découvrir ses introuvables courts-métrages, ainsi qu’à se refaire l’intégralité de ses longs-métrages…

En février 2017 est sorti, malheureusement trop discrètement, un documentaire sur l’artiste, explicitement intitulé David Lynch : The Art Life. Quoique passionnant pour quiconque s’intéresse à l’homme et souhaite en apprendre plus à son sujet et le découvrir dans son intimité, ce documentaire laissait pourtant dans les bouches le goût amer de l’hommage. David Lynch était dorénavant un cinéaste du passé, un artiste vieillissant et retiré, désabusé par le monde du cinéma américain que ses films critiquent âprement et dans lequel il aura été un ovni rafraîchissant.

« David Lynch était… » « Il aura été… »

Voilà que le cinéphile se met à penser à Lynch au passé, à dresser des conclusions sur une œuvre qu’il se dit finie et qu’il n’y aura plus qu’à l’étudier rétrospectivement…

Une interview donnée il y a un peu plus d’un mois au quotidien australien The Sydney Morning Herald aura tôt fait de confirmer les craintes : « Oui. » répond-il clairement à la question « Inland Empire sera-t-il votre dernier film ? ».

C’en est donc fini de Lynch ?

Il en semblerait bien au contraire que Lynch n’ait jamais été autant sur le devant de la scène que ces derniers temps.

On sait tout d’abord bien qu’un buzz accompagne souvent les propos d’un artiste lorsque celui-ci annonce sa retraite : Steven Soderbergh, Hayao Miyazaki, Joaquin Phoenix … beaucoup sont déjà passés par là, et l’on a rarement autant entendu parler d’eux depuis.

Il faut d’ailleurs relativiser ; David Lynch a été encore une fois mal compris par les médias : « Mes remarques ont été mal interprétées. Je n’ai pas dit que quittais le cinéma. J’ai simplement expliqué que personne ne savait de quoi demain serait fait. » a-t-il déclaré sur le site internet du festival de Cannes il y a moins de deux semaines. On peut donc se rassurer.

Lynch n’a donc jamais été autant sur le devant de la scène : la sortie de la saison 3 de sa série cultissime Twin Peaks, présentée au festival de Cannes cette année, y est pour beaucoup. Adulé en partie pour ce passage à la télé, Lynch prend le pari risqué de revenir 25 ans après sur les terres hallucinées de la série qui lui valut la reconnaissance internationale, et de reprendre contact avec les fans, laissés orphelins depuis 1992 avec la sortie du film préquel Twin Peaks : Fire Walk With Me, qui avait profondément divisé le public et frustré plus d’un fan de la série.

Film qui d’ailleurs profite de l’élan autour de son réalisateur pour se permettre une superbe remasterisation 4K et une ressortie en salle, aux côtés d’un autre classique, Eraserhead, le premier long métrage du cinéaste, sorti en 1977 aux Etats-Unis.

Cela accompagné d’une ressortie, dans le cadre du programme UGC Culte, de Mulholland Drive, son avant-dernier film, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2001, et bijou cauchemardesque porté par la grâce d’un cinéaste à son meilleur, ainsi que de la diffusion du trop rare du souvent oublié Une Histoire Vraie sur TCM, chaine qui, encore une fois, permet de vraies (re)découvertes.

 

Alors, 2017, année Lynch ?

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