Interview de Mathieu Gallet (Radio France) et de Sandrine Treiner (France Culture)

Le 21 mai dernier ont été remis les prix France Culture – Cinéma au festival de Cannes à Sébastien Laudenbach pour son premier long-métrage La Jeune Fille Sans Mains, ainsi qu’à Costa Gavras pour sa carrière. Nous ainsi avons pu discuter avec Mathieu Gallet, président de Radio France, et avec Sandrine Treiner, directrice de France Culture, des enjeux liés à ces prix ainsi qu’à la place de la jeunesse et au cinéma sur leurs antennes.


Mathieu Gallet


Un jury d’étudiant vient de remettre un prix à Sébastien Laudenbach pour son premier long-métrage, La Jeune Fille sans Mains. Quelle est l’importance pour Radio France que ces étudiants puissent remettre un prix au Festival de Cannes ?

Mathieu Gallet : Pour nous, c’est l’occasion de faire participer un jeune public, de jeunes auditeurs de France Culture à la remise d’un prix à un des éléments, un des arts constitutif de notre antenne qu’est le cinéma. Sur France Culture c’est très important, comme globalement sur toutes les antennes de Radio France puisqu’on soutient plus de 130 films par an sur tout Radio France. L’idée de faire remettre un prix par des étudiants, c’est vraiment l’idée d’une transmission. 

Le fait de remettre un prix à la fois à un jeune cinéaste et à un cinéaste expérimenté, c’est aussi une manière pour les étudiants de rencontrer une certaine idée de l’industrie ?

Mathieu Gallet : Il y a une considération pour un cinéma qui est déjà inscrit dans l’Histoire et un cinéma plus en devenir, oui.

Est-ce que ça a encore du sens de remettre un prix à Costa Gavras après toutes ces années ?

Mathieu Gallet : C’est quelqu’un qui a un filmographie impressionnante et qui continue à créer. C’est aussi une histoire qui continue !


Sandrine Treiner

 

Pourquoi c’est important pour France Culture que vous organisiez une remise de prix par des étudiants ? Quelle relation voulez-vous entretenir avec eux ?

Sandrine Treiner : En fait, il y a deux raisons pour lesquelles c’est très important. La première, je pense que dans les missions de service public, il y a la diffusion des cultures et des savoirs, mais il y a aussi sa transmission. C’est une évidence de s’adresser aux nouvelles générations, et de faire en sorte qu’elles se réapproprient à leur façon, avec leurs propres codes ce qui se fait de mieux en matière de culture aujourd’hui. La deuxième raison, d’une certaine façon je pourrais dire que c’est la survie de nos médias : pourvoir être attractif pour les jeunes générations. La radio est en train de changer. Sur les 13-24 ans, aujourd’hui, c’est devenu un média numérique. Pour la plupart, ils écoutent non pas la radio mais les contenus sonore produits par la radio en y accédant par les réseaux sociaux, les sites internets, les podcasts… Donc c’est à nous de continuer à faire évoluer la radio, de telle sorte qu’elle devienne leur média vu qu’un jour nous ne serons plus là et qu’ils seront à notre place !

C’est aussi une manière pour ces jeunes de rencontrer des cinéastes accomplis et reconnus et des gens de l’industrie du cinéma. N’est-ce pas aussi une manière d’être à l’origine d’une nouvelle génération du cinéma français ?

Sandrine Treiner : Oui, il y a cette idée-là : de mettre en relation la nouvelle génération de cinéaste avec la nouvelle génération de spectateurs. Toute l’idée du prix – qui existe aussi pour la littérature – c’est de proposer aux jeunes gens, aux étudiants, de voir des films. Et d’une certaine façon, le lauréat y gagne, mais le plus important, c’est que vous puissiez voir des films. D’amener des films intéressants, innovants, de les amener jusqu’aux jeunes.

Est-ce que France Culture, dans son soutien aux films qui sortent, prend en compte dans sa ligne éditoriale la jeunesse ?

Sandrine Treiner : En fait, France Culture est une radio qui est faite par des gens qui sont très jeunes. Au micro, il y a quand même les producteurs de 3 ou 4 émissions quotidienne qui ont 30 ans. Dans les équipes, c’est plein de jeunes, qui sortent d’études. Je ne me dis pas qu’il y a la radio et il y a les jeunes. C’est une radio qui est faite par des gens de toutes les générations mais avec un véritable renouvellement. Je n’ai pas le sentiment que nous soyons extérieurs à la jeunesse. D’une certaine façon, on est dedans.

L’évolution de la manière de regarder les médias et de s’en servir, notamment depuis une dizaine d’années avec internet, remet en question notre rapport à ceux-ci.

Sandrine Treiner : Totalement, et nous ne faisons plus du tout la radio comme avant ! Aujourd’hui, quand nous concevons la grille, je pense dans le même temps à ce que ça sera pour la radio, et ce que nous proposerons sur Facebook, Twitter, ce qui sera filmé comme la remise du prix étudiant France Culture aujourd’hui qu’on mettra sur Youtube… Je ne sais pas si nous sommes suffisamment en phase, mais en tout cas, la mutation nous l’avons faite.

Est-ce que la nouvelle ministre de la culture, madame François Nyssen, a un rôle à jouer dans ces évolutions ?

Sandrine Treiner : Je pense que la problématique que nous venons d’aborder concernant la radio est une problématique qui concerne la culture de manière globale. On observe aucune diminution des pratiques culturelles, simplement, ces pratiques culturelles ne passent plus par les mêmes actes qu’avant et donc pose des problèmes de financement de la culture. Mais ce ne sont pas les pratiques culturelles qui souffrent en tant que tel. Le monde a tout autant besoin de culture et de connaissance qu’avant, c’est un fait anthropologique.

Qu’est ce que vous attendez d’elle concrètement ?

Sandrine Treiner : Nous savons qu’avec elle nous allons continuer à opérer les modifications, les changements dont nous avons besoin dans nos propres pratiques pour pouvoir continuer à diffuser par la radio ou autrement la culture, parce que c’est une question de service public et de ce qui se fait de mieux dans notre pays. On voit bien que la culture et la connaissance sont les deux vecteurs qui nous font éviter le chaos.

Interviews réalisées le 21 mai 2017 au Festival de Cannes. Remerciements à Mathieu Gallet et à Sandrine Treiner, ainsi qu’à Adrien Lavandier (France Culture) et aux équipes d’UniFrance.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Rédacteur en chef - blog "Le film jeune lyonnais".

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