[Critiques] Retour sur le Festival du Cinéma Chinois en France 2017 – Lyon

Comme chaque année , le Festival du Cinéma Chinois en France quitte la capitale pour se rendre dans des salles de projections de tout le pays. Nous avons à Lyon pu connaître quelques projections, et participer à certaines d’entre elles… ! Retour sur cette 7e édition :

Operation Mekong de Dante Lam

Sachez le : l’intérêt du festival réside dans la découverte de films chinois, ayant souvent connu un grand succès public, et comme en occident, les plus gros succès sont souvent les plus grosses productions. Operation Mekong est typiquement l’une d’entre elles : un tract militariste, propagandiste et prônant un impérialisme auquel le spectateur mécaniquement adhère parce qu’impliqué émotionnellement. Le film, qui se base sur des faits réels, raconte la traque de Naw Kham, dirigeant d’un trafic de drogue dans le « triangle d’or », c’est-à-dire la zone qui sépare la Thaïlande, le Laos et la Birmanie. Comme c’est le lieu de passage du fleuve Mékong, les trafiquants de drogue s’en servent pour faire passer leurs produits en Chine. Comme l’explique très bien la voix-off introductive, la jeunesse chinoise est bien sûre corrompue par la drogue, et il est affaire de sécurité nationale (internationale, même) d’intervenir. La Chine s’allie alors avec le Laos, la Thaïlande et la Birmanie pour mettre fin à ce trafic. Il ne s’agira en réalité d’une course poursuite pour savoir qui des quatre pays arrêtera le grand méchant en premier.

Ce méchant est si méchant qu’il exploite même des enfants en les droguant. Il les laisse même jouer à la roulette russe. Bref, un méchant très vilain, histoire de s’assurer que le spectateur ne soit pas perdu dans des dilemmes moraux. Le film est d’ailleurs assez crû : sont montrées en gros plan la mort de cet enfant en « jouant » à la roulette russe et d’un autre, carrément abattu par l’un des héros du film pour sauver son ami. Bien sûr, il ne développera pas de syndrome post-traumatique dans le film après avoir abattu dans le dos un enfant de, disons, maximum 7 ans. Cette violence assez extrême, et inexistante dans les blockbusters occidentaux, est surprenante. Surtout quand le film repose sur une opposition dichotomique bien/mal radicale et cherche à évacuer tout problème moral ou éthique pouvant la remettre en question.

Au-delà ce qui vient d’être dit, le film est intéressant : le spectateur français est totalement aseptisé par les grosses productions américaines. Il devient difficile de percevoir les codes utilisés à des fins de propagandes, qui ici, paraissent des énormités : le drapeau, la musique épique sur des scènes d’action iconiques, les valeurs défendues… Ce qui semble caricatural est en fait un miroir captivant de ce que nous ne voyons plus en regardant un film américain. Ici, les personnages principaux interviennent en attaquant un centre commercial dans lequel ils espèrent capturer le fils de leur ennemi. Dans cette scène, on oublie qu’il s’agit d’une intervention unilatérale de la part des forces spéciales chinoises, qui détruisent, saccagent l’endroit, et finalement s’enfuient lorsque les policiers locaux arrivent. En fait, l’impérialisme chinois que le film revendique est assez inédit : ce que les américains ne peuvent plus faire désormais (comme démontré par le Sicario de Denis Villeneuve), les chinois le font sans se poser trop de question.

Chongqing Hot Pot de Yang Qing

Le second film vu est un film un peu hybride. Trois amis d’enfance, suite à des travaux dans leur restaurant à fondues, découvrent un accès au coffre-fort de la banque d’à côté. Le film joue avec plusieurs tons : à la fois la comédie, la romance, et finalement le thriller. Ce mélange fait directement pensé au cinéma coréen contemporain, à des cinéastes tels que Na Hong-jin ou Park Chan-wook. La proximité va jusqu’à reprendre des choix de mise en scène, comme le plan-séquence et quelques choix musicaux issus de Old Boy. Contrefaçon ? Non, plus des influences fortes, voir des hommages. Le film est clairement une œuvre de cinéphilie : plus encore parce que c’est un film qui parle d’amitié, le générique, présentant des photographies du tournage, évoque clairement l’idée selon laquelle c’est aussi un film de potes. En fait, la vraie limite du film, c’est qu’il n’invente rien. Au-delà de sa générosité, on ne peut que souligner la maîtrise de sa dernière partie, violente, implacable et digne d’un vrai bon film de braquage.

Il est important de redire l’importance de sortir de sa zone de confort de spectateurs. Les festivals de films tels que celui-ci proposent un regard, un focus sur un cinéma dont nous ne maîtrisons pas tous les codes. Certains effets de styles, choix de mise en scène, comportements d’acteurs sont parfois vivement critiquables. Mais le cinéma chinois ne repose pas sur les mêmes références histoire que notre cinéma ou le cinéma américain. Il semble donc important d’accepter de sortir d’un certain quotidien cinéphile pour découvrir une autre culture de l’image, de la mise en scène. C’est important, d’autant plus que le cinéma chinois cache de jeunes talents qui restent à découvrir et qui pourraient, un jour, avoir une place capitale dans l’industrie du cinéma asiatique, mais aussi du cinéma mondial. Et vous pourrez dire, l’air fier, « c’est moi qui l’ai vu le premier ».

Remerciements à madame Candice Pelletier, à monsieur Noël Garino, ainsi qu’aux équipes du Festival du Cinéma Chinois en France et aux équipes de Pathé Bellecour.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Rédacteur en chef - blog "Le film jeune lyonnais".

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