Lumières d’été – Hiroshima, 70 ans plus tard

Venu du cinéma expérimental, le français Jean-Gabriel Périot réalise cette année son premier long-métrage de fiction : Lumières d’été, consacré au bombardement nucléaire de Hiroshima. Plus précisément, ce qui l’intéresse sont les conséquences de celui-ci.

Il est très difficile de comparer ce film avec le reste de son œuvre. Il s’avère « classique » au premier abord, notamment parce que doté d’une structure linéaire. Pourtant, le choix de distribuer le film avec son court-métrage datant de 2007, 200 000 fantômes, déjà consacré au drame d’Hiroshima, illustre d’une vision de cinéma personnelle et originale, loin d’être dénudée d’intérêt…

Ce n’est ni la première ni la dernière fois que ce genre de situation arrive, mais le fait d’accoler deux réalisations, surtout d’un même réalisateur sur un même sujet, est toujours révélateur. Ici, les deux démarches sont tellement éloignées qu’il s’agit pour Jean-Gabriel Périot d’exercer un effet de parallélisme : concrètement, la vision de 200 000 fantômes influencera le spectateur de Lumières d’été, qui sera alors plus sensible sur le vrai sujet de ces deux films, voir de son cinéma entier : les conséquences de la violence. Comment reconstruire, après la violence totale qu’incarne la bombe atomique, la vie sociale ? Le court-métrage répond d’une manière saisissante : le diaporama reconstitue la construction du Dôme de Genbaku, sa destruction partielle et le retour à la vie à ses alentours. Le fait d’avoir agencé dans le plan les photos est une idée proprement passionnante puisqu’il s’agit à elle seule d’une réflexion sur la nature cinématographique : est-ce que nous sommes face à du cinéma ou pas ? Est-ce que cette reproduction du temps qui passe, illusion d’un mouvement naturel des choses, est considérable comme étant cinématographique ? Le résultat qui nous intéressera ici, en tout cas, est dans le dernier plan : celui d’une famille qui pique nique avec en fond, le Dôme. Comme s’il ne s’était rien passé ? Non, parce qu’ils l’ont surmonté.

Est-ce que c’est parce que la vie doit reprendre son cours que les gens préfèrent alors fuir, oublier ce qui s’est passé ? Lumières d’été possède des restes expérimentaux évidents, et l’introduction du long-métrage, consistant en un très long entretien avec une hibakusha (une survivante de la bombe atomique), racontant en détail ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a vu, et ce qu’elle avoue avoir voulu fuir s’avère terrible. Ce témoignage impose quelque chose. Sans doute le choix du long monologue en plan séquence renforce le ressenti, mais le « courage » salué par le personnage du réalisateur à la fin de la séquence n’est pas qu’un mot, mais peut être même le sens véritable de son témoignage. Sa vérité. On pensera à Claude Lanzmann, d’ailleurs, qui use du même « procédé » cinématographique dans son Shoah, pour un « effet » proche. Précisions toutefois que la différence fondamentale est que l’introduction est jouée par une actrice… Mais cette fragilité qu’elle émane est indéniablement bouleversante.

Le sujet du film, donc, est dans l’après. Cet après se construit dès la fin de la scène avec la survivante, pour se jouer lors de la rencontre entre le réalisateur d’un documentaire sur Hiroshima et une jeune femme. Véritablement, si problème dans le film il y a, il est ici : rien n’est vraiment naturel dans la rencontre entre ces deux personnages, puis entre eux et un vieil homme et son petit fils. Alors, peut-être qu’en effet, le film parlant des fantômes du passé, il s’agissait d’avoir une lecture supra-rationnelle des choses. Mais rien n’y fait, ça ne fonctionne pas… Le groupe semble idéaliste, comme si finalement, la vie après l’horreur était ainsi impossible : c’est une illusion, un fantôme justement, comme le film le dit lui-même. Cela explique alors la fuite de la mère du petit garçon vers Tokyo, celle du réalisateur de documentaire vers la France,…

Non pas que la fiction a besoin du réel, mais la fiction a besoin de réel, or, la totalité du film (en dehors du témoignage de la survivante) est supposé être du domaine du fantastique parce que fantomatique, donc de l’irréel, ce qui ne fonctionne en résumé pas très bien ici. Le court-métrage, de 10 minutes, lui est par contre un véritable coup de coeur. Mais globalement, il s’agit d’une petite déception, mais rappelons qu’il ne s’agissait que d’un premier long-métrage de fiction…

Lumières d’été (2017) de Jean-Gabriel Périot, avec H. Ogi, A. Tatsukawa, Y. Horie. Sortie le 16 août 2017.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Rédacteur en chef - blog "Le film jeune lyonnais".

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