L’Assemblée – Allons nous parler ou crier pour être entendu

Dans le cadre de la reprise ACID au Comoedia

La parole est l’unité démocratique, c’est évident. Le cinéma n’a pas toujours eu besoin de la parole, l’Histoire nous le rappelle. Faire un film sur Nuit Debout, pour interroger notre rapport à la démocratie, à la parole, c’est soit non-cinématographique, soit non-démocratique. Pourtant, les limites se brouillent. Le documentaire de Mariana Otero renvoie à ce que nous avions tous remarqués : autant que les manifestants, les nuit-deboutistes, les caméras étaient des acteurs de cette action historique qui a eu lieu au printemps 2016.

Pourtant, impossible de proposer un film parfait sur ce sujet : Nuit Debout, c’était confus, mélange d’émotions, d’idées, de projets, de mouvances. Il y a en réalité autant de Nuit Debout que de participant. Plus encore, il n’en reste que des souvenirs et des rushs, notamment ceux de Mariana Otero. Elle même nous confiait être surprise d’être la première (visiblement) à sortir un film sur le sujet. Son documentaire fera date parce qu’il pointe les sujets et les problématiques qui sont sorties de Nuit Debout pour animer les débats de la campagne de 2017. Et ces débats, ils doivent, permettre une refondation de notre démocratie. Cela passera par le mot, la phrase, leurs sens et le pouvoir des images.

Mais comment saisir alors, un instant de Nuit Debout sans le dénaturer ? Par le montage ? Par les jeux de cadrage ? On voit le mouvement naître, évoluer, et petit à petit se vider – on peut dire disparaître. Il en existe pourtant des restes. Une jeune femme, dans notre salle, a témoigné appartenir à un groupe créé pendant le mouvement à Lyon pour éditer des revues, des essais, des pamphlets, visant à aider à la fabrication d’une opinion.

Mais à part ça, que reste-t-il de ces longs mois sur cette place de la République, à part des idées ? Est-ce que le mouvement a échoué faute d’action, comme en témoignent certains passants dans le film ? Non, c’est plus complexe que ça. Il a eu des actions, le film n’en montre qu’une partie (des manifestations violentes, filmées de très près, malgré les risques), mais c’était un choix. L’un des derniers intervenants du film – qui ne fera que suivre un groupe sans jamais suivre un individu uniquement – analyse Nuit Debout comme un outil. Un outil fabriqué, et qui servira pour la suite. Nuit Debout était une vaste expérimentation. Le producteur du film le dira lui même : « Les gens venaient et avaient besoin de parler ». Nuit Debout a été le lieu de la libération de la parole, entendue notamment pendant les élections, et qu’on entendra sans doute encore par la suite.

L’Assemblée (2017) de Mariana Otero. Sortie le 18 octobre 2017. Nos remerciements aux équipes du Comoedia et de l’ACID.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Rédacteur en chef - blog "Le film jeune lyonnais".