Review et digressions sur Stranger Things 2

Précédemment …

Stranger Things, petite série sortie dans une relative discrétion à l’été 2016, puis grimpée dans la fameuse aire – souvent mortelle pour nous, cinéphiles – du mainstream en septembre de la même année, c’est cette série qui puise son inspiration dans différents parrains de la fantasy et de la SF des années 80 : Stephen King, Steven Spielberg. Le tout arrosé de références, d’icônes, et d’une bande-son tout droit issue des eighties, cela ne pouvait que plaire, et sont bien fines bouches ceux qui prétendent que la série ne leur a pas tiré une seule petite émotion de leur cœur de pierre.

Synopsis (sans spoilers promis)

L’action de la saison 1 se déroule dans la petite ville d’Hawkins, ville sans problème, où nous trouvons une bande de quatre potes, Dustin, Mike, Lucas et Will, fan de Donjons et Dragons, des aventures de Tolkien et affublés évidemment de leurs vélos (filmés comme s’il s’agissait de Harley Davidson) qui déambulent dans leur collège, au club d’audiovisuel, et avec le professeur de sciences naturelles, en bon gros geeks qu’ils sont tous.

Sauf qu’un soir, Will disparaît. Et là, toute une série d’événements commence à frapper la petite ville sans histoire, avec notamment la présence d’un laboratoire du département de l’Energie top secret à proximité …

Si vous n’avez pas vu Stranger Things 1, vous serez spoilé avant la fin de cet article. Vous pouvez donc aller voir la série, disponible sur Netflix en intégralité.

Où en est-on dans la saison 2 ?

On avait vu en fin de saison 1 que Will Byers n’était pas complètement sauvé de sa maladie, c’est donc naturellement qu’on repart sur une nouvelle intrigue, qui a beaucoup d’intérêt et là reprend typiquement des influences tant aux créatures de Alien de Giger, qu’au concept de The Thing de Carpenter. Là où on pensait que le mal absolu résidait dans le simple démogorgon, on découvre alors qu’il y a une entité plus grande, plus imposante et disposant de capacités biologiques inouïes qui réside dans le fameux upside down, et que c’est elle, cette conscience supérieure, qui cherche à atteindre un objectif un peu mystérieux, qui semble être le retour dans notre monde (mais cela reste à vérifier).

Quoi d’inchangé, quoi de neuf pour cette nouvelle saison ?

On retrouve avec plaisir l’ambiance des 80’s, la bande originale m’a personnellement beaucoup plus marqué cette fois-ci : davantage de morceaux un peu moins connu, on sentait vraiment un effort d’originalité, avec en plus des musiques qui donnent une super pêche comme dirait Alain Juppé.

Les quatre acteurs principaux sont toujours aussi bons, drôles et spontanés, ils sont rejoints par une garçon manqué qui ne manque pas du tout de charisme non plus, et évidemment la fameuse Eleven est de retour.

Eleven accomplit son parcours initiatique du héros

Justement sur ce dernier personnage, j’ai trouvé très intéressant le fait qu’elle cherche son histoire au cours de cette saison. En effet, c’était le seul personnage dont on ne connaissait pas grand choses, sinon des flashbacks dans des labos. Au cours de cette saison elle accomplit son voyage du héros de Campbell : elle s’émancipe de son foyer, passe par différentes épreuves, affronte le monde extérieur, découvre un(e) mentor qui l’aide à acquérir de nouveaux pouvoirs, et en l’occurrence un nouvel état d’esprit, puis retourne aider ses amis, en étant mentalement et physiquement changée de manière bouleversante.

Ainsi, Eleven, qui était une des figures de mentor de la saison 1 (elle disposait de connaissances et de capacités supérieures lui permettant de guider les autres dans les épreuves), se remet elle-même en question et s’initie à son tour afin de pouvoir venir en aide à ses amis.

Will : le dilemme de The Thing

Avec Will on se retrouve face à la même question que pose Carpenter dans son génial The Thing : qui est la personne en face de nous ? Est-ce le copain que l’on a toujours connu, où est-ce le corps du copain, contrôlé par une sorte de maladie virale qui le transforme en espion, et donc en ennemi ?

Même si la résolution de la saison ne répond pas de manière trop trash à cette question, sa violence est quand même présente. Que faire de Will, utiliser sa double-vue à son profit et alors s’exposer à l’ennemi ? Ou alors traiter un ami comme l’ennemi ? C’est là qu’Albus Dumbledore (Harry Potter) peut nous venir en aide :

Il faut beaucoup de bravoure pour faire face à ses ennemis mais il n’en faut pas moins pour affronter ses amis.

Les conflits amicaux et relationnels mis en exergue dans la saison 2

Ils prenaient déjà une place prépondérante dans la saison 1, ils sont exacerbés dans la saison 2. On peut en lister quelques uns (avec des oublis possible) :

  • La liaison de Joyce avec Bob : c’est une potentielle source de conflit pour Will et Jonathan : Bob est tout sauf un paria ou un original comme eux, il a a priori tout pour ne pas coller avec leur personnalité, mais c’est là qu’il se révèle être doté d’un courage énorme, d’une capacité de sang-froid exceptionnelle, comme quoi, pas besoin d’être bizarre ou original pour pouvoir sauver ses amis et devenir un héros !
  • L’arrivée de Mad Max : Lucas et Dustin sont fan de cette garçon manquée qui a battu leurs records au salon d’arcade, mais Mike, brisé émotionnellement par la disparition d’Eleven, ne tolère pas une autre fille dans la bande, comme s’il exprimait sa fidélité, sa loyauté de cette manière
  • Les méandres amoureux de Nancy : elle qui avait finie sur un canapé pour Noël, bien au chaud avec Steve son copain, se remet de plus en plus en question par rapport au meurtre de Barbara, elle enrage que Steve ne la suive pas dans cet état d’esprit et parvient à trouver grâce à un complotiste que son amour véritable : l’amour des expériences, du chemin parcouru, des traumas partagés, … , son seul amour va à Jonathan, le geek, le creep, que personne n’approche au lycée
  • Le paternalisme de Hopper : le chef de la police a pris Eleven sous son toit et la tient à distance et protégée des bad men qui la cherchent. Cette protection prend la tournure d’une captivité pour Eleven qui ne peut pas sortir, et c’est par sa révolte qu’elle s’émancipe et va se lancer sur son parcours initiatique dont nous parlions.

Un joyeux mélange d’intrigues

Tout ceci nous donne donc un joyeux et joli patchwork. Peu d’intrigues sont laissées sur le côté comme c’est souvent le cas dans les séries à succès, la saison 2 pourrait même selon moi, clore la saga Stranger Things dans le sens où elle boucle sa boucle d’une manière assez rare pour ce à quoi on peut s’attendre, en termes d’épisodes de fin de série décevants.

Un bijou tout simplement

Les dialogues sont comme dans la saison 1 : très bien écrits, ciselés pour les personnages, les acteurs sont tous contents d’être là (sauf peut être ceux des démo-chiens). La photographie est parfaite. L’intérêt du visionnage de cette série se trouve non seulement dans l’esthétique qui en dégage, mais aussi dans le plaisir évident qu’on a à regarder ce bijou.

Evidemment, c’est une replongée dans plusieurs univers : les 80’s, King, Spielberg, et même une nouvelle inspiration par rapport à la saison 1 : le cinéma d’horreur.

Sans parler de L’exorciste explicitement, on peut voir que sur la deuxième moitié de la saison, la maladie de Will, qui tenait davantage de la SF ou le film étrange dans la saison 1, tend de plus en plus à devenir une possession. En effet : on a les éléments essentiels de la possession, un être (un enfant, donc innocent de surcroit), habité par une force maléfique ou du moins qui a une apparence et des volontés apparentes mauvaises et dangereuses pour l’hôte, et enfin la volonté de cette force de prendre pleinement possession de l’hôte in fine. En termes d’images, en termes de jeu d’acteur, on retrouve des éléments et clichés du film d’horreur classique : la souffrance du virus en l’hôte, l’exorcisme et la purification de l’hôte, etc …

En bref

En parlant de souffrance une idée me vient en tête : Stranger Things c’est une histoire de souffrances.

  • Joyce souffre de la disparition puis de l’état de santé de Will ;
  • Jonathan souffre évidemment du manque d’amour que lui porte sa mère par rapport à Will, mais il adore ce petit frère ;
  • Hopper souffre de la mort de sa fille, puis de la séparation d’avec sa femme, il souffre également car il n’arrive pas à être pour Eleven celui qu’il voudrait être ;
  • Eleven souffre de son identité : qui est-elle, d’où vient-elle ; mais aussi de l’absence de Mike qui souffre également pour cela.

Avec ces quatre exemples seulements pour des personnages principaux ou secondaires, on voit clairement que la souffrance (dans tous les sens du terme) est une clé du récit de Stranger Things, et bizarrement, un des seuls personnages à être heureux (quand il n’est pas malade) c’est Will. Alors bien sûr il vit également les situations de couple de sa mère de manière reculée, mais elle le couve assez pour qu’il ne soit pas jaloux.

Donc le seul personnage à être heureux, relativement, se trouve être le personnage que l’entité de l’Upside Down cherche et traque : aurait-on donc affaire à une bête à l’instinct de Détraqueur ?

Vivement la saison 3 !

Auteur : Pierre TRIOLLIER DU BROCHET

Etudiant en droit et science politique à l'Université Jean Moulin Lyon III, Pierre TRIOLLIER est également violoniste à l'Orchestre de l'Université Jean Moulin Lyon III. En 2015, il fonde avec Jean-Félix LAVAL, le Festival du film lycéen de Saint-Just, puis en 2016 l'association qui deviendra "Lyf - Union et Festival du film jeune de Lyon" qui organise le Festival du film jeune de Lyon chaque année en septembre. Il préside l'association depuis sa création en 2016.

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