[Lumière 2017] Friedkin, le Grandmaster ! (Jour 5)

Si Wong Kar-wai a été très discret durant sa présence à Lyon, William Friedkin, lui, ne l’a pas été (pour notre plus grand bonheur). Monologuiste hors-pair, il aura été par trois fois, au Comoedia, capable de tenir le micro sans interruption devant des salles pleines pour nous raconter l’histoire de ses chef-d’œuvre. Quel bonheur ce fut ! Accompagné par Samuel Blumenfeld, journaliste à Le Monde, n’avait guère qu’à lancer le réalisateur de L’Exorciste en une ou deux questions. Passionnant, Friedkin laissait même la possibilité aux personnes présentes dans la salle de poser des questions ! Inutile de dire qu’une présentation durait une bonne demi heure au moins… Ses films sont hors-norme, ce qu’il nous a raconté l’était aussi. C’est à se demander qu’est ce qui est vrai et qu’est ce qui est exagéré. Print the legend, comme on dit.

Mais concrètement, c’est quoi un film de William Friedkin ? Le Festival Lumière nous proposait de redécouvrir son « âge d’or », sa période faste qu’ont été les années 1970. Quatre films : French Connection (Oscar du meilleur film, du meilleur réal), L’Exorciste, Sorcerer (Le Convoi de la peur), ainsi que La Chasse (Cruising). Si très différents, tous sont articulés par cette fascination du mal et cette volonté de le combattre. Volonté toujours liée à un travail, un devoir, un attendu social : French Connection et La Chasse mettent en scène des policiers, et L’Exorciste met en scène des prêtres ou des médecins qui essaient de guérir une malade.

La nature de ce mal est proprement fascinante. On sait que la lutte contre le mal fait partie de la réflexion identitaire américaine, c’est inscrit presque dans son sang : construire une société différente, meilleure que la société européenne pervertie, violente, imparfaite. Friedkin est un cinéaste-miroir, de ceux qu’on voudrait ne pas voir : les États-Unis n’ont pas échappé à ce mal. Pire, nous sommes tous du même sang, condamnés, liés ensemble. La French Connection importait depuis Marseille de la drogue à New York City. Dans L’Exorciste, la scène introductive en Irak n’est pas clairement expliquée, mais par un effet de symétrie, elle évoque la présence d’un mal universel, un mal démoniaque. Les chants d’appel à la prière en arabe, volontairement, jouent aussi sur ce doute : tout spectateur de ce film ne sera pas forcément conscient de la signification de ces voix, de leur caractère religieux. Seule la prière nous protégera de ce mal.

Mais ce mal inévitable prend une autre tournure dans La Chasse, puisqu’il évoque aussi un caractère initiatique. Dans le film, le policier incarné par Al Pacino doit démasquer un tueur de jeunes hommes gays pratiquant le SM, en plongeant dans des boites de nuits où les prêtres de L’Exorciste ne serait pas forcément à leur place. Pourtant, ce « mal » social (la nuit, l’homosexualité qui passe au début du film pour « anormale », le sadomasochisme,…) devient identitaire pour le personnage d’Al Pacino. Le regard caméra final en est la preuve : à travers sa quête, il se sera découvert lui-même. Il aura su mettre des mots sur des sentiments refoulés en lui-même. Nous nous cachons derrière cet univers sombre, nocturne, nous nous mentons à nous-même, refoulons des désirs inavoués. Ces films sont des classiques, des œuvres importantes du cinéma américain des années 1970, qui auront marqués plusieurs générations de spectateurs et de cinéastes.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Rédacteur en chef - blog "Le film jeune lyonnais".

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