[Lumière 2017] – Melville, Moroder : les hommages de Lumière 2017 ! (Jour 6/7)

Nous fêtions, le 20 octobre dernier, le centenaire de la naissance de l’un des plus grands cinéaste français : Jean-Pierre Melville. Si son nom est très largement associé à celui de ses acteurs (Belmondo, Delon,…) et à un genre (le polar, dont il est le grand représentant français), on oublie parfois que ses héritiers se trouvent, pour certains, en Asie. Et oui : Melville s’exporte très bien ! On sait ainsi que les sud coréens et les hongkongais ont vu et se revendiquent parfois ouvertement de Melville. Park Chan-wook, Bong Joon-ho, John Woo – ce dernier ayant même réalisé un film-hommage, The Killer, « remake » du Samourai melvillien. Car « melvillien » est un mot qui existe. Un adjectif formidable, qui signifie qu’en France, il y a un cinéma noir. Dans ce cinéma noir, on s’habille en imperméable beige. Dans ce cinéma noir, on porte un chapeau en tout temps et même à l’intérieur. Dans ce cinéma noir, on regarde ses pieds en marchant rapidement dans les rues sombres des grandes villes. Dans ce cinéma noir, on va souvent vers la mort : une vie courte, mais intense, dédiée au crime, au jeu, aux femmes et à un rêve de vie meilleure.

Melville était résistant. C’est important de le dire, de le redire, de l’écrire, tant il semble que cette période de sa vie trouve des réminiscences partout dans son œuvre, jusqu’au chef d’œuvre absolu : L’Armée des ombres. Mais il y aussi eu Le Samouraï, Le Cercle Rouge, Un Flic,… Le Festival Lumière a profité de ce centenaire pour rendre hommage, à l’occasion de la restauration de ses films, en montrant Bob le Flambeur (1956) et Le Doulos (1963). La présentation du premier a été l’occasion pour son neveu, le réalisateur de télévision Rémy Grumbach (c’est lui qui réalise les cérémonies des Césars et de Cannes, ndlr), de raconter une anecdote parlante sur l’influence de Melville même outre-atlantique. De passage à Los Angeles avec sa femme, dans les années 1980, il s’est rendu chez un loueur de cassettes vidéo. Ils demandent à voir au vendeur – un jeune homme « pas très beau » (sic) un bon polar. Celui-ci déclare, voyant que ses clients sont français, qu’il a découvert un formidable film : Bob le Flambeur. Le hasard fait que Rémy Grumbach et ce vendeur se recroiseront : il s’agissait de Quentin Tarantino. On lui connaissait déjà d’ailleurs cet amour pour Melville, puisque Bob le Flambeur pourrait trouver – d’après Grumbach – de vagues liens avec Reservoir’s Dogs, son premier film.

Autre hommage à un monstre du cinéma – et cette fois, pas seulement, car il est aussi connu pour sa musique : Giorgio Moroder. Malheureusement absent, ce fut l’occasion de (re)découvrir deux films dont il a composé la musique. D’abord, l’immense Midnight Express (1978), pour lequel Moroder a eu l’Oscar de la meilleure bande originale (très mérité), s’inspirant de l’histoire vraie d’un touriste américain en Turquie qui, après avoir essayé de s’embarquer pour rentrer avec de la drogue, se retrouve arrêté et jeté en prison… Le personnage principal, volontairement lissé à l’extrême, permet une identification de la part du spectateur très forte, véritablement. Bouleversante même. Il s’agit finalement autant d’interroger notre rapport à la justice que notre rapport à la punition : quel sens donner au châtiment ? La vie terrestre n’en est-il pas déjà un ? Le succès du film a été à la hauteur du scandale. La Turquie et les États-Unis ont en effet connu quelques tensions diplomatiques à la suite de Midnight Express, l’image de la Turquie étant (très) abîmée dans le film, et les commentaires du personnage principal sont particulièrement violents. Mais le choix de la Turquie n’était conditionné que par la volonté de se rapprocher des faits réels. Au-delà, le film aurait pu se dérouler dans n’importe quel pays : l’injustice, l’absurde injustice, kafkaienne, existe partout, tout le temps. L’autre grand moment de cet hommage a été la présentation de Metropolis, de Fritz Lang, mais pas le « vrai », la version de Moroder… qui passe de 2h30 (version la plus récente et proche du film original), à 1h20 pour l’occasion (la durée la plus répandue à l’époque n’étant guère plus longue. Mélangeant le cyberpunk de Lang à la musique disco de Moroder, cette expérimentation (c’est le terme) mérite le coup d’œil, à l’évidence. Et même, le coup d’oreille, si cette expression existait.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Rédacteur en chef - blog "Le film jeune lyonnais".

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