Star Wars épisode 8 : Les derniers Jedi – Star Wars est mort, vive Star Wars !

Evidemment, je l’ai aimé. Chaque année depuis 2015 et jusqu’en 2019 (au minimum), un Star Wars viendra éclairer nos cœurs et nos âmes d’enfants, pour ensuite remplir les cadeaux au pied du sapin de produits dérivés farfelus ou géniaux (cf. le BB-8 télécommandé, exceptionnel).

Au-delà de cela, mon travail ici sera d’exposer les différentes raisons qui – selon moi – placent ce 8e  chapitre de la saga principale, au rang n°1 des meilleurs films Star Wars, pour le moment.

Un contraste saisissant avec Le Réveil de la Force (VII)

Si l’épisode VII apportait un vent de fraîcheur, dans un contexte où la saga n’était pas reparue sur les écrans depuis 10 ans, et que les protagonistes attendus n’avaient pas été vus dans leurs rôles depuis 30 ans. Ainsi, si le Réveil de la Force avait été mené de la même manière que Les Derniers Jedi, on aurait eu une désapprobation encore plus grande que celle vue actuellement sur le dernier opus.

Sur cette « trilogie Abrams » (J.J. Abrams réalise les épisodes VII et IX, et reste producteur exécutif sur le VIII), on peut voir une certaine cohérence : tout d’abord, le doux réveil, le rappel des senteurs familières, l’apport de nouveaux éléments dans l’intrigue, de nouvelles interrogations …

Puis arrive Ryan Johnson

En effet. Et il arrive de manière spectaculaire. Le journal Libération avait fait précédemment à la sortie du film un article intitulé « Star Wars : la Force insoumise », dans lequel il expliquait les liens entre le dégagisme politique exprimé apparent ou réel (Brexit, Macron, Mélenchon, …) et le dégagisme dont faisait preuve le film.

C’est un travail de sape en règle, et ce dans toutes les dimensions du film. On peut en effet parler de plusieurs dimensions car, dans le cas particulier de la saga Star Wars, on peut appréhender le scénario propre de l’épisode (dimension 1), ensuite son inscription dans l’entièreté de la saga, sa cohérence (dimension 2) et ensuite ce qu’il dit de l’histoire para-filmique de cette saga (dimension 3).

Pour la dimension 1, l’épisode VIII voit l’essoufflement ou la mort de personnages qui représentent des concepts, des forces qu’on croyait en présence et sur le point de renaître (les Sith avec le mystérieux Snoke, et les Jedi avec Luke Skywalker). Sur la deuxième dimension, les fans qui s’étaient attachés à la vision « canonique » de la Force qui décrivait celle-ci comme découlant d’une composition moléculaire particulière du sang, ou qui se sont attachés à l’existence des Jedi et des Sith dans la galaxie se trouvent fort marris car il y a tout à parier que les deux ordres sont en voie d’extinction, ou du moins qu’ils ne sont plus pertinents du tout. Enfin, sur la troisième dimension, l’épisode VIII envoie le message fort d’une nouvelle équipe de réalisation et de production aux manettes de Star Wars qui semble nous dire : « Vous aviez cru que nous n’allions que nous faire du fric en recopiant les films de George Lucas ? ». En effet, c’est tout le contraire, et ce sur toute la ligne.

La fin du manichéisme et du matérialisme dans Star Wars

Si La Guerre des Etoiles (1977) était dotée d’un manichéisme certain, influencé par le courant pacifiste d’alors, et ayant mal vieilli aujourd’hui, les épisodes de la prélogie (1999 – 2005) conservent cet esprit tout en apportant une tentative d’explication scientifique de la Force : celle-ci serait présente chez les individus en fonction du taux de midi-chloriens dans leur sang. La Force était donc considérée comme un pouvoir dont disposait quelques individus génétiquement élus, avec lequel ils pouvaient faire le mal comme le bien.

Si on suit l’histoire dans l’ordre chronologie des épisodes (et non des dates de sortie), on peut voir que cette conception « matérialiste » de la Force correspondait à  une époque d’apogée de l’ordre Jedi et de la République, une époque où ceux-ci se trouvaient « orgueilleux », une époque aussi ou l’apogée d’une civilisation a mené cette dernière à sa perte et à l’avènement de l’Empire et de la domination du côté obscur de la Force sur le côté lumineux.

La clandestinité dans laquelle le côté lumineux se trouve à partir de l’épisode IV donc, l’amène à réfléchir. Deux Jedi sont encore en vie : Obi-Wan Kenobi, qui a formé le Jedi ayant détruit leur ordre, et Yoda, un des plus sages Jedi connus. C’est dans l’Empire contre-attaque (1980) que Yoda développe une vision de la Force qui est, à mon sens, beaucoup plus intéressante qu’un taux de molécule dans le sang : c’est une « énergie » qui lie les choses entre elles, et qui s’attache à maintenir l’équilibre dans l’Univers. La Force n’est donc ni un pouvoir, ni une force du bien ou du mal, c’est une énergie présente partout, qui s’attache à maintenir l’Univers en place. Certains peuvent arriver à utiliser son énergie avec de l’entraînement.

A la fin du Retour du Jedi (1983), Luke a ramené son père du côté lumineux de la Force. Bien que la vision ne soit pas fondamentalement manichéenne comme dans la prélogie, les « bons » utilisateurs de la Force, s’attachent quand même à zigouiller ou détourner les « méchants », c’est l’équilibre. Mais alors, le côté obscur n’existe plus, et « il n’y a pas de lumière sans obscurité » (Sirius Black, Le Prisonnier d’Azkaban) : en ayant visionné l’épisode VIII, on peut assurer que c’est la Force elle-même qui a créé le supreme leader Snoke, dans le but de créer un équilibre.

Quelle théorie de la Force dans Les Derniers Jedi ?

En effet, on apprend dans Les Derniers Jedi, d’une part que la conception de la force « en vigueur » dans l’épisode est celle de Yoda dans l’Empire contre-attaque, d’où son apparition à son élève, puis d’une autre part que les origines de Rey sont inexistantes : ses parents étaient des ivrognes qui l’ont abandonnée et sont morts sur Jakku.

Le dernier plan du film également, dans lequel un orphelin esclave va saisir un balai par télékinésie (la faculté de faire bouger des objets à distance), indique également que le don d’utiliser la Force peut se manifester promptement.

Ma théorie là-dessus est que la Force doit maintenant être vue dans Star Wars comme un pouvoir omniscient et autonome qui s’attache à maintenir l’équilibre entre les forces opposées. Ainsi, c’est pour ça qu’après que Luke meurt, le petit garçon se voit doté de facultés relevant de la Force : c’est l’équilibre voulu face à la montée en puissance du désormais Supreme Leader Kylo Ren.

Pourquoi Les Derniers Jedi est le meilleur épisode de Star Wars à ce jour

Sur le plan de l’histoire de la trilogie elle-même, on a du jamais vu en termes de narration. Rien que sur le fait que la majorité des questions en suspens depuis l’épisode VII ne voit aucune réponse ou alors des réponses sans aucune saveur véritable, on a vraiment ici une audace et un pied-de-nez à toutes les théories qui avaient vu le jour à la suite de la sortie du Réveil de la Force.

Au premier abord, cela dérange : on ne saura alors jamais qui était Snoke ? les parents de Rey ne sont donc aucuns personnages d’aucune lignée connue ou ne sont même pas dignes d’intérêt ? Oui cela dérange le fan que je suis, mais cela me réjouit aussi, pourquoi ?

Parce que pour la première fois dans l’histoire de la saga (c’est-à-dire en excluant Rogue One qui était excellent), on a un épisode qui ose, qui chamboule tout et qui apporte de vraies surprises. Tout ce qui s’est passé durant cet épisode a été surprenant, on a affaire à des facultés de la Force dont nous n’avions pas connaissance, à de nouvelles planètes, de nouveaux héros, et également nous assistons à la mort ou à la disparition des vieux héros, héroïnes et même doctrines dont nous étions fans jusqu’alors.

Mais ce dégagisme, ce renversement des cartes, ce lancement de nouvelles grilles de lectures de la saga, ne doit pas nous détourner d’elle, au contraire. Avec cet épisode, elle acquiert d’avantage de saveur, de profondeur et d’intérêt, au-delà du fan service qu’on lui reproche en permanence (à raison évidemment). Avec cet épisode, et en attente de l’épisode IX en 2019 et du spin-off sur Han Solo en 2018, nous ne pouvons que nous réjouir du virage qu’a pris notre galaxie préférée, cela en fait râler certains, mais c’est pour le plus grand bien de tout le monde, que ce soit pour les enfants que nous étions devant nos répliques de vaisseaux, et que ce soit pour les fans d’aujourd’hui que nous sommes, de plus en plus exigeants, cherchant de la nouveauté, de l’air frais, de la profondeur, du rêve, … enfin du cinéma !

Star Wars : Les derniers Jedi (2017) de Rian Johnson. Avec D. Ridley, J. Boyega, O. Isaac. Sortie le 13 décembre 2017.

Auteur : Pierre TRIOLLIER DU BROCHET

Etudiant en droit et science politique à l'Université Jean Moulin Lyon III, Pierre TRIOLLIER est également violoniste à l'Orchestre de l'Université Jean Moulin Lyon III. En 2015, il fonde avec Jean-Félix LAVAL, le Festival du film lycéen de Saint-Just, puis en 2016 l'association qui deviendra "Lyf - Union et Festival du film jeune de Lyon" qui organise le Festival du film jeune de Lyon chaque année en septembre. Il préside l'association depuis sa création en 2016.

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