Le nom des gens : « Un film bouleversant car il croit indéniablement en la vie »

Michel Leclerc est un réalisateur qui a débuté dans le milieu du cinéma en tant que monteur. C’est grâce à son court-métrage Le poteau rose, primé à Cannes, que sa carrière est véritablement lancée.

Leclerc est également scénariste au côté de Carine Tardieu dans le long-métrage Otez moi d’un doute et La tête de Maman, œuvres dans lesquelles on retrouve la brillante originalité scénaristique du cinéaste. C’est donc son talent dans l’écriture qui a permis à Le nom des gens de recevoir le César du meilleur scénario. Ce film a été primé notamment pour avoir révélé Sarah Forestier, qui y fait preuve d’un humanisme sublime. Elle a reçu le César de la meilleure actrice et l’étoile d’or du premier rôle féminin. Ce long métrage est porté principalement par Sarah Forestier donc et Jacques Gamblin. Et déjà, l’idée de nous présenter ce duo à l’écran est judicieuse.

Les Cahiers du cinéma préfèrent rire que de penser que Le nom des gens est une comédie politique. Certains disent que ce film leur donnent envie de vomir, d’autres prétendent qu’il pousse au racisme et que sa morale est dangereuse. Quelle tristesse de constater ces avis si négatifs pour un film qui n’est autre qu’un hymne à la liberté et une remise à plat contre les clichés.

Il s’agit d’un film devant lequel il ne faut pas se prendre au sérieux, il faut se laisser complètement porter par l’histoire, car c’est un film devant lequel on accepte de s’abandonner, on fait ce fameux pacte avec le réalisateur qui consiste à admettre tout ce qu’il nous présente. Et cela fait tellement de bien car c’est un film qui booste. Après l’avoir vu, on est vraiment joyeux, on a presque l’impression qu’il s’est passé un heureux événement dans notre vie.

Le synopsis en quelques mots : il s’agit d’Arthur Martin et de Bahia Benmahmoud, deux personnages que tout oppose et qui grâce à quelque chose, la vie, la politique, l’esprit, la passion ou sûrement par leur incroyable humanité vont partager un moment de vie qui n’aura jamais de fin, en tout cas, on refuse de se dire qu’il y en aura une.

Dans ce film on se demande aussi d’où viennent les noms, les secrets, les avis politiques des personnages. L’histoire nous amène à comprendre que tout n’est que question d’éducation et que les parents seraient les responsables des opinions de leurs enfants. Et puis, non, sur leur chemin d’émancipation, les personnages réfléchissent et comprennent. On aime les personnages de Bahia et d’Arthur parce qu’à travers eux émergent des questions cruciales sur l’identité, la mémoire, le silence des martyrs et l’héritage des enfants.

Quelle surprise que le personnage de Bahia ! Personnage qui respire la vie et qui nous présente une énorme liberté, notamment dans le rapport qu’elle a avec son corps.

Le nom des gens (2010)

Sa psychologie est revisitée notamment par des séquences sublimes, comme celle ou Arthur habille Bahia au lieu de la déshabiller, comme pour lui rendre une partie de sa dignité qu’elle a perdue étant enfant. C’est là que Michel Leclerc est fort, il nous surprend toujours. Lorsque l’impression d’avoir cernés les personnages est là, et bien non une action va tout changer et remettre en cause nos jugements sur les personnages.

Nous sommes plongés dans une succession de surprises, avec un changement de rythme extraordinaire, comme par exemple avec la scène qui évoque la Shoah de façon très sérieuse. C’est dans une séquence comme celle-ci que l’on nous confirme la vision politique du film, une vraie conscience politique, qui est très rassurante car ce film est historiquement très juste.

Ce film représente indéniablement, une certaine variété de cinéma. Chaque scène est filmée d’une certaine manière, comme un élément à part du film. C’est ça qui est très beau, car il est véritablement impossible de s’ennuyer devant Le nom des gens.

L’ingéniosité du film se trouve dans le fait que le réalisateur s’arrange pour que d’une façon comme une autre, nous connaissions tous une Bahia et un Arthur et cela permet une quasi-parfaite identification aux personnages. Les choses ne vont pas jusqu’au bout, elles sont comme posées côte à côte et reliées avec la force des personnages, hyper pétillants. Ce film nous parle aussi de politique, mais d’une façon exceptionnelle. Car ce film est un appel à l’engagement. Pas forcément politique, un appel à se surpasser, se surprendre, à cultiver son goût du risque, à vivre de façon ambitieuse. Ce film est si bouleversant car il croit indéniablement en la vie, il la respire.

Alors en mot de fin, si l’on pourrait passer un appel : regarder, aller voir Le nom des gens, il vous fait du bien et vous laissera avec un somptueux sourire aux lèvres.

Le nom des gens (2010) de Michel Leclerc avec J. Gamblin, S. Forestier, Z. Soualem.

Auteur : Marion THOLLOT

Contributrice au blog Le Film Jeune Lyonnais et réalisatrice

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