Cannes 2018 – Une affaire de famille : l’affaire de Kore-eda

Palme d’or – 71e Festival de Cannes

La famille, c’est l’affaire de Kore-eda. De film en film, il étudie le quotidien, sa transformation, comprendre ce qui nous relie à des gens que nous n’avons pas choisi. Ce nouveau film est un coup de force. Pour la première fois (en tout cas, première fois depuis longtemps), le cinéaste japonais transcende pleinement les problématiques qui l’animent. La famille n’est pas à penser qu’à partir de deux axes, dans une logique binaire, autour du lien du sang et du lien social (ce qu’il fait dans Tel père, tel fils, un chef d’œuvre d’élégance et de précision). Ici, l’ambiguïté, la complexité, caractérisent son style. Sorte de film thèse, Une affaire de famille vise avec une certaine noirceur à comprendre la difficulté à saisir le concept de famille. Si je te nourris et que je t’aime, je suis ta famille, mais si nous sommes tes parents et que nous te battons, aux yeux de la société, je resterais ta famille. Est-ce que c’est immuable ? Est-ce qu’on ne pourrait pas apparaître et disparaître de la vie des autres ? La famille devient un choix. La pauvreté des personnages est un cadre dans lequel il est difficile d’exister pleinement. Les rapports familiaux sont alors régis par l’argent, son absence, le vol devient nécessité. Les grands-parents vivent à la maison pour qu’après leur disparition l’on puisse toucher leurs deniers. La sexualité, chose assez rare dans le cinéma de Kore-eda, est très liée à la naissance de la famille : les couples naissent dans des clubs de strip-tease !

C’est peut être par sa mélancolie que la modestie et la justesse du film apparaît lorsque nous questionnons la construction et l’image que nous nous faisons de la famille. L’hypocrisie dans laquelle nos valeurs et traditions sont forgées n’empêche pas l’émergence de ces petits moments de bonheurs qui allègent le film, en font un objet d’une immense sensibilité : le feu d’artifice invisible, le voyage à la plage… Les enfants, comme d’habitude chez ce réalisateur, sont incroyablement justes et touchants – on peut même dire que plus encore qu’avant, Kore-eda s’est surpassé sur ce point ! Une affaire de famille est peut être en fait son meilleur film, son film le plus fort, qui rappelle par instant son Everybody knows. C’est un choc-doux qui, pendant un temps, nous touche, et pendant un autre, est une torture : nous faisons parti de cette famille, l’affection nous liera désormais au destin de ces humains si imparfaits, ces humains tellement humains, que Kore-eda a toujours su filmer à la juste hauteur.

Une Affaire de famille, de Hirokazu Kore-eda, avec L. Franky, S. Andô, M. Matsuoka. Le film sortira en France prochainement.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Responsable éditorial - Blog "Le Film Jeune Lyonnais".

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