Cannes 2018 – BlacKkKlansman : contre l’absurde haine

Grand prix – Cannes 2018

La possibilité de parler de la haine et du racisme n’est pas donnée à tout le monde il semblerait bien, à fortiori dans l’ère de Donald Trump, de l’établissement de murs et de volonté de repli identitaire. Tout le monde s’accorde sur les maux, mais pas sur le remède. Pire, rares sont les films qui savent simplement poser le problème : Trump est élu et il faut lutter. Spike Lee, cinéaste engagé (au sens noble du terme), est justement en quête de longue date de constituer une pleine respectabilité pour les populations afro-américaines. Malgré une véritable traversée du désert d’une dizaine d’années (l’horrible remake de Old Boy,…), l’élection encore récente du bonhomme jaune à la présidence des États-Unis a réveillé le militant pour les droits civiques et il faut croire son inspiration au passage. Inspiration qui passe d’ailleurs par le fait que le film a été coproduit par Jordan Peele, fraîchement oscarisé pour son Get Out.

C’est l’histoire vraie d’un policier noir chargé dans les années 1970 d’une investigation sur la dangerosité présumée de l’antenne locale du Ku Klux Klan. En matière, c’est plutôt l’articulation entre les deux mouvements politiques antagonistes qui intéresse le réalisateur, soit d’un coté le « black power » et de l’autre l’Amérique blanche identitariste. Des deux mouvements, on se doute bien pour lequel se porte la préférence aux yeux du réalisateur. La démonstration s’installant dans le film est alors fondée sur l’absurde, l’ironie, l’humour. Le nouveau Spike Lee est très drôle et joue des décalages, des absurdités, des non-sens. Les membres du KKK passent soit pour des idiots, des attardés, soit pour des manipulateurs ambitieux.

Le verni de ce film d’époque saute volontairement dans ses dernières secondes : ce qui nous aura fait rire pendant deux heures, et bien, ça n’a rien de drôle. Pire, c’est la réalité. Les images de Charlotteville défilent, l’horreur, la violence, l’absurde. D’une grande brutalité, cette dernière séquence vient justement résoudre la tension qui animait le réalisateur. L’image qui n’est plus fictionnelle choque. La vérité qu’elle montre est soudaine. Sans interroger les images, on pourrait être tenter de limiter les membres du KKK à de parfaits idiots. Loin de là, il faut bien les prendre comme un danger actuel. C’est le syndrome Birth of a nation qu’invoque Spike Lee, voire celui d’Autant en emporte le vent : des monuments du cinéma cachant des discours haineux et un monde contre lequel il nous faudra lutter. Tout ceci ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd.

BlacKkKlansman de Spike Lee, avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier. Sortie en France le 22 août 2018.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Responsable éditorial - Blog "Le Film Jeune Lyonnais".

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