Cannes 2018 – Under the Silver Lake : tout ceci est mensonge

Compétition

Note : A24 a annoncé, le 1er juin 2018, décaler le film de six mois en vue d’un remontage, suite à l’accueil assez froid fait par presse américaine au film. La critique a été réalisé à partir de la version présentée au 71e Festival de Cannes.

Les mystères sont faits pour être résolus et notre monde est par endroit trop rationnel pour laisser libre court à l’extrapolation, l’affabulation, le plaisir de la réflexion – et parfois du délire qu’elle peut susciter. Dans son deuxième long-métrage, David Robert Mitchell impose sa patte, son style, mêlant à la fois le cinéma noir classique hollywoodien, la pop culture, l’étrangeté Lynchienne, c’est en somme un voyage extraordinaire de 2h30 dans cet univers où règne la folie qu’est Hollywood.

Les motifs sont absurdes et peu clairs, il faut accepter de ne pas tout comprendre pour prendre du plaisir devant Under The Silver Lake : le tueur de chien, le « compositeur », la boite de céréales… C’est la fin du libre arbitre et de la pensée individuelle qu’annonce le film, c’est pour surmonter cette mort programmée que Mitchell reprend certains codes inventés et perfectionnés par Mulholland Drive, en vue alors de sublimer le rêve, donc l’irréel. Le complot, ici, a le rôle du rêve. Les outils narratifs justifiant d’une évolution dans le scénario évoquent volontairement le monde du jeu vidéo et le scénario peut être caricaturé comme étant le récit d’une princesse à sauver. Le film dépasse bien entendu ces quelques considérations pour proposer un voyage personnel, hallucinatoire, sans doute l’un des plus beaux films sur l’une des villes les plus montrées de l’Histoire du cinéma. Los Angeles et Hollywood sont en effet les lieux du fantasme, du rêve, de l’impossible possible, de l’american dream. Pour toutes ces raisons, on ne peut qu’en faire un objet de cinéma, un point de départ comme un point d’arrivée, un moyen comme une finalité. Il est toutefois encore trop tôt pour voir dans le film de David Robert Mitchell autre chose qu’un voyage psychédélique. Si le film réussit à devenir culte, alors peut être que des gens chercheront à percer et comprendre toutes les questions que le film laisse en suspend. C’est un véritable geste de cinéaste, très ambitieux et très prometteur, très éloigné d’un film indépendant comme It Follows, mais signe d’un potentiel renouvellement, d’une nouvelle génération de réalisateurs américains, d’indépendants défendus par A24, qu’on a hâte de mieux connaître dans les années à venir.

Under the Silver Lake de D. R. Mitchell, avec A. Garfield, R. Keough, T. Grace. Sortie en France le 8 août 2018. 

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Responsable éditorial - Blog "Le Film Jeune Lyonnais".

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