Cannes 2018 – Dogman : un western italien qui a du chien

Prix d’interprétation masculine – Cannes 2018

Matteo Garonne est l’un des habitués de Cannes de cette sélection 2018. Deux fois Grand prix, il revient cette fois à nouveau avec un film noir, un film violent, un film sale et poussiéreux. Ça rappelle Gomorra. Mais ça n’en n’est qu’un morceau, dans lequel la brutalité est ouvertement animale… avec des chiens plus humains que les humains. Un simple toiletteur pour chien voit revenir un vieil ami sortant de prison, qui bouleverse son quotidien. Ce sera la loi du plus fort, un monde soumis à l’argent – on peut payer des tueurs, vouloir être payé pour aller en prison, payer sa coke – et le reste n’a pas d’intérêt. Garonne a son style, un style marquant : c’est un western italien – l’architecture de certains bâtiments y fait allusion, ainsi que les lieux ou même la gestion des espaces extérieurs.

Son esthétique sombre renforce la prestation de Marcello Fonte, au visage et à la voix brisés, reconnaissables. S’il s’agissait de son premier grand rôle au cinéma, on ne peut pas nier que c’est son geste qui est le plus puissant dans le film. Les plaies marquent son visage, la fatigue et la peur s’affichent dans son regard. Il n’y a pas que des bâtiments en ruine qui évoquent ainsi le western, c’est aussi ces gueules si caractéristiques, qui dégustent. Il porte son fardeau, pour tenter de vivre, de survivre, si cela est possible. Même si cela doit être dans la boue. Rien ne peut le sauver, rien ne peut l’aider. Sa solitude est immense, quand même sa famille s’en écarte. Ça parle même de l’Italie actuelle, quand un pauvre toiletteur pour chien travaille à côté d’un acheteur d’or. Simone, cet ami sortant de prison, incarne-t-il un retour à l’état de nature, un espoir que, si l’on doit vivre comme des chiens, alors la loi du plus fort lui permettra de l’emporter. Mais le cercle de violence qui se déclenche balaie tout sur son chemin, la colère est un cercle vicieux, dont personne ne peut sortir.

Dogman de M. Garrone, avec M. Fonte, E. Pesce, A. B. Calabria. Sortie en France le 11 juillet 2018.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Responsable éditorial - Blog "Le Film Jeune Lyonnais".

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