Cannes 2018 – Un couteau dans le cœur : déchirante déception ?

Compétition officielle

Yann Gonzalez incarne ce renouveau du cinéma français, d’un cinéma plus personnel et esthétique, un cinéma dont le cœur balance entre les cultures underground et le cinéma expérimental. Son précédent long-métrage, Rencontres d’après minuit, était un objet unique en son genre mêlant la poésie d’un texte lyrique avec des thèmes s’articulant autour de la mort, de la sexualité, d’un désespoir profond et d’une croyance extraordinaire dans un cinéma différent. Bertrand Mandico, dont ses Garçons sauvages s’inscrit dans ce courant et a été un joli succès en salle cette année, incarne justement un réalisateur dans le film : tout se mêle, tout est lié, tout se fait écho, au sein de ce renouveau. On attendait beaucoup de ce Couteau dans le cœur, de ce qu’il oserait, tenterait, serait capable de faire. Sans doute que la compétition officielle à Cannes fragilise les films, surtout les œuvres les plus radicales. Cela expliquera sans doute une légère déception de voir que le film joue de codes convenus, assez classiques, malgré son univers personnel et la présence des ingrédients qui faisaient le sel de ses précédents projets.

Vanessa Paradis incarne une réalisatrice de porno gay qui vient de rompre avec sa compagne, monteuse de ses films. Dans le même temps, les acteurs se font tous assassiner… Le déroulement du film, plus « réaliste », « classique » que son précédent, reste rythmé par un texte lyrique et une musique exceptionnelle de M83 (le frère du réalisateur). En fait, c’est la difficulté à construire un monde totalement irréel qui manque au Couteau dans le cœur, ce qu’il arrivait à faire avant. Cela n’empêche pas que nos codes sont bouleversés plus d’une fois, que c’est une sorte d’univers caché s’offrant à nos yeux, celui du porno, de l’underground, des clubs parisiens des années 1970. Ce n’est plus 1979, ce n’est plus Paris. Encore une fois, ce sont des lieux que la caméra visite où règne le sexe et la mort – s’abattant soudainement sur les corps nus et pleins de désirs de jeunes hommes. C’est le plaisir immédiat et la mort à court terme. L’abandon à une nouvelle condition humaine. C’est la mélancolie de Gonzalez qui touche. Elle se mêle à des effluves, des couleurs, des lumières et des sons. Il ne manque alors qu’un coup de force, d’une rupture, d’un quelque chose. Sauf que ça n’arrive pas… Même si la scène accompagnant le générique, elle, fait penser à ce qu’on attendait : un bout de rêve, un bout d’autre chose.

Un couteau dans le coeur de Y. Gonzalez, avec V. Paradis, N. Maury, K. Moran. Sortie en France le 27 juin 2018.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Responsable éditorial - Blog "Le Film Jeune Lyonnais".

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