Cannes 2018 – Capharnaüm : le coup de cœur de cette édition ?

Prix du Jury – Cannes 2018

On en parlait depuis quelques jours, Gaumont ayant acheté le film cher en espérant une présence au palmarès du nouveau Nadine Labaki. Sa présentation cannoise n’aura pas déçue, l’émotion ayant été forte et les espoirs d’une potentielle Palme d’or énormes. L’histoire de cet enfant qui porte plainte contre ses parents pour lui avoir donné la vie dans des conditions sociales défavorables était un formidable point de départ pour questionner la place de l’enfant dans la société, ses droits et faire réagir sur l’atroce situation de certains d’entre eux dans certaines régions du monde. Capharnaüm prend aux tripes, la douleur dont le récit fait part est criante. À travers cet enfant, c’est aussi la place de la femme qui est interrogée de manière plus discrète : une sœur mariée de force à 11 ans, une jeune mère sans papiers obligée de cacher son enfant pour ne pas qu’on lui prenne. Cette douleur explose dans de terribles moments, où des gestes, des paroles, sont adressés par ou contre l’enfant. La situation se dégrade, il se retrouve à survivre seul, dans la rue, avec un enfant en très bas âge. Volontairement ou non, Nadine Labaki fait penser au Tombeau des Lucioles : des cercles vicieux, l’impossibilité de s’en sortir, un monde d’adulte hypocrites et malhonnêtes, prêts à faire du mal à des enfants pour arriver à leurs fins. Aucun espoir n’y est, il semblerait, permis.

C’est justement alors pour faire réagir que Labaki use de tels procédés, qu’elle place une telle colère dans la bouche de cet enfant. Ses coups d’éclats sont marquants. Son naturel est désarmant, il est difficile de ne pas être touché par celui-ci. Ce serait même inhumain. Faire réagir, pour faire changer les choses, dans une société qui n’est pas forcément connue pour être capable d’améliorer les conditions de vie de ses habitants les plus pauvres. Le désespoir de cet enfant pourrait être mis dans la bouche d’un jeune de certains quartiers même français : aucune chance d’ascension sociale, donc aucun intérêt à jouer le jeu du système. C’est assez beau de se dire que peut-être que le cinéma arrivera à faire changer la mentalité, ne serait-ce que de certaines personnes, et Nadine Labaki y arrivera avec son Capharnaüm. Pourtant on regrette les violons appuyés, qui appellent les larmes sans proposer autre chose qu’un problème exhibé. L’émotion, oui, un film puissant, oui. Sans aucun doute, il s’agit du choc émotionnel du Festival de Cannes 2018. Mais qu’en restera-t-il après ?

Capharnaüm de N. Labaki, avec Z. Alrafeea, N. Labaki, Y. Shifera. Sortie en France prochainement.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Responsable éditorial - Blog "Le Film Jeune Lyonnais".

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