Sauvage – Brutal, marquant, un choc

Sauvage est l’exemple type du titre évocateur. Si vous fermez les yeux, vous aurez une certaine idée, une certaine définition, de ce concept. Peut-être que certains entendront brutal avec sauvage, animal, bref, « sauvage » évoque une disparition de l’humanité, de la civilisation – sans doute est-ce que le sens du film est là. Comme un vernis, la sauvagerie dissimule quelque chose…

Le plus difficile pour un premier long est d’être remarqué, à fortiori en France où la production cinématographique est abondante. Camille Vidal-Naquet, dont Sauvage est le premier long-métrage, part ainsi de postulats engagés : Léo est un jeune homme homosexuel qui se prostitue. Sujet immédiatement saisissant, la prostitution masculine étant entouré de beaucoup plus de silence que la prostitution féminine. Le corps jeune et svelte devient malade, souffrant, se déchire, crache du sang, se voûte. La crise est donc physique et sentimentale, incapable de se projeter dans un avenir – cette scène terrible chez le médecin où le personnage semble incapable de s’imaginer sans drogues, sans prostitution. L’horreur de sa situation ne lui saute pas aux yeux, certains de ses « collègues » ayant même l’impression qu’il aime se prostituer. Certains clients aux goûts particulièrement extrêmes pourraient pourtant le faire réagir comme le spectateur qui ne pourra pas rester insensible devant la violence de certaines scènes – violence qui n’apparaît pas à l’écran, qui n’est qu’évoquée par le travail d’imagination du spectateur. Celui-ci est bien aidé, d’ailleurs, par l’acteur Félix Maritaud, saisissant dans sa capacité à incarner la souffrance.

Ainsi, si la forme du film – par moment volontairement très réaliste, documentariste – est aussi marquante c’est aussi pour dresser le portrait d’une certaine jeunesse. Incapable de se projeter dans l’avenir donc, mais aussi incapable d’accepter le train-train quotidien. Le dernier plan du film est en cela parlant : ce que cherche le personnage principal n’est ni dans la prostitution ni dans la bouée de sauvetage que la vie lui avait jeté, mais dans cette sauvagerie, dans cette violence. Il y a dans le film une volonté de vivre intensément, de s’émanciper d’une norme, et pour cela il faut accepter de vivre violemment, brutalement, sauvagement. Paradoxalement, seul, le personnage de Félix Maritaux est incapable de vivre pleinement puisqu’il se met à dépendre de sa condition (la prostitution, la vie dans la rue) alors que celle-ci est absolument invivable. Elle est même devenue perverse : le premier médecin du film, dans la séquence d’introduction, n’est autre qu’un client accomplissant son fantasme. Si rien n’est fiable, il n’est alors pas surprenant que le personnage s’enferme dans un cercle vicieux. En fait, c’est peut être justement là que se joue le film : le manque d’affection entourant Léo – pas de parents, de compagnons – est une forme de violence à son égard. Cette vie devient le vernis dont il s’empare pour combler un vide en lui. Cette jeunesse incapable d’être regardée comme elle l’aimerait, dans un monde sombre, très sombre, et souvent très peu enclin à proposer de l’espoir.

Sauvage (2018) de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard. En salles le 29 août 2018.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Responsable éditorial - Blog "Le Film Jeune Lyonnais".

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