Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald – inégal et décevant

On attendait beaucoup de ce second opus.

C’est un film qu’on va voir avec espoir : l’univers de Johann Kathleen Rowling est connu pour être particulièrement foisonnant, propice au grand spectacle comme aux scènes graves et touchantes. De plus, le premier volet (Les Animaux Fantastiques, David Yates, 2016) était très prometteur : même avec de nouveaux protagonistes et une histoire se déroulant au début du siècle, le retour du monde magique au cinéma avait été plutôt réussi, au regard du vide littéraire duquel il s’inspirait (Vie et habitat des Animaux Fantastiques, J.K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2001), à savoir un simple dictionnaire répertoriant la faune et la flore du monde magique de Harry Potter, avec pour seule trace de Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne) des annotations légères sur les côtés des pages.

Pour rajouter à l’attente qui était la mienne de ce deuxième opus (sur cinq, en tout), la fin du premier volet nous promettait un passage au premier plan de Gellert Grindelwad (Johnny Depp), immense seigneur noir qui est déjà un personnage à part entière de l’histoire de Harry Potter. En effet, Grindelwald est le mage noir défait en 1945 (ce qui, selon JKR, est lié à la fin de la Seconde Guerre Mondiale) par Albus Dumbledore, duquel Lord Voldemort tire expériences et modèles, mais c’est aussi l’ami d’enfance (et plus, si l’on adhère à la position de JKR sur la question) de Dumbledore, devenant un des pivots de la résolution de la saga du sorcier à la cicatrice.

Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald (2018) de David Yates – Image : Warner Bros

Une ouverture éclatante pour une suite morne

Après une ouverture éclatante sur la fuite de Grindelwald pendant son transfert des Etats-Unis à la Grande-Bretagne pour y être jugé, ouverture dans laquelle le mage noir apparaît selon moi sous son meilleur angle : coriace, calculateur et cruel, force est de constater que l’intrigue se disperse, sinon s’aplatît, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, le film répond à une demande de fan service évident : l’apparition de Nagini [ndlr : une humaine transformée de manière définitive en serpent, serpent qui accompagnera Lord Voldemort jusqu’à sa mort], alors âgée d’une vingtaine d’année, puis l’arrivée dans l’histoire du fameux Nicholas Flamel, un des pivots de Harry Potter à l’école des sorciers jamais apparu à l’écran, dont l’utilité majeure est de fournir un endroit où résider à Paris à Norbert et Tina.

Encore pire – mais cela sera à confirmer avec le 3e film de la série –, si l’affirmation faite par Grindelwald à Croyance Bellebosse est vraie et n’est pas une simple manipulation, l’histoire générale de l’univers sera tombée bien bas : le passé et l’histoire familiale de Dumbledore ont déjà été usés jusqu’à la corde dans « Les Reliques de la Mort », y replonger pour trouver un ressort scénaristique devient plutôt artificiel et malvenu.

Gellert Grindelwald : on est loin du grand mage noir décrit par les livres

Si Grindelwald est époustouflant dans l’ouverture du film, sitôt libéré et retourné avec ses disciples, il adopte de nouveau son style de grand-père hipster bien propre sur lui, son seul « crime » dans ce film étant de tenir un meeting devant une salle comble et de ravager un grand cimetière français avec des flammes bleues en forme de dragon.

A simple titre de comparaison, lors de sa première apparition dans toute sa splendeur dans Harry Potter et la Coupe de Feu, Lord Voldemort tue de sang-froid un adolescent qu’il ne connaît pas. Dans la planque qu’il se trouve à Paris, Grindelwald ne tue même pas lui-même le jeune garçon qui a apparemment été oublié lors de la liquidation de la famille, il en détourne les yeux et sa disciple à l’accent français éhonté fait le sale boulot, une fois qu’il est sorti de la pièce.

Alors oui, il est clair que dans les livres et dans les films, Grindelwald est toujours présenté comme un érudit, quelqu’un d’extrêmement intelligent et calculateur, l’alter ego maléfique de Dumbledore en quelques sortes. Ainsi, il est aussi un idéologue, obsédé par son idée du combat pour le plus grand bien, pour faire renaître la suprématie magique sur les non sorciers. Cela explique peut être pourquoi il ne souhaite pas se salir les mains. Cet argument tiendrait si justement le comportement de Grindelwald était cohérent : lui qui se révèle être un fin manipulateur et chef d’orchestre d’une ambition énorme, se révèle également incapable ou refusant en tous cas, de tuer un simple enfant né Moldu.

Donc pour un épisode intitulé Les Crimes de Grindelwald, c’est ballot.

Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald (2018) de David Yates – Image : Warner Bros France

Des personnages auxquels on ne s’attache pas

En dehors de Norbert et Albus Dumbledore (Jude Law) qui sont tous les deux magistralement interprétés – notamment Jude Law en Dumbledore de 1927, époustouflant – ceux qui étaient les principaux personnages de l’intrigue (Tina, sa sœur Queenie et Jacob) ne sont plus présents qu’épisodiquement et perdent toute leur implication dans l’histoire centrale : celle-ci se resserre autour d’Albus Dumbledore, de Gellert Grindelwald et de leur relation, mêlant le jeune Croyance Bellebosse et Norbert dans le tas de cette lutte entre pouvoir, amitié, amour et calculs savants (Dumbledore utilisant Norbert pour accomplir ce qu’il ne veut ou ne peut pas accomplir, comme il fera plus tard avec Harry Potter).

Pour ce qui est de Grindelwald, interprété par Johnny Depp, il ne parvient pas à être un personnage à part entière. Sans être le Johnny Depp générique qu’on retrouve dans Charlie et la Chocolaterie, la saga Pirates des Caraïbes ou encore Lone Ranger, il garde un jeu qui ne correspond pas idéalement selon moi à ce qu’est Grindelwald. Grindelwald c’est avant tout un jeune homme qui s’est lié d’une amitié très forte avec Dumbledore, et ce en raison de ressemblances et de traits de caractères communs. Mise à part la faculté de manipuler son entourage pour arriver à ses fins, la relation entre Grindelwald et Dumbledore ne parvient pas à transparaître dans son côté tragique et profond, du côté de Grindelwald tout du moins.

Un exemple flagrant d’inexistence d’amour pour les personnages satellites est celui de la mort de Leta Lestrange. Cette sorcière, dont le nom de famille annonçait dans le premier volet, une histoire et un rôle fort intéressants, par ailleurs éprise de Norbert mais mariée à son frère, Thésée, est assassinée par Grindelwald dans ce qui ressemble à un suicide de sa part, permettant à Norbert et son frère de fuir, et lui permettant à elle un échappatoire face à ce choix digne d’une tragédie grecque.

Racontée comme cela, la scène est poignante et lourde de sens et de gravité. Cependant à l’écran il n’en est rien. Leta Lestrange meurt et, bien qu’elle était l’amour de jeunesse de Norbert, pour qui il éprouvait toujours une grande affection, le spectateur n’en ressent ni chaud ni froid.

Nous ne dirons rien sur son histoire familiale et son cousin éthiopien qui cherche à l’assassiner : cette péripétie – sauf si elle se révèle être une préparation pour la suite – n’est utile en rien ni à personne dans le film et dans la progression de l’intrigue.

En définitive, un film inégal et décevant

Avec un peu de recul, le film dans son apport strictement au niveau de l’histoire générale de l’univers de Harry Potter est très intéressant : de multiples nouvelles intrigues sont dévoilées, le personnage de Nagini, future comparse de Voldemort, apparaît sous sa forme humaine, la jeunesse d’Albus Dumbledore – qui n’était jusque là abordée que par les lectures que Harry faisait de l’ouvrage Vie et mensonges d’Albus Dumbledore publié par Rita Skeeter dans le 7ème tome des aventures du jeune sorcier – est également introduite, et le personnage de Grindelwald se dévoile un peu plus, malgré une construction fortement décevante pour ma part.

C’est là qu’est le problème, on assiste au deuxième opus d’une saga de cinq films, et c’est fortement dommage qu’il ne puisse être pris en lui-même pour ce qu’il est. Pour avoir une critique efficace de cette saga il faudra donc attendre la sortie du dernier film : la division en cinq de l’intrigue n’est donc pas le sujet d’intérêts scénaristiques mais d’intérêts économiques (assurer un rendement sur une décennie). Le pari est réussi : objets dérivés, mise en ambiance peu avant les fêtes de Noël, sortie de l’intégrale d’Harry Potter sur Netflix quelques jours avant la sortie : le timing est parfait pour l’arrivée de ce second volet dans le Wizarding World de JKR.

Il manque en tous cas quelque chose d’essentiel à ce film et aux Animaux Fantastiques en général : l’œuvre littéraire considérable dont les Harry Potter au cinéma étaient adaptés.

Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald (2018) de David Yates, avec E. Redmayne, K. Waterston, D. Fogler. Sortie en salles le 14 novembre 2018.

Auteur : Pierre TRIOLLIER DU BROCHET

Etudiant en droit et science politique à l'Université Jean Moulin Lyon III, Pierre TRIOLLIER est également violoniste à l'Orchestre de l'Université Jean Moulin Lyon III. En 2015, il fonde avec Jean-Félix LAVAL, le Festival du film lycéen de Saint-Just, puis en 2016 l'association qui deviendra "Lyf - Union et Festival du film jeune de Lyon" qui organise le Festival du film jeune de Lyon chaque année en septembre. Il préside l'association depuis sa création en 2016.

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