En liberté ! – Digressions sur les prisons (in)volontaires

Les disciples de Norman Bates – au sens philosophique bien sûr – dont je suis ne se souviennent que trop bien de ses discussions avec Marion Crane à propos de la « cage » dont tout un chacun est prisonnier : une vie secrète avec un mari adultère, une mère trop intrusive, chacun est enfermé à sa manière et l’histoire est quelque part toujours d’arriver à en sortir sans trop de dégâts.

De cages en cages, digressions sur un amour impossible

Yvonne, veuve d’un policier tombé en opération, découvre que celui-ci était ripou. Soumise à l’image de son père décédé qu’elle construit pour leur enfant, elle se retrouve emprisonnée dans ce premier cycle de mensonges. Elle noue alors une affection coupable pour Antoine, un jeune détenu fraîchement libéré qui avait été injustement incarcéré après une manipulation de feu son mari. Tous deux sont, à leur manière, enfermés pour toujours dans leurs propres personnes et histoires : elle, innocente aux yeux de la justice mais coupable d’avoir été bernée pendant huit ans par un mari ripou, lui, coupable aux yeux de la justice mais innocent des crimes qu’on lui reproche.

Chacun à leur manière, ils sont en désespoir de retrouver le repos et la satisfaction, le bonheur quoi. Chacun à leur manière ils vont rejeter leurs cages d’avant, pour se reconstruire dans une nouvelle réalité.

La cage d’Antoine s’appelle Agnès (Audrey Tautou)

Un duo efficace, un rythme trépidant

Le duo Adèle Haenel (Yvonne) – Pio Marmaï (Antoine) fonctionne très bien. Faits l’un pour l’autre, ils ne peuvent cependant pas s’aimer : c’est un ancien taulard, elle est flique et c’est la femme du flic qui est responsable de ses huit ans de prison. Chacun repousse celui ou celle qui l’aime, car chacun est en quête de quelque chose de plus grand. Antoine et son « j’en peux plus d’être innocent », Yvonne et son « j’en peux plus d’être coupable » : finalement la situation ne sera résolue que lorsqu’Yvonne se sera dénoncée à la place d’Antoine pour le braquage d’une bijouterie : les torts sont réparés, tout revient à la « normale ».

Le film est dynamique, on ne s’ennuie jamais. Les deux acteurs principaux ainsi que les secondaires sont tous parfaits ou très bons, l’articulation de l’intrigue principale et des intrigues alternes (l’homme qui amène sa tante en morceaux par exemple) rendent le tout d’une force, d’un humour et d’une vitesse exaltants.

Un fil rouge : l’enfant et la construction du père

S’il y a un lien continu sur toute la progression scénaristique c’est le fils d’Yvonne et de feu son mari. Le film s’ouvre d’ailleurs sur le récit qu’Yvonne lui fait chaque soir des exploits de son père en tant que policier : deux ans après sa mort, c’est une manière de faire le deuil. Au fur et à mesure de la progression dans le film et dans les découvertes que fait Yvonne sur son mari et sa double-vie, le récit évolue : l’enfant y réagit des fois bien, des fois mal, ce qui provoque tout un tas de réflexions intéressantes que l’on peut se faire sur la place de la mémoire, du deuil et de la vision manichéenne de la vie qu’on a lorsqu’on est enfant.

Au final, Pierre Salvadori nous livre ici un joli film français qui peut bouleverser tant qu’il peut faire rire, et qui en fin de compte, nous laissera toujours une bonne raison de retourner en salle pour le voir !

En liberté ! de Pierre Salvadori, avec A. Haenel, P. Marmai, D. Bonnard. Sorti le 31 octobre 2018.

Auteur : Pierre TRIOLLIER DU BROCHET

Etudiant en droit et science politique à l'Université Jean Moulin Lyon III, Pierre TRIOLLIER est également violoniste à l'Orchestre de l'Université Jean Moulin Lyon III. En 2015, il fonde avec Jean-Félix LAVAL, le Festival du film lycéen de Saint-Just, puis en 2016 l'association qui deviendra "Lyf - Union et Festival du film jeune de Lyon" qui organise le Festival du film jeune de Lyon chaque année en septembre. Il préside l'association depuis sa création en 2016.

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