Outlaw King – Une épopée costumée inégale

Un film Netflix avec des visages familiers

Ça y est, depuis quelques temps Netflix produit des films aux budgets plutôt conséquents (120 millions de dollars pour celui-ci). C’est tellement surprenant et inhabituels que l’envie de regarder Le Roi hors-la-loi m’est venue en voyant une publicité du fameux service de streaming sur un réseau social bien connu. Je décide alors de tenter, m’attendant à une série dans le genre de Game of Thrones ou Viking, qui s’appuient sur cette mythologie et histoire anglo-saxone médiévales. Finalement, je me rends compte que c’est un film : au final il n’y a que sur la durée et le format que je me serai trompé, le reste est exact.

Si vous êtes un spectateur assidu de Game of Thrones vous reconnaîtrez facilement les visages de James Cosmo (Robert de Bruce Sr. ; Jeor Mormont dans GoT) et Stephen Dilliane (Edouard Ier d’Angleterre ; Stannis Baratheon dans GoT) qui reprennent leurs rôles respectifs de père protecteur et de roi de fer impitoyable.

Billy Howle (Edouard de Galles) et Stephen Dilliane (Edouard d’Angleterre), Outlaw King, 2018

Sur cette première impression toutefois, et tout particulièrement sur le marketing autour du film qui tend à le vendre avec les mêmes ressorts qu’un objet sériel il y aurait fort à discuter. De toute évidence, Netflix n’a pas vraiment le choix. Impossible également de dire si ça marche, mis à part ceux que Netflix fournit lui-même, aucun indicateur lisible ne permet d’apprécier le nombre de spectateur d’Outlaw King. Avec sa volonté de pousser la production de long-métrages au point de devenir un producteur ou distributeur sérieux (Scorcese, les frères Coen, Del Toro, …), nous devrons nous habituer d’une part à ne plus voir les films seulement en salles mais à leur accorder le même temps et le même cadre qu’à nos séries habituelles qui pour certaines remplissaient notre soirée en rentrant de la fac / du travail. Je suis de ceux qui pensent que le plaisir de voir un film en salle ne pourra jamais être remplacé par un ordinateur posé sur mes genoux, même avec sans bouger de chez soi et avec un chocolat chaud dans les mains. Ce lieu collectif qu’est la salle de cinéma, comme l’étaient les églises autrefois, se fait désert de plus en plus. C’est notre mission et notre devoir de le soutenir et de continuer à aller en salles malgré tout. Il est cependant impossible d’un autre côté de passer à côté du dernier Scorcese, ou des séries de plus en plus qualitatives produites par les services de streaming. Je fermerai cette digression simplement en me promettant de travailler plus amplement sur la question pour de prochains écrits.

Une suite à Braveheart, un prélude aux Rois maudits ?

Je suis peut-être un des rares à n’avoir pas vu Braveheart (1995, Mel Gibson), ce film qui retrace l’épopée de William Wallace, ce héros historico-mythique écossais qui mena une rébellion contre le joug anglais. La temporalité d’Outlaw King intervient juste après la reddition de William Wallace et la soumission des lords écossais au roi anglais, Edouard (aussi chaleureux que notre Philippe IV le Bel dont il était le contemporain). Historiquement, le film est une clé qui permet de faire le lien entre les événements de Braveheart et la saga des Rois maudits (Maurice DRUON, l’intégrale est éditée chez Plon à 29,90€).

C’est peut-être cela qui est tant dommage qu’intéressant dans Le Roi hors-la-loi, c’est ce qu’on pourrait appeler un wiki-film : l’œuvre vous donne tout de suite envie d’éplucher les différentes ressources à votre disposition pour en savoir plus sur le contexte, sur l’époque. Vous voudrez sûrement – comme moi – (re)regarder Braveheart pour trouver une continuité, ensuite vous vous renseignerez sur la fameuse technique du hanged, drawned and quartered appliquée aux traîtres à la Couronne britannique, et enfin vous vous mettrez sûrement en tête de (re)découvrir les différents ouvrages qui ont été adaptés de la saga littéraire des Rois maudits pour connaître la suite des aventures du jeune prince (plus tard roi) Edouard II qui aura ses répercussions sur l’histoire des rois de France !

Bataille de Loudoun Hill (1307) entre les Ecossais de Robert de Bruce et les Anglais d’Edouard II, Outlaw King (2018)

En bref : une épopée costumée remarquable, insuffisante en soi

Sur le fond de l’histoire, on s’attache à Robert de Bruce, un des lords écossais s’étant soumis au pouvoir britannique. Cependant, lorsque le Roi anglais retrouve William Wallace et lui applique la fameuse sentence du « hanged, drawned and quartered » (littéralement : « pendu, évidé/traîné et coupé en quarts »), les Ecossais se soulèvent et Robert prend leur tête en tant que Roi des Ecossais. On est ici en plein Game of Thrones historique : tout est question de vengeance, de droits perdus qu’on tente de retrouver, d’idéaux à défendre, d’intérêts individuels et d’intérêts collectifs. Les acteurs et actrices sont tous globalement bons, les deux heures de film passent très vite, avec l’envie d’en savoir plus (une série n’aurait peut-être pas été malvenue ?) et le personnage de Robert (héros national écossais de nos jours) est plutôt charismatique et vendu sous un jour favorable : il faudrait en parler avec des Ecossais !

Le film est cependant insuffisant lui-même. Comme je l’ai dit plus tôt, il s’insère bien dans une chronologie de films et d’œuvres traitant de cette histoire (pas si ancienne) mythique où France et Angleterre sont déjà très liées (on approche de la Guerre de Cent Ans !). Le film reprend également les différents codes de l’épopée arthurienne pour défendre un héros … écossais, ce qui ne manque pas d’ironie !

A contrario, historiquement le roi d’Angleterre Edouard Ier dont il est question est connu pour – au même titre que Philippe IV le Bel en France – avoir été un souverain très dur, avoir laissé les caisses dans un très mauvais état mais avoir participé à la construction de la couronne britannique moderne. C’est sous le règne d’Edouard que le Pays de Galles sera placé sous souveraineté britannique (les Ecossais résisteront un peu plus longtemps en effet), c’est d’ailleurs sous son règne que la tradition qui veut que le successeur du trône porte la titulature de Prince de Galles naîtra.

Autrement dit, Outlaw King présente Robert de Bruce, héros national écossais, sous un jour très avantageux, en partie en assombrissant le rôle des Anglais dans l’histoire. Par équité je réclame un film sur la vie et l’œuvre d’Edouard Ier – et au passage une nouvelle adaptation en série de films ou en série tout court des Rois Maudits de M. Druon dont je ne saurais trop vous recommander la lecture.

Outlaw King : Le Roi hors-la-loi (2018) de David Mackenzie, avec C. Pine, F. Pugh, A. Taylor-Johnson. Disponible sur Netflix depuis le 9 novembre 2018.

Auteur : Pierre TRIOLLIER DU BROCHET

Etudiant en droit et science politique à l'Université Jean Moulin Lyon III, Pierre TRIOLLIER est également violoniste à l'Orchestre de l'Université Jean Moulin Lyon III. En 2015, il fonde avec Jean-Félix LAVAL, le Festival du film lycéen de Saint-Just, puis en 2016 l'association qui deviendra "Lyf - Union et Festival du film jeune de Lyon" qui organise le Festival du film jeune de Lyon chaque année en septembre. Il préside l'association depuis sa création en 2016.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *