Yomeddine – Un retour aux sources dans l’Egypte d’aujourd’hui

Désert égyptien, plus précisément, la Montagne aux détritus. C’est là que travaille Beshay (Rady Gamal), lépreux guéri. Essayer de trouver des objets qui ont de la valeur dans ce tas de plastiques, c’est son quotidien, c’est ce qui lui permet de vivre. Ce pauvre homme au corps abîmé perd son épouse, « la folle » qui avait perdue la tête. Qui pourrait se souvenir de lui à sa mort ? Il n’a pas d’enfants, sa femme est morte et sa famille l’a oublié. L’oubli, sûrement sa plus grosse peur. Son père devait venir le chercher enfant quand il serait guéri de sa maladie. Mais il l’a oublié. Une fois qu’il ne sera plus sur terre, on oubliera de penser à lui. Invivable est la situation dans laquelle il est, il ne peut pas continuer à vivre comme si de rien n’était, alors qu’il peut essayer de changer les choses. Il veut retrouver sa famille, il veut retrouver ses racines pour enfin savoir qui il est. Il quitte alors sa léproserie pour trouver son père. C’est avec une charrette de fortune, un âne et tous les objets qui lui appartiennent qu’il se lance vers un nouveau monde. Caché sous des bâches, Beshay retrouve un compagnon de voyage surprise. Obama (Ahmed Abdelhafiz), orphelin nubien d’une dizaine d’années, qui vit dans l’orphelinat près de la léproserie. Ce jeune compagnon l’accompagnera le long de son périple, en espérant lui aussi connaître ses parents.

On ne peut pas rester insensible devant ce film. Dès la première image on est touché, voir un homme travailler dans une montagne de déchets, cet homme au corps rongé, un visage déformé, des doigts amputés par la maladie, amène d’un seul coup de l’empathie. La pitié s’installe. Puis une dichotomie du monde émerge. Abu Bakr Shawky (le réalisateur) donne l’impression que le bien et le mal existent. La léproserie était en fait un refuge par rapport à l’autre monde, là où les jugements et les critiques ne fusent pas et l’acceptation persiste. L’extérieur, peuplé de personnes égoïstes est un endroit terrible. Mais on peut faire de bonnes rencontres. Sauf qu’ici, les bonnes rencontres sont des personnes qui, comme Beshay, sont malades et vues comme « différentes ».

Le film est très poignant. Néanmoins, on remarque que le réalisateur appuie vraiment sur l’existence des méchants et des gentils. Film romancé et dramatique malgré une happy-end. Moralité, il y aura toujours des personnes qui seront là pour juger, mais si possible évitons-les pour se sentir en paix avec soi-même. L’auteur met tout de même les personnes dans des cases, les marginaux victimes de leur maladie ou de la différence physique sont bons et altruistes. Les autres ne comprennent pas, sont mauvais et éprouvent haine ou peur contre les malades. Le film d’Abu Bakr Shawky peut décevoir mais nous met face à une réalité qu’on ne peut nier.

Yomeddine (2018) de A. B. Shawky, avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz, Shahira Fahmy. Sortie en salles le 21 novembre 2018.

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