L’homme fidèle – Un triangle amoureux

C’est après trois ans de relation amoureuse que Marianne (Laetitia Casta) annonce à Abel (Louis Garrel) qu’elle est enceinte. Une heureuse nouvelle qui devient rapidement catastrophique. Le père est Paul, son meilleur ami, et avec qui elle va se marier dans les jours qui viennent. Marianne l’annonce d’une douceur cruelle, presque sadiquement, stupéfiante. La réaction d’Abel sera d’autant plus surprenante, qu’il ne laisse paraître que de la surprise, sans une once de colère envers la femme qu’il aime, il a tout d’un homme passif. C’est ainsi que le mini thriller, le mini Hitchcock, commence.

Dix années plus tard, nous retrouvons Marianne, Joseph son enfant, et Abel, tous réunis pour l’enterrement de Paul. C’est tout naturellement qu’Abel veut reconquérir le cœur de son ancienne amante. Paul s’était glissé entre eux, mais à présent c’est Joseph. Le petit détective va faire passer sa mère pour une maîtresse assassine, pour qu’Abel s’en éloigne. C’est ainsi qu’avec son petit visage d’ange, l’enfant chuchote à l’oreille d’Abel « papa, c’est maman qui l’a tué ». Mais qui Abel devait-il croire ? Son ancienne compagne qui l’avait trompé ou un petit garçon de dix ans ? Puis vient se greffer un nouveau personnage, la jeune Eve (Lilly-Rose Depp), à peine majeure, folle amoureuse d’Abel et sœur du défunt Paul. Un triangle amoureux, comme il y a dix ans. Une alliance entre Eve et Joseph va se nouer pour avoir le monopole sur, pour l’une, son amour et l’autre, sa mère.

Louis Garrel, réalise ici son second long-métrage, comme prolongement du premier (Les deux amis – 2015) avec encore deux amis – Abel et Paul – et une femme. Cette fois-ci ce sont l’amour mais aussi la filiation les maîtres mots du film. Abel découvre le rôle de beau-père, la relation libre et la manipulation par les autres. Louis Garrel joue de l’héritage de son père – Philippe Garrel – en citant les noms de la Nouvelle Vague avec des références à Chabrol et Truffaut. Le titre même du film y fait référence L’homme fidèle, c’est bien évidemment un clin d’oeil à La femme infidèle de Chabrol.

L’homme fidèle (2018) de Louis Garrel | Distribution : Ad Vitam

L’idée de départ du film est inspirée de Marivaux et de sa pièce La Seconde Surprise de l’Amour qui raconte la rencontre d’une veuve et d’un homme qui se retrouve seul. Une histoire rappelant au cinéma le film Happiness Therapy de David O. Russell. Louis Garrel décide d’en parler aussi avec l’excellent Jean-Claude Carrière au scénario. C’est un des traits du réalisateur : partir d’un argument classique, le revisiter, pour en sortir une oeuvre qu’il s’approprie.

Le film est tourné sous forme d’énigmes : Marianne est-elle coupable, Abel va-t-il la reconquérir, Eve va-t-elle enfin être vue par Abel ? Tant de questions posées pour un film très court d’une heure quinze seulement. Un triangle amoureux qui se traduit par trois voix-off, trois visions de l’histoire. Cela accélère la narration et amène « un contre-poids de sentiments » comme le dit si bien le réalisateur. Une progression du film étonnante avec des scènes similaires, mais avec une femme différente, ou dans des appartements différents. Une caméra qui ne bouge pas et des voix pratiquement toujours calmes, le film reste dans la discrétion. Il nous intrigue dès les premières minutes et nous amène dans l’inconscient des personnages. Rien de superflu, un tournage court d’un mois seulement avec un budget peu élevé. Un long-métrage écrit par deux hommes où les femmes mènent la danse. Malgré tout, L’homme fidèle reste une comédie, avec une touche de sarcasme qui nous fait rire.

L’homme fidèle (2018) de Louis Garrel, avec Laetitia Casta, Louis Garrel, Lily-Rose Depp. Sortie en salle le 26 décembre 2018.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *