Clermont 2019 – La véhémence du court-métrage

Il est l’un des plus grand festival de court-métrage du monde. Du 1er au 9 février, Clermont-Ferrand nous a ouvert les portes de ses nombreuses salles, pour découvrir et mettre en avant ce domaine du cinéma si peu médiatisé. C’est grâce au LYF que nous avons pu, pour ma part pour la première fois, vivre l’euphorie d’un festival durant un week-end. Il était certain que nous allions découvrir des chefs-d’oeuvres, mais autant de pépites cinématographiques, c’était inattendu. Notre avis sur le cinéma reste subjectif et même si certains courts-métrages touchent moins, d’autres resteront gravés dans nos mémoires. C’est de ceux-là dont je vais parler.

Vendredi soir, 22h30, salle Cocteau pour la séance d’ouverture. Les organisateurs distribuent à chaque spectateur des masques de nuit. C’était sûrement l’expérience la plus enrichissante du festival et c’est grâce au réalisateur, Olivier Treiner, que nous l’avons vécue. Le cinéma, pense-t-on, c’est avant tout des images, et bien pas que… Nous mettons alors nos masques et découvrons le cinéma en audio-description, comme un malvoyant pourrait le ressentir, en audio-description. L’accordeur, c’est le récit et l’unique point de vue d’Adrien, accordeur de piano se faisant passer pour aveugle. Et c’est ce qu’il n’est pas censé voir qui nous est décrit. On se concentre alors uniquement sur les sons, sur un cri, et c’est ainsi qu’on comprend qu’Adrien est témoin d’une chose qu’il aurait préféré ne jamais voir.

Deux garçons dans un site minier québécois, jouent à un jeu de domination apparemment innocent. Une bataille enfantine pour savoir qui aura le dessus, qui marquera le plus de points. Mais entre les deux enfants d’une dizaine d’années et la nature, il est certain que cette dernière restera souveraine. Fauve de Jérémy Comte perturbe. Un drame à cause d’un jeu, un ouvrier sur le chantier dont on ignore la présence, ambiance perturbante. C’est dans cette thébaïde que la nature sera seule témoin de l’engloutissement d’un jeune homme.

Il est muet, d’apparence candide mais il s’est tout de même échappé de prison. C’est ainsi qu’on suit le parcours tumultueux de Phil, personnage attachant et simple. Des agents le poursuivent et sa crédulité l’emmènera loin, même si ce ne sera pas suffisant pour rester libre. The Passage – réalisé par Phillip Burgers – a gagné le Prix du Public dans la sélection Labo (sélection des courts-métrages expérimentaux) et on comprend aisément pourquoi. Le bonhomme est hilarant, par ses gestes et ses réactions. Sa naïveté le rend unique et son parcours irréaliste amène à une réaction et un brouhaha dans la salle, personne ne pouvant rester insensible face à l’épopée de cet anti-héros.

C’est dans un programme pour enfant que nous découvrons Boubou dans l’ambiance caniculaire d’un camping. Dans Gronde marmaille – réalisé par Clémentine Carrié -, elle est une fillette qui incarne la puissance, du moins c’est ce qu’elle transmet. Une musique entêtante en fond, musique guerrière, qu’elle chante au ciel en invoquant l’orage. Fuguer le temps d’une journée avec Dani, pour vivre pleinement dans la nature, c’est ainsi que Boubou, peinture de guerre sur le visage, incarne une mini-reine sauvage.

La nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel trouble et dérange. Dans les calanques de la cité phocéenne, Agathe est obsédée par une seule chose, avoir un enfant. Elle a 39 ans et est apeurée par la ménopause. C’est pour reconquérir Marc-Antoine qu’elle va dans la boîte où il mixe. Mais, phénomène anthropique, il y a une invasion de sacs plastiques. Ils s’agrippent, rongent et engloutissent les humains, dont les pieds de Marc-Antoine. Son ancienne compagne est comme aveuglée par son obsession, elle ne se rend pas compte de la situation et tente de forcer Marc-Antoine à lui faire un enfant. Synopsis étrange mais ce court-métrage ne serait-il pas prétexte pour lancer un signal d’alerte écologique ? Après tout, les sacs plastiques sont là à cause de nous, une forme de suicide écologique. Somme toute, nous sommes Agathe, nous continuons de vivre comme si de rien n’était.

Mais pourquoi se limiter à cinq courts-métrages alors que nous sommes dans un festival qui en propose des centaines, tous de qualité. Comment ne pas citer Cerdita de Carlota Pereda, narrant l’histoire d’une adolescente obèse victime d’harcèlement physique et moral de la part de camarades hautaines et prétentieuses. Mais aussi Berlin Troika, d’Andrej Gontcharov, qui montre le rôle d’un interprète entre deux gouvernants politiques, incarnation de la puissance et de la tension. C’est entre ses mains que reposent le paix et la guerre des deux pays et il prend trop à coeur cette mission. Un visage malsain de la politique que l’on retrouve également dans Tantale, film interactif de Gilles Porte où nous choisissons à la place du Président de la République.

Tant d’histoires marquantes, là est la difficulté de choisir ce qui nous a le plus touché. C’est après tout le problème des festivals, devoir sélectionner et classer les films. Mais Clermont-Ferrand n’est pas un festival comme les autres, il rend accessible le septième art et en fait un bien commun au trésor inestimable.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *