Le Chant du loup – Une expérience sonore et humaine

Dès le générique d’ouverture, on apprend que le film a été financé par le programme d’aide à la création sonore du CNC et pour cause : non seulement le personnage incarné par François Civil, l’officier Chanteraide, « Oreille d’or » de la Marine Nationale, est un spécialiste de la guerre acoustique, mais la construction sonore de la bande originale nous pousse à vivre le film à travers son ouïe fine.

Construisant son film en trois temps, le talentueux Antonin Baudry utilise le fond d’une politique fiction basée sur les relations russo-européennes, l’Etat Islamique et la situation en Syrie pour développer une aventure avant tout humaine. Il est question d’oreilles certes, mais c’est avant tout le dialogue, la confiance sans faille entre des équipiers et l’absurdité criante du fait militaire face à ces liens indéfectibles qui font les personnages principaux du film.

La première partie du film nous plonge d’abord dans ce qu’on pourrait appeler une « expérience », mais qui n’est autre que du cinéma dans une forme pure : la transmission d’émotions directement par l’image à nos tripes, sans passer par un quelconque filtre. Nous voici immergés dans un sous-marin en pleine intervention. Viendra ensuite une partie « thriller » au cours duquel Maître Chanteraide se défonce – dans tous les sens du terme – pour trouver quel est ce mystérieux bruit des profondeurs, « comme un sous-marin à quatre pales », qu’il a entendu lors de l’opération. Puis enfin, l’opération du premier acte ayant entraîné une réaction en chaîne diplomatique, la France entre en guerre nucléaire et le dernier acte du film nous immergera de nouveau à bord d’un « SNLE », ou sous-marin nucléaire lanceur d’engins.

Le Chant du loup (2019) de Antonin Baudry | Distribution : Pathé

Aux côtés d’un Omar Sy définitivement grand acteur, d’un Reda Kateb qu’on ne présente plus et d’un Matthieu Kassovitz surprenant bien que pas au top de sa forme, François Civil, révélé dans la série Dix pour cent, entérine son entrée dans le groupe des jeunes talents du cinéma français et permet au Chant du loup de profiter de son interprétation juste et profondément humaine.

Accusé par certains d’être un clip promotionnel de la Marine Nationale, Le Chant du loup permet au contraire une interprétation libre et assez éloignée de ce qu’on s’imagine être l’ambiance d’un sous-marin en opération. Ce n’est ni un clip, ni un documentaire, c’est un magistral film français alliant l’héroïsme du film d’action américain, à la finesse et la justesse du propos d’un film d’auteur.

Certes, on peut reprocher au film certaines tares, à l’image du personnage de Prairie, dont on peine à comprendre la pertinence si ce n’est pour servir de faire-valoir (ou de bouée de sauvetage ?) à Chanteraide, ou encore à la fameuse réplique des « trois citrons » de la première scène de Kassovitz, qui en surprendra plus d’un. Toujours est-il que Le Chant du loup est une belle part de gâteau cinématographique dans laquelle tout fonctionne, qui satisfera autant votre goût pour la peur et la claustrophobie que votre soif d’amour et de fraternité, sans pour autant verser dans le happy ending propre aux films dits « d’action » en général. Le Chant du loup, c’est un grand « ouïe » !

Le Chant du loup (2019) de Antonin Baudry, avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb. Sortie en salles le 20 février 2019.

Auteur : Pierre TRIOLLIER DU BROCHET

Président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon

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