Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires

Accusé par certains d’être un film « c’était mieux avant », par d’autres d’être un fantasme phallocrate de Nicolas Bedos, son réalisateur, La Belle Epoque est, au contraire, un des plus grands films français de l’année 2019, et en tous cas de ce 72e Festival de Cannes.

Dans une époque où la tendance est à dire que le passé ne doit pas peser sur l’avenir, Bedos signe ici un film hors du temps, qui pourrait faire partie de la série Black Mirror : Victor, sexagénaire fatigué par la vie, et de manière générale par la modernité, se voit proposé de vivre une expérience en retournant dans le temps à l’époque qu’il souhaite. Choisissant l’année 1974, date à laquelle il rencontra pour la première fois son épouse, Victor choisit ainsi de revivre sa première rencontre, afin de comprendre pourquoi celle dont il était fou amoureux alors ne l’aime plus aujourd’hui.

Loin d’un éloge du bon vieux temps, ce deuxième long-métrage de Nicolas Bedos, est davantage une ode à la vie et à tout ce qu’elle peut comporter de complexe. Tout le passé n’est pas bon comme tout le présent n’est pas mauvais, et inversement. Sans parler de l’aspect de gadget que peut porter une telle technologie de retour dans le temps, la société Voyageurs du Temps qui propose ce service à Victor s’érige surtout comme un moyen de résoudre un cercle vicieux dans lequel sont imbriqués certains protagonistes.

Victor, d’un côté, est perdu dans son époque, dépassé par la vie, rattrapé par ses échecs, sa femme ne le désire plus. Antoine, le créateur de cette technologie, est, lui, impuissant face à son propre tempérament, face à ces pulsions qui l’éloignent de celle qu’il aime, et à laquelle il souhaite faire vivre ce qu’il voudrait très fort qu’elle vive.

On contemple donc à deux vies brisées, deux parcours interrompus précisément parce que leur présent est impossible et seul leur reste à se raccrocher par le passé, par l’histoire, et par le cinéma finalement. La Belle Epoque est une ode à la force de l’histoire racontée, à la force des souvenirs. On pourrait aussi dire que c’est une ode à l’humain, car d’aucuns disent que l’Homme est devenu Homme quand il a su raconter son histoire et honorer ses morts.

Par une fresque romantique et tragique qui parle à toutes et tous, Nicolas Bedos se dévoile à nous et nous montre un peu comment le cinéma l’a sorti des années difficiles qu’il a connues. Récit salvateur pour son auteur donc, dont la catharsis n’échappera pas aux plus sensibles, dont votre serviteur fait partie.

La Belle Epoque (2019) de Nicolas Bedos, avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier. Sortie en salles prévue le 6 novembre 2019.

Auteur : Pierre TRIOLLIER DU BROCHET

Président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon

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