Golden Glove – « Non, mais franchement, ça peut pas être si dégueulasse… »

Crade, brutal, sale, dégoûtant, répugnant, réactionnaire, raciste, misogyne : les bons mots ne manquent pas pour qualifier le nouveau film de Fatih Akin, réalisateur allemand à l’origine de Head On (2004), Soul Kitchen (2007) ou dernièrement In the Fade (2017). Qu’importe ses dernières productions, ce nouveau film semble au premier abord n’avoir rien à voir avec ses œuvres précédentes. Akin nous emmène dans les années 1970, dans le pire quartier de Hambourg, dans le pub le plus grotesque de la rue où personne ne voudrait se rendre, rencontrer un affreux personnage se révélant être un psychopathe dégueulasse.

Cette répulsion que suscite le film est cultivée par un travail minutieux sur le décor – toujours macabre et malsain (l’appartement du tueur, le bar Golden Glove qui donne son nom au film). L’immersion suscité par l’ambiance générale des lieux visités est renforcée par l’utilisation de plans séquences. Akin nous immerge complètement dans la vie d’un homme solitaire, pauvre, violent, alcoolique, raciste, xénophobe, sexiste et moche (pour couronner le tout). Étrangement, Golden Glove prend des accents absurdes et grotesques quand les personnages se mettent à boire des litres d’alcool, qu’on y raconte des histoires affreuses sur la société allemande de l’époque, et que systématiquement quelqu’un se fait maltraiter physiquement, pour une raison ou pour une autre. Dire que les personnages semblent perdre la tête : le film dresse le portrait d’une Allemagne qui a subi des choses terribles – le nazisme, la guerre, la division en deux États – sombrant dans le chaos, la noirceur, un mal habitant tous les personnages du film. Plus précisément, c’est peut être une Allemagne ouvrière, l’Allemagne « d’en bas », dont le film façonne une image volontairement radicale, extrême, dans laquelle l’homme travaille sur des chantiers pendant que la femme fait à manger, nettoie la maison, et se prend une claque au moins écart. Ce serait malgré tout quelque peu déplacé de faire du personnage principal du film une incarnation de l’Allemagne ouvrière des années 1970…

Golden Glove (2019) de Fatih Akin – Distribution : Pathé Films

Le jeune homme venu des beaux quartiers que l’on suit au tout début et à la toute fin du film fait écho au spectateur. Il semble crédible d’avancer que lui aussi est fasciné par ces lieux, ces ambiances, ces personnages. Il est comme le couple très bien habillé qui vient au Golden Glove juste pour le spectacle, pour découvrir ce musée des horreurs, ces histoires tord-boyaux semblant sortir d’un esprit malade. Notre propre désir de voir le film basculer dans l’horreur s’incarne d’ailleurs dans le personnage de cette jeune fille blonde, qualifiée par le tueur « d’ange » dès le départ. Cette figure idyllique d’une beauté irréelle, on n’attend d’elle qu’une seule chose au final : qu’elle aussi se fasse violer, massacrer, tabasser, égorger, torturer et éparpiller façon puzzle dans la ville.

Ce cauchemar est aussi une certaine idée de la provocation, un rapport complexe de l’Allemagne actuelle à l’Allemagne du passé. Par exemple, un des habitués du bar est un ancien SS. Une victime du tueur a été « une prostituée forcée dans un camps de concentration entre 1937 et la fin de la guerre » (ce qui est précisé avant la voir se faire tabasser par le personnage principal). On pourrait presque résumer le film à ces petits sapins qu’on accroche dans les voitures, qui sont accrochés un peu partout dans la maison du tueur, et qu’il jette en vrac sur les bouts de cadavres qu’il cache dans un placard : quand ça pue, on met un truc qui sent bon pour que ça sente moins fort. Une bien belle morale qui nous apprendra l’importance de faire le ménage chez soi – dans tous les sens du terme.

Golden Glove (2019) de Fatih Akın, avec J. Dassler, K. Studt, M. Hosemann. En salles le 26 juin 2019.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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