Once Upon a Time in Hollywood – Le nouveau conte de Tarantino

Attention, cette critique contient des spoilers importants sur le contenu du film.

Quentin Tarantino, nous le savons, c’est le gars qui aime exalter les références qui ont construit son propre cinéma. Du western-spaghetti aux monstres d’Universal Studio en passant par le film de Kung-Fu, sa filmographie est un véritable pot-pourri d’idées revisitées par la patte Tarantino. Amoureux du cinéma qui séduit les amoureux du cinéma, son neuvième et avant-dernier film dévoile plus que jamais cet éloge du 7e art. Ce qui fait la grande force de ce nouveau long-métrage, c’est sa capacité à s’approprier ses références pour les mettre au service d’une œuvre propre particulièrement personnelle.

Once Upon a Time in Hollywood s’achève sur un plan large au dessus de la tête de ses personnages. La caméra s’éloigne progressivement comme pour dévoiler la scène d’une immense pièce de théâtre. Une chose est sûre – si le réalisateur tend à puiser dans le réel pour construire un éloge du nouvel Hollywood des années 60-70, tout n’est qu’artifice. Un éloge étant nécessairement subjectif, comment en produire un sans largement biaiser la réalité ? Pourtant, bien des procédés tentent de montrer le vrai – d’une part en introduisant des personnalités réelles dans la fiction, d’autre part, plus subtilement, en filmant les éléments de vie des personnages – ce qui contribue à leur donner plus grande profondeur et une identité. Il n’y a pas besoin de mots pour comprendre qui est Cliff Booth (incarné par Brad Pitt), seulement les images d’une caravane plus que modeste, le bruit des pâtes qui bouillent sur le feu, les magazines posés en vrac sur la table de la cuisine et le visage paisible d’un homme à la routine discrète.

La transition entre la réalité et la fiction est toutefois très discrète et s’opère de bien des manières… D’abord, par la citation d’un genre cinématographique, comme le Western, par exemple. Un héros nonchalant introduit par un plan rapproché de ses pas assurés, peu loquace, seul contre une ville (ici quelques poignées de maison), un décor sec et un duel. Plus tard, lors du bouquet final, scène peut-être la plus typée Tarantino, la violence éclate sur une musique au tempo lent, en désaccord total avec une mise en scène rapide et brutale comme pour souligner son caractère irréel. Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) se saisit même du lance-flamme pour brûler son assaillante, et reproduit ainsi une scène de fiction présentée plus tôt dans le film. L’objet prend alors tout son sens et sert à la narration. Par cette mise en abîme, l’artifice cinématographique a rejoint la réalité du personnage qui est elle-même fiction pour nous qui sommes derrière l’écran. Plus étonnant encore, la scène s’achève de sorte incongrue. Rick Dalton est invité à boire un verre chez ses voisins et parle de cet incident démesuré comme d’une banalité, les mains dans les poches. Déconcertant.

Finalement, dans cette ode au Hollywood de 1969, Tarantino montre la fiction comme d’une part une utopie – le monde d’ici et de nulle part – celui du Hollywood de 1969 et de ses références à travers le miroir que sont les yeux du réalisateur. Mais il rappelle aussi peut-être l’une des plus grandes fonctions d’une fiction : celle de la catharsis, la purification de l’âme et des passions par des séquences de grande démesure, désamorties ici par une certaine candeur de la part des personnages. Le titre du métrage prend alors tout son sens – il était une fois… L’auteur raconte la réalité. Il ne la montre pas, il la narre à la sorte d’un conte. J’aime maintenant penser l’œuvre du réalisateur comme un recueil de contes terribles qui transcendent la réalité du spectateur. On note aussi bien sûr la prestation impeccable de Leonardo DiCaprio qui confirme une fois de plus que les  rôles agités lui vont bien – en contraste admirable avec l’interprétation de Brad Pitt, bon pote loyal et décontracté, et celui de Margot Robbie, jeune actrice passionnée qui vie avec des étoiles dans les yeux. Once Upon a Time in Hollywood est peut être bien le film le plus personnel de Quentin Tarantino à ce jour.

Once Upon a Time… In Hollywood (2019) de Quentin Tarantino Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie. Sortie en salles le 14 août 2019.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *