Une Fille Facile – Vacances au goût amer

Sofia (Zahia Dehar) retrouve sa cousine Naïma (Mina Farid) à Cannes, le temps d’un été. Nous suivons leurs aventures, à la croisée des mondes : Naïma est une jeune fille issue d’un milieu populaire, et Sofia, dont on devine le métier d’escort girl, nage dans le milieu aisé. Lors de ces vacances, elles rencontrent deux hommes, riches, et nouent une relation avec eux.

Entrons dans le vif du sujet : j’ai passé un bon moment, j’aime le côté vintage de l’image, la musique, les sons, les paysages. La forme est belle, on se sent à Cannes : soleil, plage, soirées, cette ambiance légère qui nous a tous déjà fait tiquer – « tiens, je me sens en été ». Le choix des acteurs est judicieux et appréciable : Rebecca Zlotowski l’a soulignée elle-même, le choix de Mina Farid comme une jeune femme moins « tape à l’oeil », pas très sexualisée, qui incarne parfaitement l’image de l’adolescente « comme tout le monde »; Zahia Dehar, personnage sulfureux mais qui revendique l’acceptation de soi, de son corps, de sa liberté sexuelle. Nuno Lopes (André) et Benoît Magimel (Philippe) dont les personnages sont loin des clichés bourgeois.

Dans le fond, les choses se corsent un peu. Le film porte sur la transmission entre les personnages : devenir une femme libre, une femme qui s’assume, assume ses choix, son corps, sa vie. On retrouve la réalité de notre société contemporaine où la beauté et l’argent font fantasmer, jalouser, admirer sur les réseaux sociaux. L’argent, qui, aussi, crée un rapport de domination, de compétition incessant, que l’on retrouvera tout au long du film, notamment au sein de la relation entre André et Philippe, ou lors de la scène de déjeuner chez l’amie de Philippe : Sofia y dit que les cornes de brume lui rappellent les romans de Marguerite Duras, et l’assemblée sourit – comment cette fille facile pourrait connaître ces romans ? L’hôte, moqueuse, demande quel est son roman favori de la même auteure. Sofia, d’abord hésitante, répond, et crée la stupéfaction.

Une Fille facile (2019) de Rebecca Zlotowski | Distribution : Ad Vitam

Là où le tableau s’assombrit, c’est qu’au clap de fin, on en a pas eu assez. Le spectateur n’a pas le temps de s’attacher aux personnages qui n’en disent pas tant sur eux-mêmes (sauf le personnage de Dodo à qui on s’attache très vite). Beaucoup de détails sont amenés pour « meubler » alors qu’ils auraient pu apporter davantage (je pense notamment à la mort de la mère de Sofia ou à la relation entre Naïma et Dodo). D’autres détails, au contraire, fonctionnent comme de « gros sabots », et ôtent toute la subtilité de ce qu’on aurait compris très facilement sans avoir besoin d’en rajouter (par exemple, la dialectique maître/esclave qui se joue entre Philippe et André).

Du coup, c’est dommage : on passe un bon moment avec de belles images, un casting bien pensé, une trame de fond avec beaucoup de potentiel mais une coordination de tous les éléments qui fait que le long métrage n’est pas subtil, donnant au spectateur une liste d’informations l’empêchant d’imaginer, de penser, de vivre le film.

Une Fille facile (2019) de Rebecca Zlotowski, avec M. Farid, Z. Dehar, B. Magimel. Sorti en salles le 28 août 2019.

Auteur : Roxanne Tour

Étudiante lyonnaise, membre de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon

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