Lumière 2019 – Quelques mots sur quelques découvertes

Le Festival Lumière est toujours l’occasion de lâcher prise et de faire confiance à la formidable programmation mettant en valeur des films devenus rares, méconnus, parfois oubliés. C’est sur deux d’entre eux que nous nous attardons cette année…

Le Cinquième Sceau (Zoltán Fábri, 1976)

Ce n’était pas la première fois que la sélection Trésors et Curiosités offrait une visibilité précieuse au cinéma hongrois. C’est un cinéma rare, mais qui a porté, porte et portera des œuvres et des artistes essentiels à notre temps – László Nemes (Le Fils de Saul, Sunset) en est la preuve.

Le Cinquième Sceau (1976) de Zoltán Fábri | Distribution : Hungarian National Film Archive

Zoltán Fábri, réalisateur du Cinquième Sceau, a été un des maîtres du cinéma hongrois. Un petit carrousel de fête (1956), son premier film, l’avait fait connaître dès sa présentation au Festival de Cannes en 1956. Il avait été d’ailleurs présenté au Festival Lumière en 2017. Zoltán Fábri réalisera des films jusqu’aux années 1980. Reconnu par différents festivals internationaux, il reçoit en 1977 le Grand Prix du Festival de Moscou pour un film sorti l’année précédente en Hongrie : Le Cinquième Sceau, présenté dans une version restaurée au Festival Lumière.

Durant l’occupation nazi en Hongrie, un groupe d’amis est arrêté dans un bar – torturés, violentés. Le film repose en grande partie sur son huis-clôt introductif, sur de longs échanges d’une grande densité filmés par de longs mouvements de caméras, navigant entre eux. Le plan séquence crée ainsi un lien entre eux, tout en dessinant les rapports de forces. Le film bascule après leur arrestation : c’est tout un discours sur la liberté et sur les systèmes fascistes qui se déroule. Faire plier les Hommes, pas pour leurs crimes mais pour le crime potentiel, pour la simple idée qui touche l’esprit qui par crainte ne dépasse jamais le bout des lèvres. En plus de cette volonté de briser ces hommes, la lutte des classes est matérialisée entre ce chef de la police habillé en costume-cravate, forçant ses prisonniers à gifler un condamné à mort. Ce geste cherche à achever une humiliation, à les pousser à basculer dans un monde qui s’effondre (littéralement), sans humanité ni espoir. Une œuvre dense, complexe, au final d’une grande puissance.

Les Princes (Tony Gatlif, 1983)

Pour cette 11e édition, le Festival Lumière a décidé de créer une sélection compétitive : Lumière Classics. Parmi les nombreuses œuvres qui y ont été montré, le premier long-métrage de Tony Gatlif : Les Princes. Passé relativement inaperçu lors de sa sortie en 1983, c’est dans le cadre d’une restauration des premiers films de Tony Gatlif que s’inscrivait la projection. Fragile (quel premier film ne l’est pas ?), le film est un témoignage précieux d’un monde rarement montré au cinéma, devenu marque de fabrique du cinéma du réalisateur : les tziganes, les gitans.

Les Princes (1983) de Tony Gatlif | Distribution : Artedis

Portraits bouleversants de sincérité, Les Princes fait partie d’un cinéma social comme les français savent le faire. La caméra vient capter une réalité difficile sur un ton proche du documentaire. Il donne la parole, il permet d’entendre une voix qui n’existerait pas sans. Ici, Tony Gatlif en montrant cette population cherche à faire voir ce rejet subit, le racisme, la violence policière. Cela se matérialise dans des scènes fortes : ce bar remplit d’hommes appelant Nara à « rentrer dans son pays », prêts à le fracasser, ou ces policiers expulsant Nara, sa mère et sa fille en brûlant le camping-car où ils s’abritaient pour la nuit tout en les comparant à des rats… Images qu’on aimerait dire caricaturales, mais qui malheureusement trouvent des échos étonnants avec l’actualité, 35 ans plus tard.

Le Festival Lumière a eu lieu du 12 au 20 octobre 2019. Pour plus d’informations sur les films présentés et la sélection : cliquez ici.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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