Lumière 2019 – Coppola, cinéaste perfectionniste

La présence de Francis Ford Coppola au Festival Lumière était un événement majeur de l’Histoire de celui-ci. Plus qu’un nouveau nom qui s’ajoute à la déjà très longue liste de personnalités invitées depuis dix ans, c’est aussi l’une des grandes figure du cinéma du XXe siècle qui est venu Rue du Premier Film. Celui qui fut le réalisateur de la trilogie Le Parrain ou d’Apocalypse Now a fait d’autant plus fort qu’il est arrivé à Lyon avec quelques surprises. On aurait pu le croire peu actif depuis son dernier long-métrage, Twixt, en 2012, mais Francis F. Coppola a pris le temps de reprendre ses classiques pour les améliorer, les modifier, les transformer. Tel un orfèvre qui paufine ses bijoux, Coppola se catalogue donc parmi ces cinéastes venus à Lyon montrer des œuvres qui témoignent que le cinéma n’est pas un art figé, mais bien une mutation permanente d’oeuvre que l’on croyait inscrite dans de la pellicule.

On se souvient en effet que le Festival a accueilli de prestigieux perfectionnistes : Michael Mann était venu présenter Heat dans une version modifiée dans des détails parfois infimes, ou encore la présentation de In the Mood for Love par Wong Kar-wai dans une version en cours de travail (la version restaurée finale devrait arrivée en 2020, après près de longues années de travail…). Francis Ford Coppola, lui, est venu présenter officiellement la version restaurée et remontée de Apocalypse Now, nommée Final Cut, sortie par Pathé fin août. Succès public et critique, ce remontage acclamé a été largement commenté… moins que les deux autres surprises sur lesquelles nous allons revenir.

Cotton Club Encore

Cette version restaurée n’est pas une surprise absolue : c’était une première française, certes, mais Cotton Club Encore est sorti en octobre aux États-Unis et sera disponible en Blu-Ray dès la fin de l’année. Les œuvres ayant connu un processus compliqué sont nombreuses dans la filmographie de Francis Ford Coppola. Cotton Club en fait partie : Coppola, contraint financièrement, accepte de réaliser la nouvelle production de Robert Evans (producteur du Parrain), qu’il ne devait initialement qu’écrire avec Mario Puzo (auteur et scénariste… du Parrain). Les points commun avec la trilogie ne s’arrêtent pas là. Par exemple, la ressemblance marquante entre Dutch Schultz (James Remar) et Vito Corleone, dans une version sur-excitée.

Portraits croisés d’un jeune jazzman blanc (Richard Gere) et d’un danseur de claquettes noir (Gregory Hines), la spirale infernale d’une époque – celle de la prohibition, de la violence, des vices, du racisme – capte le récit. Le coup de génie du film est de dépasser ce genre dans lequel Coppola a excellé en le redéfinissant : celui du film de gangster. Au contraire, le film se transforme en fresque musicale, où s’enchaîne les numéros musicaux. La nouvelle version Cotton Club Encore se permet de plus à rajouter quelques spectacles musicaux, transformant une longue séquence dans le Cotton Club en transe musicale épuisante, captivante, renforçant la rupture de ton (durant laquelle le film bascule de la comédie musicale au drame violent). Catastrophe commerciale à sa sortie, Cotton Club est la suite d’une longue traversée du désert que connaît Coppola durant les années 1980, malgré des films magnifiques – dont Cotton Club fait partie.

Le Parrain – Coda : The Death of Michael Corleone

C’était peut être la plus grosse surprise du Festival : Francis Ford Coppola a repris le montage de la troisième partie du Parrain, la plus décriée et contestée, et souvent comparée à son désavantage avec les deux premières. La nouvelle version du Parrain 3 doit être vu en gardant à l’esprit les contraintes subies par Coppola à l’époque : financièrement en difficulté, la Paramount arrive à le convaincre de tourner une suite, près de quinze ans après Le Parrain 2e partie. Le miracle ne se reproduit pas et Le Parrain 3 est perçu comme le volet de trop… jusqu’à aujourd’hui ?

Le Parrain 3 (1990) de Francis Ford Coppola | Distribution : Park Circus

Francis Ford Coppola a ainsi pris le temps de défendre cette version, renommée comme suit : The Godfather – Coda : The Death of Michael Corleone. Il est important de dire que Coppola souhait déjà un titre dans cet esprit en 1990 mais que la Paramount lui a imposé le titre Le Parrain 3e partie. Une coda, pour rappel, est une répétition finale d’un thème musical, notamment dans un opéra, et sert à revisiter les thèmes de la composition avant de la conclure. Cette portée opératique n’est pas nouvelle : elle existe déjà dans Le Parrain 2 – film structuré en plusieurs voix (alternatives), porté par une partition orchestrale complexe. Le film se permettait même un entracte… Plus saisissant encore : Le Parrain 3 s’achevant sur une scène d’opéra absolument splendide, la portée symbolique de celle-ci est d’autant plus marquante.

La dimension crépusculaire du film s’avère renforcée par l’extraordinaire qualité de sa photographie, toute en clairs-obscurs. Il n’a malgré tout pas toujours la subtilité des deux autres volets, mais peut-on dire que les précédents sont juste « subtils » tant ils fonctionnent comme un parfait papier à musique, dont l’excellence et la minutie se révèlent terrifiantes ? La beauté des situations, des retrouvailles au goût de dernière fois, pleines d’amertumes et de regrets…Les retrouvailles entre Diane Keaton et Al Pacino en Sicile sont bouleversantes. C’est dans cette dernière partie en Sicile que les principales modifications ont été effectué. La structure du film et l’ordre des séquences aussi a évolué. La nouvelle fin, elle, propulse le film dans la grandeur et la majesté, damnant le personnage de Michael Corleone d’un supplice pire que tout : vivre, devoir vivre, plus encore, plus loin que la fin. Il s’agirait de pouvoir comparer la version actuellement disponible dans le commerce et cette nouvelle version qui n’existe peut être déjà plus : Coppola est actuellement au travail dessus et souhaitera très certainement y retoucher avant de la remontrer, un jour…

Le Festival Lumière a eu lieu du 12 au 20 octobre 2019. Pour plus d’informations sur les films présentés et la sélection : cliquez ici

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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