Gloria Mundi – Ne plus avoir le temps d’aimer

Poursuivre une réflexion entamée il y a déjà bien longtemps en s’engouffrant toujours plus loin dans la noirceur d’une époque qui semble sombrer dans le désespoir. Robert Guédiguian semble alarmé par un néo-libéralisme destructeur, par une culture du rejet, du renfermement sur soi. C’est la rupture du lien entre les individus, précarisés et de plus en plus désunis. L’angoissant discours de Gloria Mundi est celui du miroir tendu à un monde boursouflé. Débuter par un événement comme une naissance, celle de la petite Gloria, aurait pu être un symbole de réunion. Le tissu composant les relations de cette famille est pourtant abîmés par des discours pervers réapproprié, devenu credo de chacun d’entre eux : le credo conditionnant les dominés à être des dominés.

La ville elle-même semble subir les tares de cette époque. L’état des quartiers populaires de Marseille, ses murs fatigués, mis en opposition avec ces grandes tours modernes annonçant la gentrification prochaine expulsant ceux qui n’ont pas les moyens toujours plus loin, là où on ne pourrait pas les voir. Le travail exténuant semble signer la disharmonie du petit groupe : une travaille la nuit, l’autre le jour, un d’entre eux travaille pour Uber – donc s’il le souhaite le jour et la nuit. La conscience de leur condition semble inexistante : Sylvie (Ariane Ascaride) refuse la grève car elle n’aurait pas d’intérêt à celle-ci, et Mathilda (Anaïs Demoustier) sait qu’elle se fera virer par sa patronne à la fin de sa période d’essai, mais elle trouve ça normal, « elle aurait fait pareil ».

Gloria Mundi (2019) de Robert Guédiguian | Distribution : Diaphana

Sorte de nouveau riche minable avec ses magasins EURO CASH, Bruno (Grégoire Leprince-Ringuet) semble fier de sa réussite sociale et entreprenariat. Son enrichissement se fait sur le dos des plus démunis, et les petits plaisirs de sa vie se limite à prendre de la coke et à se taper la sœur de sa femme. S’il se filme en train de faire l’amour à sa femme, c’est parce qu’il ne désire qu’une chose : être vu, être regardé, être reconnu et admiré.

C’est aussi un conflit de génération. Les aînés semblent chercher à être un pont entre leurs enfants, notamment entre Mathilda et Aurore (Lola Naymark), deux sœurs incapables de se soutenir, de s’entraider. Là les parents regrettent leurs échecs et leurs vies brisées, abîmées, les enfants intériorisent des principes, des conceptions, des idées du monde en décalage avec la solidarité qu’on attendrait dans un milieu familial. Seul personnage sur qui cette époque n’a pas d’emprise : Daniel (Gérard Meylan), l’ex-compagnon de Sylvie, sort de prison sans jamais avoir rien fait d’autre. Par ses poèmes, sa voix douce, son léger accent, il vient apaiser un monde où rien ne va. Il se retrouve à s’occuper un peu de Gloria, l’enfant nouveau né, le prodige, l’espoir pour un monde à venir. En attendant, pour paraphraser le personnage de Mathilda s’adressant à son compagnon : « je n’ai plus le temps de t’aimer ».

Gloria Mundi de Robert Guédiguian, avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan. Sortie le 27 novembre 2019.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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