Jesus – Enfance catholique dans une campagne japonaise

Il y a dans le premier film de Hiroshi Okuyama quelque chose de profondément humble, délicat, de fragile. Dans cette petite production indépendante japonaise, primée à San Sébastien cette année, le jeune Yura déménage à la campagne. Sa nouvelle école est particulière : elle est catholique, chose extrêmement rare au Japon. À ce changement de vie, Yura voit apparaître une sorte d’ami imaginaire : Jésus lui-même, une version miniature amusante capable d’accomplir ses vœux. Se dessine en parallèle un véritable journal de souvenirs : celui d’une enfance à la campagne, des parties de foot, les soirées à regarder les étoiles filantes… L’innocence même de cette période de sa vie, comme rappelée par le blanc pur et immaculé de la neige, omniprésente dans le film.

Une opposition se dessine entre la vie familiale et la vie scolaire. La religion et les pratiques associées en est l’aspect le plus évident : la famille ne parle jamais de religion à la maison, alors que Yura se voit prêter une Bible dès son premier jour à l’école. La carte qu’on lui offre, représentant le Christ portant sa croix, n’est montrée qu’à sa grand-mère – qui déclare d’ailleurs y reconnaître « dieu », après quoi elle enseigne à Yura comment brûler un encens en mémoire de son grand-père. Par ce geste, Yura fait coexister dans sa vie la pratique catholique (aller à la messe de son école), et la pratique « traditionnelle » japonaise.

Le ton du film change au milieu de celui-ci, suscitant un doute dans le cœur de Yura. Celui-ci pensait que son ami imaginaire pouvait tout accomplir, il n’en est rien. N’empêchant pas un drame d’arriver, Yura décide de l’écarter (et même de l’écraser symboliquement), et la jolie fin du film vient éclairer le sens du travail mémoriel à accomplir face à un deuil. Son déménagement est lié à la mort de son grand-père, et comme symétriquement lui doit à la fin du film écrire un discours à la mémoire d’un mort. Ce processus intérieur face à la mort ne pouvant, selon lui, pas se faire avec la religion ou la foi, impuissante à empêcher l’horreur. Jesus s’avère être de fait un joli témoignage porteur d’un propos complexe interrogeant nos croyances, leurs limites comme l’espoir qu’elles peuvent susciter face à la fragilité de la vie.

Jesus de H. Okuyama, avec Y. Sato, R. Okuma, C. Mullane. Sorti en salles le 25 décembre.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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