La Fille au bracelet – Le quotidien, le banal

Une journée à la plage, interrompue des policiers. La jeune fille part avec eux. À la situation banale initiale se substitue l’inhabituel : l’intervention policière se passe sans le moindre problème. La Fille au bracelet est, comme tout bon film de procès, d’abord un film sur le doute, et le spectateur y est plongé presque immédiatement. Il manque d’informations pour se positionner par rapport à des personnages qu’il ne connaît pas, d’autant plus pour le personnage principal dont il ne connaît ni l’identité ni le visage : celui d’une jeune actrice, Melissa Guers, véritable révélation du film. Derrière l’affaire, Stéphane Demoustier se passionne pour la réorganisation d’un quotidien, d’une vie familiale, raffinant alors son regard sur l’intime, au cœur de son sujet.

Sept coups de couteaux ont pénétré la chair d’une adolescente et la seule suspecte est sa meilleure amie : dernière à l’avoir vu, à l’avoir touchée, à savoir ce qui aurait pu se passer. Le stoïcisme de Melissa Guers est extraordinaire, son visage mutique suffit à instaurer une gêne, une tension. Dans le rôle de ses parents, Roschdy Zem et Chiara Mastrioanni garderont un rôle de témoins impuissants face à ce silence révélateur : à leur enfant s’est substituée une inconnue. Leur prestation, d’une retenue extraordinairement maîtrisée, est servie par cette mise en scène toute en simplicité pour souligner ces regards, le ton de la voix. Le témoignage de Chiara Mastrioanni particulièrement bouleverse durant le procès, dans ce long plan-séquence où une mère tente de rendre à sa fille la liberté à laquelle une adolescente à le droit. On pourrait aussi dire beaucoup de bien du reste du casting – comme du duel entre l’avocate de la défense Anne Mercier, et l’avocate générale Anaïs Demoustier.

Entre les scènes du procès, la vie ordinaire triomphante malgré les brisures. Assignée à résidence, la jeune fille semble avoir une vie relativement normale – au lieu de réviser ses cours, elle révise ses interrogatoires. La scène où la mère (Chiara Mastrioanni) ramasse les chaises par terre, dans le jardin, évoque cette ambiguïté d’un quotidien chamboulé qu’on tente de remettre droit. Le petit frère joue à la balle dans le hall du Palais de Justice et s’exprime devant le juge sans conscience de la gravité des faits, finalement, comme un enfant. Dans ce décalage se joue peut-être le nœud du film : les jeunes semblent en décalage avec les autres personnages, plus au fait des enjeux du processus judiciaire en cours. On étudie les mœurs de cette génération, leurs manières d’être sont commentées. L’intelligence du scénario est ici. Non content d’être doté d’un sens du suspense prenant, le film conserve ce désir de montrer l’écart générationnel que révèle l’affaire et la méconnaissance de la différence, omniprésente dans nos sociétés, et au sein même de la cellule familiale. Le dernier geste du film – mettre un petit bracelet à la place du bracelet électronique – propose une lecture du film : pour cette jeune adolescente qui a connu deux ans de procédure judiciaire, tout ceci est devenu ordinaire.

La Fille au bracelet de Stéphane Demoustier, avec Melissa Guers, Roschdy Zem, Chiara Mastroianni. Sorti en salles le 12 février.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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