Un divan à Tunis – Retour aux sources

Un divan à Tunis nous plonge dans la vie de Selma (Golshifteh Farahani), une jeune femme franco-tunisienne, qui après ses études de psychanalyse, revient s’installer à Tunis pour y monter son cabinet. Les rires moqueurs de ceux qui n’y croient pas se font écho, face à son tableau de Freud qui rappelle à certains « un frère musulman », ou lorsque est mentionné sa profession à la coiffeuse du quartier, qui ne voit pas l’intérêt d’un tel cabinet puisqu’au salon de coiffure, en plus d’avoir parlé, les clientes ressortent avec « un beau brushing ».

Seulement, au lendemain de la fuite de Ben Ali et de la Révolution, le succès de Selma est fulgurant. Les clients affluent, et parviennent à mettre des mots sur leurs maux. Toutefois, la jeune femme déchante vite et les difficultés la rattrapent : défaut d’autorisation, administration à deux vitesses, elle doit affronter les obstacles administratifs et humains, dans un pays pour lequel elle en partie étrangère, alors qu’il constitue ses racines.

La réalisatrice Manèle Labidi Labbé nous emmène avec elle dans une comédie dramatique décomplexant une situation politique intense, celle de la révolution tunisienne, tout en traitant également de la quête du soi, à travers les patients hauts en couleur de Selma, par les tentatives de la jeune femme d’être respectée et légitimée dans sa profession et dans son pays. Elle est célibataire, tatouée, fume, revendique ses choix face aux moqueries et à ceux qui lui reprochent sa liberté. Elle finit par devenir patiente à son tour le temps d’une nuit, aux côtés de cet inconnu ressemblant à Freud, qui l’écoute sans dire mot, comme elle écoute ses patients aux histoires insolites.

A la manière d’Elia Suleiman dans It Must Be Heaven, Manèle Labidi Labbé traite les problématiques de son récit, aussi difficiles à certains égards que la réalité de la période post-Ben Ali et l’incertitude qui règne alors, avec humour et légèreté. Cette façon d’aborder les choses est prenante, le spectateur peut ainsi rire et réfléchir. Toutefois, on regrette un trait légèrement forcé dans la caractérisation des personnages, frisant parfois le cliché. De même, on se demande si l’esquisse d’une romance n’est pas superflue.

Un divan à Tunis, c’est 88 minutes légères qui font du bien. Le récit est bien mené, les personnages attachants, et les décors nous font voyager hors de notre canapé lyonnais.

Un divan à Tunis de M. Labidi, avec G. Farahani, M. Mastoura, A. Ben Miled. Sorti en salles le 12 février 2020.

Auteur : Roxanne Tour

Étudiante lyonnaise, membre de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon

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