Séjour dans les monts Fuchun – Récit au bord de l’eau

Le premier jour de l’année, je suis allé au cinéma. Je voulais sortir, prendre l’air, aller me promener, que ce soit au parc, en ville ou le long du Rhône. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais heureux, et je voulais partager ce moment avec quelqu’un. J’ai donc rejoins un ami qui habite à deux pas de chez moi. Au fil de la conversation nous vient l’idée d’aller au cinéma. Il ne nous reste qu’à choisir le film et la séance. Je remarque une affiche qui me fait penser aux films présentés au festival du premier film d’Annonay auquel nous allions, à la sortie du lycée, lorsque nous étions ensemble à l’internat.

Je ne souhaite décrire qu’une seule scène du film. Celle qui pour moi, cristallise le moment vécu, mon rapport à l’œuvre que j’ai pu voir cette soirée-là. Un couple parle, amoureusement, le long du fleuve. L’homme se déshabille et plonge – drôle de manière de discuter. La fille, elle, récupère les habits et s’en va. Quant à moi, je regardais. Je voyais le garçon nager, tandis que la caméra le suivait. Derrière lui, je pouvais voir des éclats de couleurs qui traversaient les arbres, un bout de jupe, une chevelure. Et moi, je regardais, j’admirais. Le garçons nageait vite, bien, tandis que la fille disparaissait de temps à autre. Est- ce que je suivais la bonne personne du regard, je ne sais plus. En tout cas, moi, je regardais, je contemplais. Le garçon nage maintenant depuis un certain temps. J’ai perdu la fille du regard. Je ne sais plus ce que je dois comprendre, voir, interpréter. Je suis perdu et je ne peux donc plus qu’attendre la fin de la scène. Je ne sais pas si je peux encore contempler les gens qui nagent en sens inverse, les couples assis au bord de l’eau, le garçon qui ralentit sa nage. Et je me laisse porter par ce que j’entends. Le bruit de l’eau, le souffle des nageurs, les gens qui parlent. Et moi, je regarde. Non, je ne regarde plus, c’est quelque-chose de plus. Alors, le garçon arrive vers des escaliers, et commence à s’arrêter. Sa copine est là, inquiète, ses habits dans les bras. Ils se remettent à discuter en même temps qu’ils se remettent à marcher le long du fleuve. La caméra ne s’est toujours pas arrêtée de filmer, le plan continu, et moi, je les suis.

En sortant, je parle avec mon ami de ce que j’ai ressenti. Je me souviens alors d’une phrase que Louis Skorecki avait dit sur La règle du jeu : « Avec Renoir, ce n’est pas si simple, dira-t-on. Ah bon? ». Le réalisateur, dont je ne connaissais toujours pas le nom, parait passionné. Il semble vouloir nous montrer chaque chose à laquelle il pense. Pourtant, il arrive qu’une image ressorte plus que les autres, mais ce n’est pas si simple de la comprendre. En fin de compte, je suis sorti du cinéma plus heureux encore.

Séjour dans les monts Fuchun de Gu Xiaogang, avec Qian Y., Wang F., Sun Z.., sorti en salles le 1er janvier 2020.

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