Annecy 2020 Online | Calamity – Une enfance dans le Far West

Qu’une équipe de français décide de s’emparer d’une figure de l’Histoire américaine était d’autant plus osé qu’il s’agissait aussi de se réapproprier l’esthétique propre à un genre : le western. Car oui, le Cristal du dernier Festival du Film d’Animation d’Annecy présente comme caractéristique d’en être un vrai, tout en tentant de raconter « une enfance » de Calamity Jane, comprendre une interprétation de l’enfance de celle qui était encore Martha Jane Cannary. Le deuxième film de Rémi Chayé (Tout en haut du monde) apparaît donc comme curiosité, du fait de son sujet – là où son précédent film, le réalisateur s’ancrait dans la société saint-pétersbourgeoise de la fin du XIXe siècle, Calamity installe son intrigue dans le Grand Ouest américain, sur la route de l’Oregon, dans de grandes plaines vides et montagneuses dignes d’un film de John Ford.

Ces grandes étendues, pourtant, semblent à bien y regarder parfaitement abstraites à voir. Le jury du Festival d’Annecy 2020 a soulevé avec beaucoup de pertinence le caractère quasi-impressionniste de ces décors. Comme dans les premiers plans du film, l’illusion prend parfaitement grâce à de simples étendues monochromes tachetées de couleurs vives.

On est même ébloui par la richesse de cette direction artistique : les tenues, les lieux – plaines, montagnes, forêts, et même villes nouvelles et mine. Tout est saisissant et garde en permanence un vrai cachet. Le style graphique minimaliste se révèle souvent incroyablement détaillé, et les nuages blancs se transforment au fil du film en petites touches jaunes ou rouges. Le choix d’avoir réalisé le film en format Scope renforce alors ce côté vertigineux que peut prendre certains décors, certaines grandes plaines… Sensation que l’on aurait pu avoir, dans un sens, devant un western en prise de vue réelle.

On peut aussi souligner que d’elles-mêmes, les situations peuvent prendre des accents impressionnistes. Le suivi de cette communauté en route vers l’inconnu conduit à assister à des scènes du quotidien. Voir ces femmes récoltant le bois pour installer le campement, avec en arrière plan les caravanes et au fond un ciel immaculé, évoque forcément certains tableaux d’extérieurs tels qu’ils auraient été peint à la fin du XIXe.

Si l’on tombe en admiration devant l’imagerie du film, on ne doit pas se désintéresser de ce que le film cherche à raconter. La jeune Martha Jane se trouve confrontée à un groupe renfermé sur ses traditions, sur ses pratiques. Pour survivre dans l’Ouest sauvage, elle s’émancipe de sa condition en étant obligée d’apprendre à chevaucher, à diriger, elle s’habille alors comme un homme et se révoltera contre tout un système quand on cherchera à la contraindre à abandonner la liberté nouvellement acquise. Son désir de liberté et l’humour certain de l’écriture participent à la rendre attachante, quand l’on ne partage pas simplement son émerveillement à chevaucher sur une plaine illuminée par un ciel étoilé.

Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé, avec S. Boulven, A. Lamy, A. Tomassia. Sortie en salles prévue le 14 octobre 2020.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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