Josep – L’Histoire animée

Josep, sorti en septembre dernier, est le premier film du réalisateur Aurel. La spécificité de ce long-métrage ? Il s’agit d’un film d’animation dont l’essence même est historique tandis que ses nationalités sont multiples – à savoir française, espagnole et belge – homogénéité que l’on retrouve dans les doublures des personnages qui sont aussi bien françaises qu’espagnoles, dualité du langage péremptoire.

Le synopsis de ce dessin animé aurait pu être simple : un grand-père – Serge – sur le point de mourir narre son histoire de gendarme durant l’année 1939 à son petit-fils. Mais la singularité apparait dès les premières minutes du long-métrage. En effet, 1939 ne correspond pas seulement au début de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi, et surtout, au mois de février qui est frappé par l’exil d’espagnols Républicains vers la France, souhaitant ainsi fuir la dictature franquiste annexant le pays. Serge, ce gendarme français, victime de sa situation, ne doit pas seulement observer cette situation dramatique, mais il devient aussi contre son gré acteur de cette infamie. Parmi tous ces « rouges », le regard accablé de Serge se fixe sur des mains dansantes, créant à même le sol des représentations de visages. Josep, Républicain, mais surtout dessinateur de talent, retrouvé emprisonné loin de sa fiancée.

Aurel n’est pas un débutant dans le monde du cinéma. En effet, il avait co-réalisé en 2011, aux côtés de Florence Corre, un court-métrage d’animation intitulé Octobre noir. Son passé de dessinateur de presse et ses travaux de reportages dessinés ne destinaient pourtant pas Aurel à réaliser un long-métrage animé qui est en réalité la biographie de Josep Bartoli.

Les démons du passé de la France sont alors projetés aux yeux des spectateurs. Des espagnols envoyés dans des camps de concentration, des africains dont le pays a été colonisé, asservis à l’autorité française, et la totale absence d’humanité des gendarmes basés dans les camps. L’art devient le plus grand témoin de cette cruauté.

Mais l’humanité de Serge déplait, l’animosité que lui portent les autres gendarmes l’amène vers une malveillance forcée. Comment un « bleu » pourrait ne serait-ce que tolérer la présence de ces traîtres que la nation doit, en plus de les accueillir, nourrir ? C’est là toute la question et la problématique de l’immigration présentée sur un grand écran. Le réalisateur a pris le parti de montrer sans contremesure la violence. C’est ainsi qu’au travers de ces dessins, le viol, la famine, la prostitution, la maladie et la crasse deviennent l’univers de ceux qui refusent la dictature.

Dichotomie du monde, entre l’autorité française et les exilés traités comme des animaux. Mais la véritable question est de savoir qui sont vraiment les animaux dans l’histoire. Josep le sait et le dessine, le chef de la gendarmerie est un porc. Il est un gros porc, dénué de toute humanité, balançant à terre le peu de nourriture qu’il donne comme un fermier jetterait le reste de ses victuailles à ses animaux.

Mais le camp rassemblant toutes les cruautés du monde est bien vivant, alors même que les autorités françaises accumulent les immondicités, les prisonniers racontent, chantent et dansent leurs histoires, tandis que Josep les dessinent.

La force de ce film réside aussi et surtout dans le dessin dont le style mue d’un temps à l’autre. Alors même que le présent se voit être net, coloré et fluide ; la vision du passé est bien plus saccadée, les traits ne se rejoignent pas et les couleurs sont celles de la terre et de l’image que nous avons de la mort. Pourtant, les images sont limpides, même s’il paraît dur d’exprimer les tracas de la mémoire de Serge, le choc du passé est tel que tous les souvenirs sont certains.

Le septième art entre en osmose avec un autre, réel hommage au dessin. Ce film est bien plus qu’un dessin animé qui nous permet de suivre Josep Bartoli jusqu’à la fin dans sa vie à New-York, après une escale au Mexique au côté de la grande Frida Kahlo.

Josep (2020) de Aurel, avec S. López, G. Hernandez, B. Solo. Sorti le 30 septembre 2020 en salles.

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