Réflexion générale sur le fait de voir un film au cinéma

Lorsque je pense voir un film avec mes amis, mes parents, ou même seul, je m’imagine d’abord aller au cinéma, c’est à dire le lieu de projection de l’objet cinématographique. Le film y est projeté, mais n’est pas « Cinéma », du moins il ne définit pas ce qu’est le cinéma car le film existerait comme objet cinématographique, comme objet du Cinéma, qui ne dépendrait pas de son expérience en salle. Que l’on y aille pour voir la dernière superproduction hollywoodienne ou un film sélectionné lors du festival de la Rochelle, le cinéma me semble être le fait, pour le spectateur, d’accepter de se placer volontairement dans une situation de réception du film dans une salle, et ce, en compagnie d’autres spectateurs dans une situation similaire à la sienne.

La foule spectatrice ne moralise pas la création cinématographique qui lui est proposée, elle accepte l’œuvre, qu’importe sa qualité ou son ambiguïté. Il ne s’agit pas de refuser un film avec pour raison que ce dernier est un film de propagande, qu’il mette en évidence un schéma bourgeois, voire qu’il s’agisse du travail d’un réalisateur controversé, mais il s’agirait d’accepter une proposition lors de la projection, qu’importe ses caractéristiques, qu’importe son éthique.

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La Jetée – Histoire d’un instant

L’instant dans l’œuvre cinématographique, si l’on garde l’étymologie latine du mot instant, à savoir instans : ce qui est imminent, dérivé du verbe sto : être immobile, est alors pour moi l’image figée dans le déroulement filmé. Dans Le petit soldat (1963) de Jean-Luc Godard, le personnage de Bruno Forestier disait du cinéma : « La photographie cest la vérité. Et le cinéma cest vingt-quatre fois la vérité par seconde ». De cette phrase, nous ne retiendrons que la comparaison à la photographie. Le cinéma semble donc jumeau de la photographie en ce qu’il capte l’instant dans son mouvement. Il garde le déroulement au service de l’impression du temps par le spectateur. Je veux dire par là que l’image-mouvement mène à la conception de l’image-instant par le spectateur.

Le souvenir que j’ai de la vague du Finis Terrae (1929) de Jean Epstein, c’est celle d’un monde entre Ouessant et les pêcheurs de goémon, d’un monstre d’eau qui venait emprisonner Ambroise sur une île où le temps n’est que ce qu’il a. Le temps était ici allongé, je ne pouvais qu’attendre avec lui [Ambroise] que la mer se calme, que les vagues cessent, que le temps reprenne son cours une fois le vent levé. Capturer le mouvement de la mer revenait alors à saisir l’indompté, le sauvage, mais aussi le merveilleux que l’on peut percevoir face à cette étendue bleue infinie.

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Séjour dans les monts Fuchun – Récit au bord de l’eau

Le premier jour de l’année, je suis allé au cinéma. Je voulais sortir, prendre l’air, aller me promener, que ce soit au parc, en ville ou le long du Rhône. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais heureux, et je voulais partager ce moment avec quelqu’un. J’ai donc rejoins un ami qui habite à deux pas de chez moi. Au fil de la conversation nous vient l’idée d’aller au cinéma. Il ne nous reste qu’à choisir le film et la séance. Je remarque une affiche qui me fait penser aux films présentés au festival du premier film d’Annonay auquel nous allions, à la sortie du lycée, lorsque nous étions ensemble à l’internat.

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