[Cannes 2017] Vivre le Festival de Cannes… depuis Lyon !

Comme il est de coutume de dire à quel point le festival semble éloigné des simples cinéphiles, Cannes se délocalise désormais durant le mois de juin dans notre douce ville, loin du brouhaha et des tracas propres à un événement d’une telle ampleur. En résumé, Cannes se délocalise. Le Comoedia d’abord, propose une sélection du 7 au 13 juin 2017, suivi du 14 au 20 juin au cinéma Lumière Terreaux (ex-CNP Terreaux).

 

Comœdia

Quelques mots sur la sélection du Comœdia qui s’offre de belles projections issues de plusieurs sélections : à la fois trois films de la compétition officielle (incluant le prix du jury Faute d’Amour du russe Zvyagintsev, le nouveau film d’Hazanavicius consacré au Godard de 1968, Le Redoutable), mais aussi le nouveau film de Laurent Cantet (Palme d’Or 2008 pour Entre les murs, avec L’Atelier tiré de la sélection Un Certain Regard). Seront aussi présentés entre autres le documentaire d’Agnès Varda et JR Visages, Villages (Hors compétition), le nouveau film de Claire Denis, Un beau soleil d’intérieur, avec Juliette Binoche (Quinzaine des réalisateurs, Prix SACD).

Première vague – Comœdia – 7 au 13 juin

 

Cinémas Lumière

C’est à domicile que viendra présenter le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux plusieurs films tirés de la sélection officielle. Il présentera ainsi le nouveau film de Mathieu Amalric, ayant fait l’ouverture du Certain Regard (Barbara), ayant reçu un prix à la formulation unique qu’est « prix de la poésie du cinéma » et présentera aussi Mise à mort du cerf sacré, ayant reçu le prix du scénario. On ne peut que vous conseiller le magnifique Vers la Lumière de Naomi Kawase et de découvrir par vous même le dernier Michael Haneke, Happy End. Sera aussi présenté le film ayant reçu la Caméra d’or : Jeune femme, de Léonor Serraille.

Festival de Cannes aux Cinémas Lumière – 14 au 20 juin

[Cannes 2017] Happy End de Michael Haneke

Compétition officielle

C’est l’un des champions absolus du Festival de Cannes. Haneke retourne en compétition officielle à Cannes après deux Palmes d’Or d’affilée en 2009 avec Le Ruban Blanc et en 2012 avec Amour. Son nouveau film, forcément attendu, ne remplit pourtant pas toutes ses promesses. Mis à part son introduction absolument dantesque sur laquelle nous allons revenir, le film se repose sur ses acquis et les thématiques haneke-ienne habituelles. Un mauvais film ? Non, loin de là. Juste un film qui ne surprend au final que très peu…

Cette introduction, filmée avec un téléphone portable à la verticale, se découpe en 4 plans-séquences. Le premier montre une femme qui fait sa toilette avant d’aller se coucher, avec des messages survenant avant qu’elle n’agisse – comme si des ordres lui étaient donnés. Le second montre un hamster en cage, les messages expliquant pourquoi sa consommation de médicament visait bien à le tuer. Le troisième montre à nouveau la femme, mangeant, et cette fois-ci est précisé que le plat contient ces fameux médicaments. Enfin, le dernier montre la femme allongée, avant qu’on n’appelle une ambulance. Cette séquence de 5 minutes tout au plus est un coup de maître: l’individu est enfermé dans le cadre comme le hamster dans sa cage. L’hyper-connectivité le dirige dans ses actions. Pourtant, ces thématiques ne sont pas tellement présentes dans le reste du film, ou du moins la fraicheur de cette idée de mise en scène est totalement sous-estimée.

La bourgeoisie, par exemple, est toujours chez Haneke accompagnée de vices, de troubles, de mensonges, et ici c’est toujours le cas, mais sans plus. Comparée à un La Pianiste, la bourgeoisie de Happy End fait figure ici d’un classicisme décevant. L’un trompe sa femme avec une autre ayant des goûts extrêmes, l’autre veut mourir parce qu’il est vieux mais tout le monde l’en empêche… Bref, rien que du très classique. Fantine Harduin, par contre, propose quelque chose de beaucoup plus immoral et intéressant – on saluera d’ailleurs la qualité de son interprétation, véritablement la découverte du film.

Quant au sujet des migrants – supposé être l’un des points de départ du film, qui se déroule à Calais –, on ne retrouve ce sujet que dans deux scènes assez grossières et simpliste : oui, les serviteurs de cette famille sont issus du Maghreb, pas besoin qu’une personne gueule au détour d’une scène que se sont leurs « esclaves ». L’idée était déjà compréhensible. L’autre scène, beaucoup plus intéressante, arrive à la fin du film. Cette scène de déjeuner d’anniversaire s’avère manquer de folie là où il y en a des traces trop polies. Le propos en aurait-il d’ailleurs gagné si le scénario était allé au bout de sa logique ? Qui sait. Le dernier plan, en tout cas, filmé aussi avec un téléphone, ne manque pas de panache, quand on y réfléchit.

Le film sortira le 18 octobre en France.

[Cannes 2017] Vers la lumière de Naomi Kawase

Compétition officielle

La lumière est un concept fort. Fondamental même. Le cinéma n’est que quand il y a des gens pour voir ce qui n’est que de la lumière projetée sur un écran. C’est aussi aller vers la vérité. Mais qu’arrive-t-il si l’on ne peut plus la regarder ? Le monde a-t-il encore du sens ? C’est cette question que se pose Naomi Kawase lorsqu’elle réalise son nouveau film, Hikari, consacré en très large partie au milieu méconnu de l’audiodescription. Méconnu alors qu’il s’agit en fait d’un enjeu de cinéma : comment représenter des images, et les émotions ressenties face à ces images, avec des mots ?

C’est le travail d’ailleurs de cette jeune femme que d’écrire de l’audiodescription, dont plusieurs longues scènes sont consacrées aux conversations suivant les tests réalisés avec des malvoyants. Cela conduit à des discussions de cinéma absolument essentielles et brillantes, inattendues en fait, d’une grande profondeur sur le sens de l’image, de l’émotion, de la transmission…

 

Mais au-delà de cette dimension documentaire habituelle dans ses films, Naomi Kawase propose aussi cette histoire d’amour entre cette jeune femme et cet ancien photographe qui perd sa vue, catastrophe absolue forcément. Ne nous mentons pas, un cinéphile qui perdrait sa vue serait dans le même état. Cette histoire d’amour est d’ailleurs d’une grande justesse : quand on a perdu la vue, il nous faut quelqu’un pour nous permettre de surmonter cette situation. C’est justement l’objectif de l’audiodescription, c’est-à-dire redonner la vue à ceux qui ne l’ont pas. Bref, aider le cinéphile.

On saluera la musique sublime d’Ibrahim Maalouf. On regrettera le côté un peu pathos du film parfois : le rapport au père disparu est assez quelconque et la place de la nature – si elle n’est pas sans intérêt (la lumière, elle vient de la nature, il faut donc aussi l’entendre, la voir, pour comprendre la difficulté de la représentation de celle-ci), elle reste un peu lourde, moins marquante quand dans d’autres films de Naomi Kawase. Reste l’un des films les plus importants de la compétition cannoise cette année, à l’évidence.

Le film sortira en France le 20 septembre 2017.

[Cannes 2017] Le Jour d’Après de Hong Sang-soo

Compétition officielle

On connaît le style Hong Sang-soo, on connaît ses mimiques de réalisation, ses acteurs fétiches… Pourtant, malgré cette répétition de motifs, il continue sur sa voie, à un rythme affolant d’un film présenté en compétition à Berlin en mars 2017 (On the beach at night alone, prix d’interprétation féminin pour Kim Min-hee) puis deux films en mai 2017 à Cannes, dont un en compétition : Le Jour d’Après.

Originalité : le noir et blanc, une première pour le cinéaste. Et on aura rarement vu une aussi belle absence de couleurs, des blancs aussi propres et des teintes de gris aussi étudiées. La beauté de la photographie est là pour soulignée la confusion, la mort du sentiment, amoureux notamment – élément récurent chez le cinéaste. Cette fois, un éditeur (Hae-hyo Kwon) trompe sa femme avec son employée. Cette dernière lui avoue qu’elle l’aime. Il la remplace par une autre (Kim Min-hee), mais les quiproquos avec sa femme jalouse s’accumulent. Derrière les larmes relevant du pathos, se cache une véritable sensibilité sur le monde qui l’entoure, sur les hommes et les femmes qui se croisent, s’aiment, se déchirent. Le désespoir déchirant côtoie dans le film des moments parfois drôles, toujours touchants. C’est souvent au cours de repas que l’intrigue avance : comme dans la vie, c’est au moment où l’on se remplit la pense qu’on se retrouve tous ensemble. Le reste ne fait qu’habiller une logique inéluctable : l’homme était bel et bien une pourriture – pas totale, parce qu’hésitant, doutant, prenant conscience de ses mauvais choix – mais quand même une pourriture, trompant et mentant à longueur de journée, s’enfonçant dans ses mensonges…

On ne peut pas nier que le grand nombre de films que Hong Sang-soo réalise conduit à des redites, surtout étant donné le style prononcé qui caractérise sa mise en scène. Pourtant, Le Jour d’Après est caractéristique de son œuvre post-Un Jour Avec, Un Jour Sans (2015, Léopard d’Or à Locarno) : un aboutissement dans sa logique personnelle, qui continue à nous toucher, film après film, comme autant de vies que le cinéma nous permet de découvrir le temps d’une projection (et courte, comme l’exige son cinéma de l’instant fondé sur des films de rarement plus d’une heure et demie). La présence de La Caméra de Claire en séance spéciale, tourné lors du Festival de Cannes en 2016 avec Kim Min-hee et Isabelle Huppert, le prouve aussi : la finesse du propos contenu dans un film d’une heure et quelques minutes seulement atteste de la maîtrise par Hong Sang-soo du langage qu’il se sera lui-même inventé.

Le film sortira en France le 7 juin 2017.

[Cannes 2017] Good Time de Benny et Josh Safdie

Compétition officielle

Inutile de dire que le titre du film fut l’objet de nombreuses railleries. « Alors, devant ce film tu as passé un Good Time ? ». Non seulement ce n’est pas drôle, ni fait, ni à faire, mais en plus, c’est d’office oublier qu’avant tout, le film des frères Safdie est l’une des grandes réussites de cette 70e édition, sorte d’After Hours moderne.


Nick Nikas (interprété par Ben Safdie), souffrant de capacités mentales moins importantes que la moyenne, est arrêté par la police suite à un braquage raté avec son frère, Connie (Robert Pattinson). Ce dernier va tout faire pour le libérer. Inutile de dire que la nuit sera agitée pour lui. D’une maîtrise absolue – à la fois technique et narrative, les frères Safdie nous font parcourir le long chemin vers l’enfer, le chaos, la destruction, pavé par des rêves brisés, des familles déçues, une violence omniprésente. Personnage d’une grande richesse, Robert Pattinson trouve ici l’un de ses meilleurs rôles – celui d’un homme prêt à tout pour faire libérer son frère, continuellement confronté à la propre spirale qu’il construit lui-même. On ne s’étalera pas ici sur les qualités de son jeu d’acteur dans la mesure où il s’était en fait déjà illustré pour d’autres rôles de grande qualité notamment chez David Cronenberg (en 2012 et 2014) ou chez James Gray cette année. On ne niera donc pas qu’il était temps que l’on considère unanimement qu’il s’agissait bien d’un grand acteur.


La photographie, elle, est remarquable : des lumières étudiées pour construire une ambiance anxiogène et surexcitée du New York nocturne. Les couleurs sont vives, par une nuit noire dans laquelle on ne sort jamais totalement. La qualité du montage aussi doit être souligné
e – sec et efficace, servant ainsi une mise en scène précise et intelligente. La musique de Oneohtrix Point Never marque elle aussi le rythme dont bénéficie le film. En fait, l’excellence de la mise en scène fait de Good Time un objet plastiquement irréprochable. Mais comme pour The Neon Demon (2016) auquel il pourrait être tenté de le comparer par moment (malgré les évidentes différences entre les deux), il s’avère décevant que le fond, le propos, soit sacrifié sur l’autel de l’imagerie cinématographique.

Le film sortira en France le 11 octobre 2017. Il a reçu le prix du meilleur compositeur – Cannes Soundtrack.

[Cannes 2017] – Introduction

Cette année, les équipes du LYF – Festival du film jeune et du blog Le Film Jeune Lyonnais ont pu se rendre au Festival de Cannes ! Nous allons alors publier un ensemble d’articles en lien avec le festival, essentiellement des critiques de films vu, mais aussi des couvertures des événements en lien avec le festival. Retrouvez donc dès aujourd’hui ces articles ici-même répertoriés !

Compétition :

Hors-Compétition :

Quinzaine des réalisateurs :

Analyse :

Interview :

Divers :

Le 70e Festival international du film de Cannes s’est déroulé du 17 mai 2017 au 28 mai 2017.

 

Rencontres avec les anciens lauréats [2/3] – Julia Chapot

Cet entretien est le deuxième d’un ensemble de trois durant lesquels nous avons eu la chance de retrouver les lauréats de la première édition du Festival du Film Jeune. Nous leur avons posé quelques questions sur eux et le festival…

Video Killed the Radio Star, réalisé par Julia Chapot, a reçu lors de cette édition le prix du meilleur film étudiant-audiovisuel et le prix de la meilleure image.

 

Bienvenue sur le blog du Festival du Film Jeune ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Julia Chapot. J’ai 22 ans. L’année dernière j’ai présenté mon court-métrage Video Killed the Radio Star, que j’ai réalisé entre janvier et mai 2016 durant ma deuxième année au sein de Factory, où je suis étudiante en réalisation/mise en scène.

 

Comment est-ce que tu résumerais ton film ?

Ça se passe dans les années 80, on y suit un personnage qui s’appelle Freddy, un jeune homosexuel au look excentrique, rejeté par son entourage et qui, le temps d’une soirée, va chercher à s’émanciper par la télévision.

 

Comment tu as appris l’existence du festival ? Pourquoi avoir envoyé ton film ?

J’ai reçu un mail que mon école m’avait transféré qui parlait du festival et j’ai envoyé mon film. Je me suis dit que c’était une opportunité parce que j’en étais fière.

 

Qu’est ce que tu retiens du festival du film jeune de l’année dernière ?

Plein de choses ! Ça réunit pleins de jeunes de Lyon avec pleins de projets différents, de vraiment pleins d’univers différents…

 

Qu’est ce que le festival apporte selon toi à celui qui présente son film ?

La possibilité d’être projeté, de toucher des gens, de rencontrer de nouvelles personnes, de s’immerger un peu plus dans l’univers du cinéma lyonnais,…

 

Qu’est ce que ça fait de recevoir un prix pour le film sur lequel tu as travaillé ?

Quand j’ai gagné mes deux prix, c’était émouvant et puis j’étais très contente, et j’espère que mon équipe aussi était fière car on avait construit un truc vraiment cool. Je le prenais vraiment pour toute mon équipe, j’espère qu’ils se rendent compte que c’est grâce à eux qu’on a eu ça.

 

Regardez le court-métrage de Julia Chapot, Video Killed the Radio Star :

Nos remerciements à Julia Chapot, et à la MJC de Confluence de nous avoir accueilli.

Rencontre avec… Fabrice Du Welz

A l’occasion du festival Hallucinations Collectives, nous avons pu rencontrer le réalisateur Fabrice Du Welz, à l’origine de Calvaire (2004), Vinyan (2007) ainsi que d’Alleluia (2015). Il revient en 2017 avec son premier film en anglais, Message From the King, reparti avec le Grand prix des Hallucinations Collectives, avec dans le rôle titre Chadwick Boseman (Black Panther). Nous lui avons posé quelques questions sur son parcours et sa conception de son rôle de réalisateur.

Bonjour Fabrice Du Welz ! De quelle manière avez-vous découvert le cinéma ?

Durant l’enfance. Je regardais les films à la télévision, je me suis toujours projeté là dedans, je me suis toujours vu travailler là dedans… Il se trouve que très tôt j’ai été mis en pensionnat, dans un pensionnat catholique. C’était l’époque de la VHS. Ma mère me permettait de louer des VHS quand je rentrais le week-end. Je suis vraiment tomber en fascination pour ces jaquettes de ces VHS, qui m’ont vraiment interpellé. Surtout l’imagerie du cinéma d’horreur : les visuels de ces jaquettes me fascinaient, c’est la représentation de ces monstres, de ces femmes, de toute cette hémoglobine, de cette tension sexuelle, me plaisait énormément, me ravisait même. J’avais envie de découvrir. C’est comme ça que j’ai découvert beaucoup de films, de films d’horreurs, et beaucoup d’autre après.

Comment avez vous su que vous alliez consacrer votre vie au cinéma ?

Je pourrais pas le dater, mais j’ai très vite vu que je voulais faire des films. J’ai souvent pensé quand j’étais jeune adolescent que j’allais être acteur – d’ailleurs j’ai fait des études de comédiens, parce que je ne comprenais pas vraiment la différence entre la technique et le jeu, pour moi c’était une espèce d’entité. Mais très vite quand j’ai fait le conservatoire j’ai compris que je n’étais pas forcément à ma place, et que je préférais porter les projets, avec mes copains. Dès l’adolescence, d’ailleurs, je faisais des films en Super 8 avec mes potes, que je montais. On allait dans les bois, on faisait des trucs… On s’amusait. C’était très ludique, très joyeux. J’ai toujours vu la fabrication des films comme un moment très joyeux.

Comment est-ce que vous définiriez votre parcours dans le milieu ?

C’est pas à moi de le définir en fait, je fais ce que je peux. J’essaie d’avoir une constance, une cohérence artistique, en même temps en essayant de faire le grand écart entre des films personnels et des films de commande, en essayant de jouer avec le diktat du cinéma : c’est une industrie commerciale, donc il faut absolument trouver un public… trouver un moyen de faire gagner de l’argent aux gens. C’est une industrie. Avant tout.

Qu’est ce que vous diriez à un jeune qui voudrait consacrer sa vie au cinéma ?

Il faut donner sans compter, et d’essayer d’avoir le plus de personnalité, en tout cas que ses films aient le plus de personnalité possible, qu’ils reflètent de sa personnalité. Essayer d’être le plus engagé possible dans son combat artistique, dans sa vision, de ne jamais abandonner ses rêves d’enfant. Être à la hauteur de ses propres exigences. C’est un métier très difficile où tout le monde essaye toujours de te faire plier à sa volonté. C’est parfois compliqué de tenir sa propre volonté, il faut avoir une espèce de folie douce pour pouvoir vraiment mener à bien un projet. Il faut être très sûr de soi, et en même temps être très perméable aux autres. C’est une combinaison d’extrême audace et d’extrême humilité, en fait. Je lui dirais d’avoir le plus de personnalité, et qu’elle irrigue le plus possible ses films.

Quel élément faut-il soigner tout particulièrement selon vous lorsqu’on réalise un film ?

C’est un tout, une globalité, on peut rien privilégier, mais j’ai appris après 5 films que l’histoire est fondamentale, et l’incarnation, les comédiens… En fait on pardonne tout à un film quand les comédiens sont bons. Un jeune réalisateur ne doit absolument pas avoir peur des comédiens, et doit apprendre avec les comédiens, apprendre ce que c’est qu’un comédien, doit apprendre à travailler avec un comédien, doit apprendre à passionner un comédien… Alors bien sûr c’est un art formel, donc il est très important d’avoir un œil, un sens du découpage, d’avoir le rythme, d’avoir un sens de l’équipe, être un capitaine de bateau, mais c’est encore plus important de pouvoir investir complètements des comédiens, de passionner des comédiens.

Quelle est la première chose qui vous pousse à réaliser un film plutôt qu’un autre ?

Je saurais pas dire, c’est l’instinct, la petite voix intérieure… ça s’impose à moi. Ce n’est pas quelque chose que j’intellectualise. Alors, il y a parfois des films de commande, ou des choses qu’on m’apporte, que j’aime, mais tout de suite il y a un processus presque viscéral, presque physique. Je réponds physiquement au sujet.

Qu’est ce qui vous permet de trouver (ou retrouver) l’inspiration, la motivation de travailler sur un film ?

On ne peut pas faire autrement, en tout cas moi en ce qui me concerne, que travailler énormément en amont. Pendant, après, je suis traversé par des idées, par du travail, une volonté. C’est pratiquement existentiel. Je travaille sur les films parce que je peux rien faire d’autre. J’aime profondément ça. C’est ce qui m’aide à vivre.

Quel conseil vous seriez vous donné lorsque vous avez commencé à réaliser des films ?

Jamais lâcher. Faut rien lâcher. Il faut pouvoir être attentif aux réflexions des autres. A mon avis, il faut pouvoir entendre ce que les gens disent autour de soi, mais il faut aller au bout de soi-même. C’est la chose la plus importante quand on est réalisateur.

Un dernier mot : Citez un film que vous conseilleriez à un jeune ? (un classique incontournable, un film qui vous a beaucoup influencé, que vous auriez voulu voir plus tôt, un coup de coeur…)

Il y a beaucoup, beaucoup de films qui m’ont influencé. Il y a beaucoup de films qu’il faut voir. Quand on veut faire ce métier, il faut voir énormément de films : des années 30, des années 50, des années 70, des années 90… Il faut voir en arrière. Il faut même fonctionner par thématique. Il y a des gens incontournables : Fritz Lang, Hitchcock, Friedkin, Bergman… des gens dont il faut voir tout le travail. Après, ça dépend des décennies qu’on passe. C’est sûr qu’à 20 ans, on voit pas les films de Bergman comme on les voit à 40, à 50 ans. Je pense qu’il faut démarrer par un film-matrice. Un film qui nous a donné envie de faire du cinéma. Sur cette base là, il faut chercher autour de ce film ce qui peut nous nourrir en temps que cinéaste. Moi j’ai énormément de films de références, j’aime profondément le cinéma, j’ai vu beaucoup de films et j’en ai encore à voir. Je pourrais parler de Hitchcock, je pourrais parler de La Nuit du chasseur de Charles Laughton, je pourrais parler de beaucoup de films. Quelqu’un qui veut faire de la comédie va commencer par un film important de la comédie, un Billy Wilder, ou je sais pas qui, et va chercher autour de ce film, va se nourrir autour de ce film, pour constituer son œil et sa dextérité de réalisateur. Mais je pourrais pas donner un titre comme ça parce que je vais en exclure plein d’autres, et j’ai un amour pathologique du cinéma. Donc, c’est difficile.

Merci à Fabrice du Welz pour son temps et aux équipes des Hallucinations Collectives. Message from the King sort en salle aujourd’hui.

Rencontres avec les anciens lauréats [1/3] – Mateo Balestriero

Cet entretien est le premier d’un ensemble de trois durant lesquels nous avons eu la chance de retrouver les lauréats de la première édition du Festival du Film Jeune. Nous leur avons posé quelques questions sur eux et le festival…


Game of Tong, réalisé par Matéo BALESTRIERO a reçu lors de cette édition le prix du meilleur film étudiant. Il est arrivé troisième au classement du public.

Bienvenue sur le blog le Film jeune lyonnais ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Mateo Balestriero, j’ai 18 ans. J’ai réalisé Game of Tong, qui a été présenté au LYF, quand j’étais en classe de Terminale. Maintenant je fais des études de cinéma.

 

Comment est-ce que tu résumerais ton film ?

Disons qu’on a voulu s’amuser, alors on s’est battu avec des tongs. Voilà, tout naturellement. (rires)

 

Comment tu as appris l’existence du festival ? Pourquoi avoir envoyé ton film ?

C’est Jessim [un des acteurs du film] qui m’avait envoyé le lien du festival en me disant d’envoyer mon film… je ne sais même pas trop pourquoi en fait. Je l’ai envoyé parce qu’il y avait une fiche d’inscription, et je me suis dit « pourquoi pas ? ».

 

Qu’est ce que tu retiens du festival du film jeune de l’année dernière ?

C’était une belle expérience pour moi et pour mon camarade de Crazy Lutin [son équipe de réalisation] aussi, Lucas, qui joue dans le film. Parce que bon, c’est vrai qu’on fait des films, des vidéos, sur internet juste pour se marrer, pour s’amuser en tournant et du coup voir que ça peut plaire à d’autres personnes que nos parents c’est cool.

 

Qu’est ce que le festival apporte selon toi à celui qui présente son film ?

C’est cool pour un étudiant, pour un jeune, c’est bien d’avoir une première approche d’un festival, parce que dans le milieu du cinéma ce n’est pas très accessible. Quand on fait un court-métrage, on ne peut pas l’envoyer n’importe comment. Le fait que ce soit ouvert, et fait par des étudiants, par des jeunes, c’est plus agréable de participer à un festival comme ça.

 

Qu’est ce que ça fait de recevoir un prix pour le film sur lequel tu as travaillé ?

Ça fait vraiment vraiment vraiment plaisir. Au delà du prix, ça a rigolé quand le film est passé, et c’est ça qui fait vraiment plaisir. Et la coupe est vraiment jolie ! (rires)

 

 

Nos remerciements à Mateo Balestriero, et à l’Atelier des Assos de l’Université Lyon 3 de nous avoir accueilli.