Chambre 212 – L’automne d’un couple

Chambre 212 marque de façon insolente et légère l’actualité du cinéma de Christophe Honoré. Après un cycle de films sombres et souvent musicaux, ainsi qu’un passage par le théâtre, le réalisateur met en scène la crise d’un couple qui se retrouve face à ses fantômes par fenêtres interposées.

Les choix narratifs du film semblent faire la synthèse des différentes activités du réalisateur. En effet, au travers d’une œuvre malicieuse, de nombreux procédés relatifs à différents types d’arts sont dissimulés. La rue est tout d’abord présentée comme un décor dont la scénographie semble être empruntée à celle d’un plateau de théâtre. Les deux fenêtres des immeubles se font faces, comme si deux périodes de la vie d’un couple se regardaient en miroir. Une esthétique du délabrement semble avoir été recherchée pour l’appartement conjugal, symbolisant l’ennui dans lequel s’était installée la relation. De l’autre côté de la rue, la chambre 212, où semble exister un espace hors du temps, presque fantastique.  L’utilisation de la fumée, les porte qui claquent, un très mauvais sosie de Aznavour grimé en Jiminy Cricket : tout apparaît avoir été choisi comme avatars de contes merveilleux pour matérialiser l’irréalité de cette histoire. Comme dans une pièce de théâtre, les entrées et sorties des personnages marquent les débuts et les fins de scène. On peut également noter une omniprésence du motif du rideau ou de la porte, qui s’ouvre sur des secrets ou des fantômes. Ce ballet fait valser les différentes époques de la relation et donne notamment un coté très espiègle aux autres personnages-figurants du film. C’est également une des premières fois que l’on peut noter une utilisation presque totalement intradiégétique de la musique chez Christophe Honoré sans passer par des acteurs-chanteurs. C’est également un film « très parlant » et qui a comme arme principale une écriture ciselée et intelligente. La beauté du film, au-delà de la finesse de son écriture, réside aussi dans le choix de Chiara Mastroianni. Elle n’est pas idéalisée dans un rôle de Don Juan mais bien comme une femme en proie à ses désirs et au temps qui passe. C’est une proposition de rôle très intéressante méritant amplement son prix d’interprétation à Cannes. Continuer la lecture de « Chambre 212 – L’automne d’un couple »

Cannes 2019 | La Ruche

À écouter durant la lecture :

Mai 2019. Entre les rayons timides du soleil et les rideaux de pluie, je faisais mon premier voyage vers le Festival International du Film de Cannes. Le soixante douzième. Je me suis assez vite rendue compte qu’être à Cannes, c’est vivre plusieurs nuits en une seule journée. La lumière s’éteint, les souffles ralentissent et la machine à rêve s’enclenche. Voir autant de films par jour donne l’occasion d’apprendre à aimer le cinéma. C’est à Cannes que l’on se rend compte que seul le cinéma peut réparer ce qu’il a lui même abîmé. Continuer la lecture de « Cannes 2019 | La Ruche »

Deux Fils – Un conte moderne bancal et touchant

Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte.(…) Ce qui est laid, c’est que sur cette terre il ne suffise pas d’être tendre et naïf pour être accueilli à bras ouverts.

 Le livre de ma mère, Albert Cohen

Deux Fils est le premier long métrage de Felix Moati que l’on connaît d’abord pour ses talents d’acteur. Sans avoir la prétention d’être un film générationnel, le jeune réalisateur rassemble autour de lui, toute une nouvelle troupe d’acteurs français tel que Vincent Lacoste ou Anais Demoustier. Si le film s’égare parfois, au même titre que ses personnages, dans l’anonymat des rues parisiennes, Félix Moati étonne par une vraie sophistication d’écriture tout au long de ce premier film.

L’amour fraternel est un thème très peu traité par le cinéma français. En effet, le portrait triptyque de Poelvoorde/Lacoste/Mapella suit un rythme circulaire d’admiration/ répulsion/tendresse. Continuer la lecture de « Deux Fils – Un conte moderne bancal et touchant »

Amanda – Mélancolie et scoubidou, un drame parisien contemporain

« Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. » Marcel Pagnol, Le château de ma mère

Le film débute sur un quotidien contemporain du mois d’août dans le XXe arrondissement de Paris. Le trio formé de la mère, Amanda sa fille, et David, le jeune oncle fonctionne avec fluidité, et le bonheur simple et insouciant est souligné par l’utilisation de lumières chaudes. Ils évoluent dans une capitale non fantasmée. Le réalisme du contexte pénètre complètement la narration. En effet, noms de rues, enseignes d’établissements, sont autant de signes sémantiques ayant une réelle importance au sein de l’histoire. Ils représentent ainsi beaucoup plus que de simples décors, la rue et ses commerces semblent s’apparenter à des personnages de second plan. C’est une légèreté qui demeure cependant suspecte pendant les vingts premières minutes. Après le drame, le corps manquant du trio ne pourra pas être remplacé. Amputé de son membre central, le duo tente de consommer son deuil bancal en voguant d’appartements en centres spécialisés, en quête de réponses. Cependant, c’est un ballet de personnages secondaires qui viendront tour à tour, aux moyens de pansements, apporter des soutiens doux aux deux personnages orphelins. Continuer la lecture de « Amanda – Mélancolie et scoubidou, un drame parisien contemporain »

Le Grand Bain – Plonger pour garder la tête hors de l’eau

« Il ne faut pas oublier que, le jour du déluge, ceux qui savaient nager se noyèrent aussi. » – Ramon Gomez de la Serna

Un bassin de faïence remplit d’eau chlorée, sept acteurs désabusés, bedaines et bonnets. Lellouche signe avec Le Grand Bain l’histoire de sept anti-héros magnifiques et des femmes qui les aiment, qu’elles soient leurs épouses, leurs filles ou leurs coachs.

Le film entier semble être construit sur la dualité corps/parole. En effet, là où le discours peine à verbaliser un mal-être, le corps exulte et se libère. Une fois que le corps des acteurs reprend la pesanteur de la terre dans les vestiaires ou le sauna, l’ineffable finit par se formuler en groupe. Chaque personnage semble d’ailleurs être isolé en dehors du lien social créé par la piscine. Continuer la lecture de « Le Grand Bain – Plonger pour garder la tête hors de l’eau »