Lumières d’été – Hiroshima, 70 ans plus tard

Venu du cinéma expérimental, le français Jean-Gabriel Périot réalise cette année son premier long-métrage de fiction : Lumières d’été, consacré au bombardement nucléaire de Hiroshima. Plus précisément, ce qui l’intéresse sont les conséquences de celui-ci.

Il est très difficile de comparer ce film avec le reste de son œuvre. Il s’avère « classique » au premier abord, notamment parce que doté d’une structure linéaire. Pourtant, le choix de distribuer le film avec son court-métrage datant de 2007, 200 000 fantômes, déjà consacré au drame d’Hiroshima, illustre d’une vision de cinéma personnelle et originale, loin d’être dénudée d’intérêt…

Ce n’est ni la première ni la dernière fois que ce genre de situation arrive, mais le fait d’accoler deux réalisations, surtout d’un même réalisateur sur un même sujet, est toujours révélateur. Ici, les deux démarches sont tellement éloignées qu’il s’agit pour Jean-Gabriel Périot d’exercer un effet de parallélisme : concrètement, la vision de 200 000 fantômes influencera le spectateur de Lumières d’été, qui sera alors plus sensible sur le vrai sujet de ces deux films, voir de son cinéma entier : les conséquences de la violence. Comment reconstruire, après la violence totale qu’incarne la bombe atomique, la vie sociale ? Le court-métrage répond d’une manière saisissante : le diaporama reconstitue la construction du Dôme de Genbaku, sa destruction partielle et le retour à la vie à ses alentours. Le fait d’avoir agencé dans le plan les photos est une idée proprement passionnante puisqu’il s’agit à elle seule d’une réflexion sur la nature cinématographique : est-ce que nous sommes face à du cinéma ou pas ? Est-ce que cette reproduction du temps qui passe, illusion d’un mouvement naturel des choses, est considérable comme étant cinématographique ? Le résultat qui nous intéressera ici, en tout cas, est dans le dernier plan : celui d’une famille qui pique nique avec en fond, le Dôme. Comme s’il ne s’était rien passé ? Non, parce qu’ils l’ont surmonté.

Est-ce que c’est parce que la vie doit reprendre son cours que les gens préfèrent alors fuir, oublier ce qui s’est passé ? Lumières d’été possède des restes expérimentaux évidents, et l’introduction du long-métrage, consistant en un très long entretien avec une hibakusha (une survivante de la bombe atomique), racontant en détail ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a vu, et ce qu’elle avoue avoir voulu fuir s’avère terrible. Ce témoignage impose quelque chose. Sans doute le choix du long monologue en plan séquence renforce le ressenti, mais le « courage » salué par le personnage du réalisateur à la fin de la séquence n’est pas qu’un mot, mais peut être même le sens véritable de son témoignage. Sa vérité. On pensera à Claude Lanzmann, d’ailleurs, qui use du même « procédé » cinématographique dans son Shoah, pour un « effet » proche. Précisions toutefois que la différence fondamentale est que l’introduction est jouée par une actrice… Mais cette fragilité qu’elle émane est indéniablement bouleversante.

Le sujet du film, donc, est dans l’après. Cet après se construit dès la fin de la scène avec la survivante, pour se jouer lors de la rencontre entre le réalisateur d’un documentaire sur Hiroshima et une jeune femme. Véritablement, si problème dans le film il y a, il est ici : rien n’est vraiment naturel dans la rencontre entre ces deux personnages, puis entre eux et un vieil homme et son petit fils. Alors, peut-être qu’en effet, le film parlant des fantômes du passé, il s’agissait d’avoir une lecture supra-rationnelle des choses. Mais rien n’y fait, ça ne fonctionne pas… Le groupe semble idéaliste, comme si finalement, la vie après l’horreur était ainsi impossible : c’est une illusion, un fantôme justement, comme le film le dit lui-même. Cela explique alors la fuite de la mère du petit garçon vers Tokyo, celle du réalisateur de documentaire vers la France,…

Non pas que la fiction a besoin du réel, mais la fiction a besoin de réel, or, la totalité du film (en dehors du témoignage de la survivante) est supposé être du domaine du fantastique parce que fantomatique, donc de l’irréel, ce qui ne fonctionne en résumé pas très bien ici. Le court-métrage, de 10 minutes, lui est par contre un véritable coup de coeur. Mais globalement, il s’agit d’une petite déception, mais rappelons qu’il ne s’agissait que d’un premier long-métrage de fiction…

Lumières d’été (2017) de Jean-Gabriel Périot, avec H. Ogi, A. Tatsukawa, Y. Horie. Sortie le 16 août 2017.

Les Filles d’Avril – L’insoutenable légèreté morale des relations mères-filles

On pourrait dire, par euphémisme, que Michel Franco est un petit comique. En effet, son goût prononcé pour la cruauté donne à son travail une dimension proprement fascinante, quasi humoristique. Un humour noir, bien entendu, très noir. Ainsi, après avoir été remarqué pour son Después de Lucía en 2012 (Prix Un certain regard à Cannes) puis pour son Chronic en 2015 (Prix du scénario à Cannes), il revient avec son Las hijas de Abril, Les Filles d’Avril, dans lequel le réalisateur retourne au Mexique après son détour aux États-Unis. Avril vit loin de ses deux filles, mais elle revient vivre avec elle lorsque que la cadette de 17 ans, Valéria, est sur le point d’accoucher.

Là où Chronic prenait pour sujet la vieillesse, Les Filles d’Avril prend celui de la jeunesse. Mais l’intérêt réside de la manière dont il aborde ces sujets : toujours sous le même angle : celui de la perte. En effet, dans les deux films, les personnages « perdent » quelque chose de central pour eux. Dans Chronic, c’était la capacité de s’occuper de soi, comprendre sa dignité. Les longues séquences qui mettaient le spectateur dans des situations gênantes où Tim Roth, aide soignant, obligé de nettoyer ces personnes âgées ayant eu des « petits accidents », obligés d’être aidés pour prendre une douche… Autant de situation qu’on ne montre jamais, mais qui concernent tout le monde. Chronic, c’est un Amour en complaisant : jamais le spectateur n’éprouvait autre chose pour les personnages qu’un léger sentiment de honte mêlée à un malaise perpétuel. C’est à nouveau le cas de Les Filles d’Avril : dès le début du film, le spectateur se retrouve face à cette jeune fille de 17 ans, Valéria, enceinte de sept mois. Le fait qu’il n’est pas mis en évidence sa condition immédiatement joue aussi dans notre rapport au personnage (d’abord, on l’entend avoir un rapport sexuel, elle sort de sa chambre boire un verre d’eau mais le choix de l’angle nous empêche de voir son ventre, qui n’apparaît qu’après quelques minutes de film). Alors que pendant un temps, le film tendrait à illustrer de la difficulté d’avoir un enfant à cet âge, il s’avère se retourner complètement : la fille est dévorée par la mère.

On constate ainsi chez Franco une angoisse liée à la vieillesse. La jeunesse est sanctuarisée chez lui. Ce qu’on trouve dans la fin de Chronic (la vieillesse n’est que perte et assistanat, mais ironie noire, le personnage de Tim Roth ne l’atteindra « heureusement » jamais), on le retrouve aussi dans Les Filles d’Avril. Le personnage de Emma Suarez (immense actrice d’ailleurs!) revient aider sa fille à gérer un nouveau né alors qu’elle n’est elle-même qu’une adolescente. C’est alors pour le personnage d’Avril une occasion de revenir en arrière : là où elle avait le « même âge que Valéria » quand elle a eu Clara, l’aînée de ses deux filles, elle va pouvoir vivre cette naissance en tant que mère assumée, complète, confiante, expérimentée. Elle recherche alors rapidement sa jeunesse, justement, en prenant la place de sa fille. Elle devient envahissante : elle achète les vêtements du bébé, impose à sa fille et son compagnon de savoir où ils vont… La cruauté de Michel Franco est ici : la mère ne va pas juste prendre la place de mère de sa fille, bien pire, elle va essayer de l’effacer. Avril commence par faire retirer la garde de l’enfant au motif que Valéria ne serait pas assez mature pour élever un enfant (ce qui semble, en fait, logique). Puis, elle entretient une liaison avec le père du bébé (sans considération morale : différence d’âge, le fait qu’il couche avec la mère de sa copine… !), en s’habillant à nouveau comme une jeune femme d’une vingtaine d’années et en allant en boite… Pire, elle le fait sans regard pour sa fille, bouleversée, traumatisée par l’expérience (un bébé qu’on lui retire, son copain qui s’en va sans raison,…). Ces événements ne conduisent pas à une fin heureuse et morale, mais à une fin où Valéria aura certes mûri, mais où elle sera seule, à 17 ans, un bébé sur les bras. C’est, chez le réalisateur, une fin quasi-optimiste.

Les Filles d’Avril (2017), de Michel Franco, avec E. Suarez, A. Valeria Becerril, E. Arrizon. Sortie le 2 août 2017.

Valérian : la cité des mille déceptions

Un effort industriel sans précédents

C’est incontestablement un film qui a été pensé pour faire rêver, pour transporter le spectateur ailleurs. Il faut dire que l’effort visuel, au niveau des décors, des costumes, de la conception des personnages animés, est considérable et relève de quelque chose que l’on a jamais vu auparavant dans le cinéma français.

Ainsi, Luc Besson se montre-t-il comme le maître de l’innovation : il a cette posture depuis longtemps, lui qui avec son Arthur et les Minimoys avait déjà participé à l’essor des industries de l’image animée françaises. Luc Besson, c’est notre investisseur, notre entrepreneur du cinéma français. Certains innovent dans la confection de nouveaux produits, pour lui, le produit c’est le cinéma.

Et le résultat est époustouflant, des décors à couper le souffle, avec la meilleure technique et la meilleure précision que l’on peut trouver aujourd’hui en 2017. Tous les fans de science-fiction se régaleront devant le bestiaire qui est tout droit sorti des mêmes inspirations que celui de Star Wars : nouvelles formes, nouvelles langues, nouvelles cultures. Le voyage n’en est donc pas entièrement inintéressant.

Une lacune d’âme

Si ce film manque de quelque chose (en dehors de l’esthétique et de l’argent), c’est bien d’âme. Et même cruellement. L’histoire a beau être adaptée d’une bande-dessinée (qu’il faudrait que je lise, peut-être Besson s’est-il borné à reproduire un scénario déjà avorté dans le bouquin ?), l’intrigue est molle, convenue, comme beaucoup de choses dans le film. La romance entre les deux personnages principaux, si elle peut être parfois très drôle et intéressante, est la plupart du temps niaise et sans aucune saveur originale : où diable est l’exception française qui aurait dû inciter Besson à faire quelque chose de différent ?

On a le classique : un peuple ayant subi un génocide de manière collatérale réclame réparation et est poussé à faire une action terroriste. Les méchants généraux militaires humains au sommet de la hiérarchie sont bien sûr au courant et ont tout fait pour dissimuler l’existence de survivants à ce génocide ! Et en vous disant ça, je ne vous spoile rien, ceci est prévisible depuis la première demi-heure du film, et bien qu’on s’accroche à nos rêves pour espérer que le prévisible n’arrive pas, ce dernier se met irrémédiablement à exécution.

Une fin gâchée

Quand un film comme Valerian voit sa musique originale composée par l’illustre Alexandre Desplat, évidemment, terminer la scène finale déjà niaise et pleine de guimauve par un pauvre slow dégoté on ne sait où, c’est du manque de goût. Surtout pour enchaîner sur un un film de Luc Besson, écrit en blanc, teinté d’éclairs et de flammes bleus.

En fait, la fin et la manière dont le film fait la transition avec le générique résume tout à fait l’esprit de ce film : sans âme, sans goût, sans finesse. Dommage qu’autant de talent ait été mis dans la création de l’arrière-plan, si le sujet, en place d’être un château plein de mystères, n’est en fait qu’un mobile home du camping des flots bleus.

J’irai quand même voir la suite je pense, car je crois en l’homme en ce qu’il est capable d’apprendre de ses erreurs et de se rattraper dans le futur.

[Annecy 2017] La conscience politique de l’animation européenne ?

Le hasard fait parfois bizarrement les choses. Deux films hors-compétition que nous avons pu découvrir le 13 juin dernier se sont fait un écho inattendu. Deux films européens, racontant des histoires vraies, et utilisant un mélange d’animation et de prises de vues réelles. C’est, en fait, les points communs principaux au premier abord entre le film-documentaire de l’allemande Katrin Rothe et la coproduction entre la Norvège, la Pologne et la Lituanie réalisée par Anne Magnussen et Pawel Debski. Il existe ainsi dans les deux films un propos éminemment politique, ce qui dans l’Europe d’aujourd’hui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Nous ne pouvions que revenir sur ces films, ensemble, pour essayer d’en comprendre les enjeux et les messages.

1917, The Real October (All, de Katrin ROTHE)

1917, The Real October est un film allemand, réalisée par la documentariste Katrin ROTHE. La particularité de son style est l’utilisation de marionnettes et de découpages pour retranscrire ici la Russie de 1917. On ne peut pas nier l’intérêt de sa démarche : essayer de reconstituer, dans une logique purement historiographique, les événements étant survenus entre février 1917 et octobre 1917 à travers les œuvres, les journaux, les mémoires des artistes de l’époque. L’intérêt réside dans la différence des lectures que chacun fait de ceux-ci : qu’ils soient des témoins lucides ou acteurs déçus, tous verront bien entendu leur vie bouleversée.

Dès lors, on peut s’intéresser au choix de l’animation : pourquoi ne pas avoir privilégié les images d’archive ? La réponse peut sembler surprenante, mais c’est en fait une mise en abîme intéressante : l’artiste est acteur de son époque, de son environnement social et politique. Comme ces artistes russe ont été actifs à différents degrés pendant la révolution de 1917, Katrin Rothe l’est aussi un siècle plus tard, en utilisant un procédé artistique. On sait l’influence qu’on eut les différentes révolutions européennes (la révolution française et la révolution russe notamment) sur les idéologies politiques actuelles, mais on oublie qu’elles ont engendré des contre-réactions défavorables aux artistes. Comme le film le dit lui-même, la révolution de février 1917 a apporté la liberté d’association, d’expression… avant de les supprimer parce que défavorable à la logique révolutionnaire. La force de notre époque, c’est justement notre liberté concrète et fiable de pouvoir s’exprimer, de pouvoir critiquer. Ce qui est d’ailleurs le rôle de l’artiste. L’animation permet ainsi à Katrin Rothe de montrer, au-delà des personnages principaux, les silhouettes sombres des révolutionnaires et des squelettes formant les décors, vides, de plus en plus froids, sombre. L’utilisation des prises de vues permet aussi de mettre en perspective ce qui est raconté : c’est un travail de recherche, de reconstitution narrative qui a conduit au film. Cela donne au travail d’historien du film un côté beaucoup plus intuitif qu’une thèse abstraite et conceptuelle.

The Man who knew 75 languages (Norv./Pol., de Anne MAGNUSSEN, Pawel DEBSKI)

La coproduction norvégienne/polonaise/lituanienne (oui, c’était possible!), The Man who knew 75 languages, est une œuvre aussi fascinante. Mélangeant prises de vues réelles et animation, le film raconte l’histoire vraie de Georg Sauerwein. Né allemand durant la première moitié du 19e siècle, il passera sa vie à se battre pour la protection des patrimoines culturels et linguistiques dans toutes les régions d’Europe. Doté d’une capacité d’apprentissage des langues hors norme, il sera notamment le tuteur de celle qui deviendra la première reine de Roumanie et avec qui l’histoire d’amour constituera le fil rouge tenant le récit. L’intérêt du film étant bien entendu ailleurs, dans son discours politique, du droit à l’identité, aux racines, qui trouve un écho de nos jours. L’Europe de cette période est déchirée par les guerres permanentes qui vont conduire à la formation de nouveaux États et des frontières contemporaines.

Les prises de vues réelles renforce cet aspect : les châteaux, les plaines, ce n’est pas une reconstitution avec des dessins, ce sont de vrais lieux, de vrais personnages : ce sont des faits, palpables. Seul regret, le fait que le film ne dure qu’une heure, donnant un côté anecdotique à certaines scènes – comme l’écriteau au début qui précise qu’il fut le premier à réaliser un dictionnaire anglais/turc. La vie de cet homme mériterait une œuvre encore plus ambitieuse. Sa biographie, que le film adapte en partie, n’est malheureusement disponible ni en français, ni en anglais…

Si la probabilité de pouvoir voir ces deux films dans les salles françaises est faible, il nous semblait intéressant de mettre en avant ces projets à la fois si différents au premier abord, mais très proche en réalité, en vous encourageant vivement à vous intéresser aux sujets portés par ces films.

[Cannes 2017] Le Redoutable de Michel Hazanavicius

Compétition officielle

Je commence tout d’abord par préciser que je déteste Godard. Non pas forcément le personnage, qui m’indiffère, même si sa connaissance du cinéma et l’impact que son oeuvre a eu dans l’art est indéniable. Mais ses films sont pour moi insupportables. J’ai tenté d’en voir deux (ses plus connus, Le Mépris et A Bout De Souffle) et n’en ai fini aucun, trop insoutenable pour moi.

Aujourd’hui je remarque qu’on connait plus Jean-Luc Godard pour ses frasques et ses coups de gueules que pour ses productions cinématographiques, l’artiste s’étant en effet retiré par lui-même de l’industrie « classique » du cinéma pour en explorer la face la plus expérimentale et politique (retenons ses deux dernières production, le troublant et en 3D Adieu au Langage et un court-métrage pour le film collaboratif Les Ponts de Sarajevo). La radicalité du virage artistique pris par Godard est d’ailleurs le point central de ce film qui, tout en se déguisant en une amusante pastiche, peine à cacher son l’admiration pour ce héros de l’art. Sans sombrer dans l’hommage aveuglé par une idolâtrie mal placée, Hazanivicius livre un film d’une simplicité troublante et d’une grande drôlerie, presque à l’inverse des films de Godard, justement…

La démarche est ici didactique et simple ; tout en usant de tous les effets propres au cinéma de la nouvelle vague (caméra, couleurs négatives, voix-off, regards-caméras, sous-titres parodiques, titres de parties, etc.) – sans parfois réelle utilité néanmoins – , Hazanivicius livre comme une introduction à Godard et à son cinéma à partir de son côté sombre pour mieux donner envie d’en voir l’autre côté, et prouve son don de la parodie (incontestable depuis les cultes Le Grand Détournement et les deux OSS 117) en plus de sa très grande cinéphilie, qu’il exploite pour mieux rendre hommage à un cinéma d’un autre temps que sa filmographie dessine de plus en plus précisément (les OSS parodiaient déjà le cinéma machiste d’un autre temps tandis que The Artist était un évident hommage au cinéma muet).

 

Le réalisateur livre donc un film d’une grande ingéniosité de part sa simplicité loin d’être simpliste, et une comédie, au sens noble du terme ; car en effet on rit beaucoup devant ce film. On rit des coups de gueules de Godard, de ses réactions démesurées et parfois même de son malheur (combien de lunettes cassées et combien de rires en réponse ?), la scène la plus drôle restant surement le plan-séquence dans la voiture ramenant Godard et ses amis de Cannes où le talent des comédiens est le plus flagrant (mention à la petite apparition de Monsieur Fraize, l’humoriste absurde devenu subrepticement le second rôle incontournable des comédies françaises). Les comédiens en seconds-rôles ne sont pour autant jamais écrasés par la prestation de Louis Garrel qui livre ici un rôle bien différent de tous ses autres. Il s’agit là d’une performance ; mimétisme vestimentaire et capillaire, tics langagiers, allures, Garrel est méconnaissable car on ne voit plus lui mais Godard, la réussite est totale. Il ne sera pas donc pas surprenant de le voir surement nommé aux Césars l’année prochaine…

Pour autant, même s’il est l’attraction du film, Garrel est bien obligé de laisser place à LA découverte du film, la gracieuse Stacy Martin, qui, avec douceur et simplicité, s’impose en premier rôle du film, et se fait l’incarnation du regard en diagonal que prend Hazanavicius sur le film ; elle, et son personnage de muse du cinéaste, est celle qui justifie ce regard distancié sur le trublion Godard et en permet autant un hommage qu’une critique. Grâce à son rôle d’amoureuse admirative se rendant compte de l’extrémisme démesuré de l’engagement politique et artistique (qui seraient la même chose pour Godard) de son amant, Hazanavicius obtient les scènes les plus émouvantes du film ; car il est évident qu’une histoire d’amour avec Godard ne doit pas être chose facile, promesse d’un récit mouvementé. C’est donc par Stacy Martin, véritable révélation, que le film se fait charmant, doux, léger, drôle et émouvant…

S’il est certain que Godard n’appréciera pas ce film (ou bien ne le verra surement jamais), Le Redoutable est une jolie réussite qui permet à Hazanavicius de contredire ceux qui disent de lui qu’il n’est pas un cinéaste sérieux.

Ainsi donc, si je n’ai pas pu finir un film de Godard, j’ai été enchanté devant un film sur Godard.

Le film sortira le 13 septembre en France. Vu dans le cadre de la semaine de reprise au Comoedia.

 

[Annecy 2017] Interview de Romain Brosolo (Eurozoom)

Eurozoom est un distributeur indépendant connu notamment pour avoir révélé au public français les œuvres de Makoto Shinkai (Your Name,…), Mamoru Hosoda (La traversée du temps, Summer Wars, Les Enfants Loups,…) ou encore Keiichi Hara (Colorful, Miss Hokusai,…). S’ils ne se consacrent pas uniquement à l’animation japonaise, ils n’en restent pas moins des acteurs remarquables sur la scène actuelle. Alors qu’Eurozoom sortira le 30 août prochain Lou et l’île aux sirènes de Masaaki Yuasa qui a reçu, quelques jours après la réalisation de cette interview, le Cristal du long métrage au festival d’Annecy, nous avons pu discuter avec Romain Brosolo de la société pour laquelle il travaille…

Bonjour Romain ! D’abord, est-ce que vous pourriez vous présenter ?

Je m’appelle Romain Brosolo, j’ai 28 ans. Ça fait 5 ans que je travaille à Eurozoom. J’y suis arrivé un peu par hasard. Je m’occupe des acquisitions, avec ma collègue Alba, et d’une partie de la programmation France. C’est les deux pans principaux de mon métier, mais je m’occupe aussi des éditions DVD et VoD, de tout ce qui concerne les impressions et l’affichage promotionnel, type les colonnes Morris ou le métro. C’est ce que je fais en règle générale quand je ne délègue pas.

Eurozoom est un distributeur indépendant. On sait la fragilité d’une telle structure dans le milieu du cinéma, alors que nous avons battu l’année dernière un record en termes d’entrées dans les salles françaises. Est-ce qu’Eurozoom a bénéficié de cette tendance d’une manière ou d’une autre ?

C’est un peu une fausse augmentation dans le sens où ce sont toujours les mêmes types de films et les mêmes distributeurs en général qui font que le marché augmente : les gros blockbusters, mais aussi les films d’art et essai porteurs, de gros films réalisés par des gens comme Almodovar et qui sont achetés très très cher. C’est presque des « blockbusters indépendants » ! Pour nous, le cinéma indépendant – réellement indépendant – c’est compliqué. 70% des films qui sortent en France sont catégorisés Art et Essai… Par exemple, Django Unchained de Tarantino, distribué par Sony Pictures, sorti sur 800 copies est catégorisé Art et Essai. Ou encore, The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, qui a obtenu la catégorisation Art et Essai et le label Recherche et découverte… Ce sont des films qu’on adore, mais on les met sur la même ligne que des films très très pointus que nous ou d’autres distributeurs indépendants pouvons sortir. C’est un peu deux poids, deux mesures. L’augmentation du nombre d’entrées en France se vérifie plus sur les films de Dany Boon par exemple. Sur la grande majorité, c’est un peu mensonger.

Donc proportionnellement au nombre de copies des films que vous distribuez, vous n’avez pas connu d’augmentation du nombre d’entrée ?

Non. Mais après on a eu de la chance : cette année on a eu Your Name, qui, on ne va pas se mentir, a mis du beurre dans les épinards. On a aussi un beau line-up qui s’annonce jusqu’à la fin de l’année, donc on est assez content.

Eurozoom est aussi un cas à part dans le milieu de la distribution, parce que c’est un distributeur indépendant, et beaucoup d’indépendants sont aussi producteurs des films qu’ils distribuent (ex : BAC Films, Memento Films…). Comment se déroulent les relations avec les équipes de production et l’acquisition des films ?

Soit on passe directement par le producteur, soit on passe par le vendeur international. Les marchés du film servent à ça justement : à Cannes, Annecy, Toronto, Berlin, Tokyo… Il y en a pleins, dans toutes les villes du monde pratiquement. Certains sont très mineurs, certains commencent à surplomber d’autres : je pense notamment à Toronto par rapport à Venise au même moment, ou encore Busan en Corée du Sud qui commence à grossir aussi. Nous, nous sommes plutôt en lien avec les producteurs ou avec les vendeurs internationaux. Après, c’est comme dans tout marché international : on regarde ce qui est proposé, si quelque chose nous intéresse, on va rencontrer ceux qui le vendent, on discute d’une offre, savoir si les droits sont disponibles pour la France. C’est un jeu de négociation en fait. On fait un premier tri, on fait un travail de recherche sur les films en amont déjà des festivals. On n’arrive pas dans les festivals en se disant « bon, qu’est-ce qu’on va aller voir ? ». On connaît nos vendeurs, on leur demande en amont ce qu’ils ont, on essaie de voir un maximum de films… Je peux prendre l’exemple du Kiyoshi Kurosawa, Avant que nous disparaissions, sélectionné à Cannes au Certain Regard : on a acquis les droits avant que le film ne soit annoncé en sélection… on l’a acquis deux jours avant l’annonce, donc on savait, mais sans être sûr de savoir où précisément. C’est important pour un distributeur indépendant d’avoir un film à Cannes, ça fait bien.

Your Name a été un énorme succès, on peut même dire qu’il y aura un avant et un après pour vous. Est-ce que cela va vous permettre d’avoir plus de poids dans l’avenir, comme dans vos négociations pour acquérir de nouveaux films ?

Oui et non, parce qu’on avait déjà eu de très gros succès dans le passé ! Eurozoom existe depuis 20 ans. On a eu Les Enfants Loups en 2012, qui a fait 250 000 entrées. Alors, ça remonte un peu. Nous restons un distributeur moyen même si cette année on est dans le top 25 des meilleurs distributeurs français. C’est assez gratifiant pour notre travail. Dans le cas de Your Name, pour tout ce qui concerne l’animation japonaise, je pense qu’on est reconnu comme LE distributeur de l’animation japonaise en France. Ça a été un travail en amont de ma patronne [Amel Lacombe, ndlr] depuis 20 ans.

Avant, les japonais ne voulaient pas vendre leurs films à l’étranger ?

Si, mais l’exploitation française te rit au nez. Pareil pour Your Name : il y a eu des prévisionnements en province où les exploitants de salle rigolaient, et sortaient de la salle en se disant que ça ne marcherait jamais. On a eu du mal à sortir le film sur 100 copies : il faut quand même le préciser. On peut aussi prendre Les Enfants Loups : Hosoda était inconnu en France. On a sorti La Traversée du Temps en 2007, on a fait 50 000 entrées. Summer Wars en 2009, on a fait environ 60 000 entrées. Ce sont des petits succès, mais ce n’était pas incroyable. Puis Les Enfants Loups, qu’on a eu du mal à sortir sur 48 copies ! On a fait 250 000 entrées, sachant qu’en 5e semaine, on était à 180 copies. Et il y a eu derrière le festival Télérama, le programme Écoles et Cinéma, un dispositif du CNC qui apporte énormément de scolaires sur les résultats.

Eurozoom est d’ailleurs un distributeur qui fait vivre ses films sur une durée importante.

Oui, d’ailleurs tous les distributeurs qui ont un catalogue important essaient de faire vivre leurs films le plus longtemps possible. Les gens voient le film au cinéma pendant un certain laps de temps parce qu’on est l’un des pays où l’on sort le plus de films en salle chaque semaine, entre 15 et 20, là où aux États-Unis sortent en moyenne 8 films, alors que nous avons une population beaucoup moins importante. On est obligé alors de faire vivre le film « parallèlement », avec des festivals, des scolaires, des reprises, des ciné-goûtés… On a eu pas mal de beaux succès à notre échelle. Je pense à Miss Hokusai, qui a obtenu le prix du Jury en 2015 à Annecy. On avait distribué le précédent film de Keiichi Hara, Colorful, aussi primé à Annecy et qui n’avait pas marché. Miss Hokusai a fait 100 000 entrées en France, sur un film qui ne s’adresse pas à un public très jeune. Ça veut dire que c’est une réussite : des seniors sont allés voir le film. Ça montre une ouverture d’esprit de la part du public français ! Dans la tête de l’exploitant français, souvent, animation signifie film pour enfant. C’est pour ça que le cinéma d’animation pour adulte a beaucoup de mal à exister en France, et les succès se comptent sur les doigts d’une main. Nous, on en a fait 3 récemment et ça a été compliqué.

On sait la fragilité des distributeurs indépendants, mais est-ce qu’on peut vous imaginer à l’abri quelques semaines avec le succès de Your Name ?

Quelques semaines, voire quelques mois, années… On ne va pas se mentir, on réinvestit tout l’argent dans le line-up. Sortir un film, c’est pas seulement l’acheter, c’est développer toute une stratégie de com derrière. Sur quel public on se positionne, quel partenaire sera contacté pour parler du film, les frais d’édition… Ça va du disque dur, du DCP nécessaire au visionnement du film, à l’affichage dans le métro, dans les rues… Si on achète un film, disons 50 000€, on peut mettre jusqu’à 150 ou 200 000€ dans les frais d’édition. Il faut aussi que les gens se rendent compte de ça : même un distributeur indépendant engage des sommes très importantes. Sur chaque sortie. Je laisse imaginer Disney.

Il peut suffire d’un échec ou deux pour vous mettre en danger dans ces conditions ?

Ça peut aller vite, oui. Après, Eurozoom a connu deux années difficiles : 2013-2014. On a enchaîné deux-trois-quatre échecs. On sort entre 8 et 10 films par an, si parmi eux, il n’y en a pas 2 qui marchent, ça peut vite mettre en difficulté. Il y a d’autres ressorts pour s’en sortir et ma patronne a très bien réussi à faire ça. C’est une battante, depuis 20 ans que sa boite existe, elle a fait en sorte que ça continue. Your Name est venu couronner l’acharnement qu’elle a eu sur l’animation japonaise notamment. C’est un film qu’on a acheté avant qu’il ne sorte au Japon – et heureusement parce que sinon… ! Autre exemple, Mamoru Hosoda, inconnu en France. Les Enfants Loups marchent, et le suivant, c’est Gaumont qui l’a sorti.

Vous avez sorti Psiconautas, qui est un film d’animation clairement pour adultes, et sorti pendant le festival de Cannes à une période où l’on penserait les cinéphiles assez occupés… Pourquoi avoir fait ce choix ?

C’est plutôt bien de sortir pendant Cannes, en fait. C’est une bonne période, justement : on en sort tous les ans à ce moment, deux cette année. Par exemple, Sword Art Online : Ordinal Scale, adapté d’une grosse franchise. On aime sortir ce genre de film à ce moment-là justement parce qu’il y a un boulevard. C’est une période creuse pour les salles. C’est facile de programmer des films, alors.

En plus, dans le cas de Sword Art Online, ce n’est clairement pas le même public que celui occupé par le Festival de Cannes.

Pas du tout, en effet. C’est un public très ciblé, des « fanbases » importantes tout de même. C’est des consommables, qui ont des durées de vie très limitées, et qui ne sont pas des chefs d’œuvre comme Your Name ou Les Enfants Loups. Et on sait qu’en un mois, en prenant le cas de Sword Art Online, sur 80 copies, on a fait 80 000 entrées. On fait entre 60 et 100 000 entrées sur ce genre de films, et c’est exactement ce qu’on recherche.

Comme ce sont de grosses licences, il n’y a pas de problème à obtenir les droits ? Ou personne n’en veut ?

Non, ce n’est pas que personne n’en veut. C’est que ce sont des films particuliers à travailler. Les gens savent qu’on sait bien le faire, donc on fait appel à nous.

Autre cas, qui n’a rien à voir, la sortie prochaine du film de Sally Potter, The Party, présenté en compétition à Berlin. Il a été annoncé pour une sortie en plein été, à une époque où les cinéphiles sont en vacances.

On l’a changé de date au final, il sortira le 13 septembre ! Mais oui, c’est vrai, je vais prendre l’exemple d’un film que nous avions sorti pendant l’été 2015 : Aferim!, de Radu Jude. Il avait reçu l’Ours d’Argent du meilleur réalisateur : un film en noir et blanc, roumain, qui se passe au 19e siècle… ! Un film hilarant, que j’adore. On l’a sorti le 5 août : on peut se dire « ouah, un film comme ça, un 5 août ? ». Sauf que très facile à programmer. Il y avait des arguments pour le film. Primé à Berlin, c’est un bon film on va pas se mentir, qui traite d’un sujet d’actualité, le racisme, et comment on peut transposer des poncifs du 19e au 21e. Il s’est bien programmé et a marché. Il a fait ce qu’on lui a demandé de faire. On l’aurait sorti en octobre, on aurait fait moins de 10 000 entrées. On a fait plus de 30 000. Sally Potter, au final, c’est différent. On avait déjà sorti son précédent film, Ginger et Rosa (2013), et pour The Party, il y a du casting. Kristen Scott Thomas, Timothy Spall, Cillian Murphy, pour un film qui ne fait qu’une heure dix, en noir et blanc, huis clos, génial, comédie dramatique à l’anglaise sur fond de Brexit. C’est l’histoire de Kristen Scott Thomas qui travaillait d’arrache-pied pendant trois ans pour que son parti accède au pouvoir, et vient d’être nommée ministre de la santé. Elle organise une soirée chez elle pour fêter ça et tout part en sucette. On l’a vu à Berlin dans une salle de 500 personnes qui riaient à gorge déployée. Y’a eu que les Inrocks qui ont dit que c’était le pire nanar de Berlin depuis les 20 dernières années, ce qui nous a aidé à avoir le film. Des distributeurs un peu plus gros ont sans doute été refroidis par cette critique.

Dans le cas opposé, Your Name avait été largement soutenu par les Cahiers du Cinéma notamment avec trois pages dédiées pour de l’animation japonaise, chose rare. Ce qui aura, sans doute, poussé en plus la cinéphilie française à aller voir le film.

On a été très bien accueillis par la presse française, dans son entier. C’est un film qui, je pense, a parlé à tout le monde. La plus grande salle de cinéma en France, c’est le UGC Ciné Cité Les Halles (1er en France, 1er en Europe, 2e dans le monde, la première étant coréenne). C’est quasiment le baromètre mondial de la fréquentation salle dans le monde, et le directeur était impressionné de voir des ados venir à des séances à 10h du matin, là où il ne les voit jamais, ce sont normalement des publics plutôt âgés à cette heure-là. C’est un film qui a parlé à tout le monde, comme Les Enfants Loups d’ailleurs, où on avait eu des programmatrices de grands groupes qui étaient bouleversées après avoir vu le film.

Parmi vos sorties de cette année, on note la présence de deux films de Kiyoshi Kurosawa, un réalisateur reconnu qui a déjà sorti un film un peu particulier en début d’année : son premier en français, Le Secret de la Chambre Noire. Quel est le potentiel de ces deux films, très différents (Creepy, sorti le 14 juin, et Avant que nous disparaissions, prévu pour la fin d’année) ?

Creepy était à Berlin l’année dernière. C’était un peu un coup de chance. C’est quelqu’un de très productif, il fait un film par an depuis 20 ans. Il a un public en France, on ne va pas se mentir. Tous ses films, à part le dernier tourné en français – et encore, font 50 000 entrées minimum. Il reste un réalisateur, pas de niche, mais vraiment de cinéphile. Il n’a jamais connu d’énorme succès, à part Shokuzai, qui a vraiment cartonné. C’est un « touche à tout ». Creepy, c’est un thriller un peu noir, avec un tueur en série. C’est le genre qui l’a fait connaître. C’est particulier, mais il a un public français qui est assez fort et donc, nous, on se base dessus beaucoup quand même. Avant que nous disparaissions a eu une très bonne réception à Cannes. C’est de la science-fiction, mais on parle d’invasion extraterrestre de manière complètement informelle, invisible. Ce n’est pas Alien ou Independance Day, c’est ce qui est intéressant. C’est « kurosawaesque », c’est marrant de voir comment il traite le sujet. Bon après, aucun film ne fait l’unanimité, surtout à Cannes.

Vous avez annoncé avoir acquis Fireworks (de Akiyuki Shinbo et Nobuyuki Takeuchi), alors que le film n’est pas encore sorti au Japon. Qu’est-ce qui vous a poussé à l’acquérir ?

Toho, le vendeur et le producteur de Your Name, lorsqu’on l’avait acquis, nous avait déjà parlé de Fireworks. On s’est penché dessus très très rapidement. On a fait une offre avant de voir quoi que ce soit, pour couper l’herbe sous le pied de tout le monde en fait. C’est, je pense et sans l’avoir vu, un film qui a un potentiel équivalant à Your Name. Je n’ai vu que quelques images. On va le sortir en fin d’année 2017 ou début 2018, comme Your Name.

Comme le festival d’Annecy accueille un marché du film, on imagine que vous êtes ici pour ça. Est-ce que vous pouvez dire des choses ? Des négociations en cours ? Des sorties prévues pour 2018 ?

Non, je ne peux rien dire ! Il y en a quelques-unes en cours. Mais oui, ce serait pour 2018. Mais je ne peux rien dire du tout.

Parmi les prochaines sorties d’Eurozoom, vous pourrez découvrir Hirune Hime: Rêves éveillés le 12 juillet en salle, puis Lou et l’île aux sirènes, Cristal du Long métrage 2017, le 30 août prochain.

Merci à Romain Brosolo de nous avoir accordé du temps et aux équipes du festival d’Annecy de nous avoir accueilli.

[Critiques] Retour sur le Festival du Cinéma Chinois en France 2017 – Lyon

Comme chaque année , le Festival du Cinéma Chinois en France quitte la capitale pour se rendre dans des salles de projections de tout le pays. Nous avons à Lyon pu connaître quelques projections, et participer à certaines d’entre elles… ! Retour sur cette 7e édition :

Operation Mekong de Dante Lam

Sachez le : l’intérêt du festival réside dans la découverte de films chinois, ayant souvent connu un grand succès public, et comme en occident, les plus gros succès sont souvent les plus grosses productions. Operation Mekong est typiquement l’une d’entre elles : un tract militariste, propagandiste et prônant un impérialisme auquel le spectateur mécaniquement adhère parce qu’impliqué émotionnellement. Le film, qui se base sur des faits réels, raconte la traque de Naw Kham, dirigeant d’un trafic de drogue dans le « triangle d’or », c’est-à-dire la zone qui sépare la Thaïlande, le Laos et la Birmanie. Comme c’est le lieu de passage du fleuve Mékong, les trafiquants de drogue s’en servent pour faire passer leurs produits en Chine. Comme l’explique très bien la voix-off introductive, la jeunesse chinoise est bien sûre corrompue par la drogue, et il est affaire de sécurité nationale (internationale, même) d’intervenir. La Chine s’allie alors avec le Laos, la Thaïlande et la Birmanie pour mettre fin à ce trafic. Il ne s’agira en réalité d’une course poursuite pour savoir qui des quatre pays arrêtera le grand méchant en premier.

Ce méchant est si méchant qu’il exploite même des enfants en les droguant. Il les laisse même jouer à la roulette russe. Bref, un méchant très vilain, histoire de s’assurer que le spectateur ne soit pas perdu dans des dilemmes moraux. Le film est d’ailleurs assez crû : sont montrées en gros plan la mort de cet enfant en « jouant » à la roulette russe et d’un autre, carrément abattu par l’un des héros du film pour sauver son ami. Bien sûr, il ne développera pas de syndrome post-traumatique dans le film après avoir abattu dans le dos un enfant de, disons, maximum 7 ans. Cette violence assez extrême, et inexistante dans les blockbusters occidentaux, est surprenante. Surtout quand le film repose sur une opposition dichotomique bien/mal radicale et cherche à évacuer tout problème moral ou éthique pouvant la remettre en question.

Au-delà ce qui vient d’être dit, le film est intéressant : le spectateur français est totalement aseptisé par les grosses productions américaines. Il devient difficile de percevoir les codes utilisés à des fins de propagandes, qui ici, paraissent des énormités : le drapeau, la musique épique sur des scènes d’action iconiques, les valeurs défendues… Ce qui semble caricatural est en fait un miroir captivant de ce que nous ne voyons plus en regardant un film américain. Ici, les personnages principaux interviennent en attaquant un centre commercial dans lequel ils espèrent capturer le fils de leur ennemi. Dans cette scène, on oublie qu’il s’agit d’une intervention unilatérale de la part des forces spéciales chinoises, qui détruisent, saccagent l’endroit, et finalement s’enfuient lorsque les policiers locaux arrivent. En fait, l’impérialisme chinois que le film revendique est assez inédit : ce que les américains ne peuvent plus faire désormais (comme démontré par le Sicario de Denis Villeneuve), les chinois le font sans se poser trop de question.

Chongqing Hot Pot de Yang Qing

Le second film vu est un film un peu hybride. Trois amis d’enfance, suite à des travaux dans leur restaurant à fondues, découvrent un accès au coffre-fort de la banque d’à côté. Le film joue avec plusieurs tons : à la fois la comédie, la romance, et finalement le thriller. Ce mélange fait directement pensé au cinéma coréen contemporain, à des cinéastes tels que Na Hong-jin ou Park Chan-wook. La proximité va jusqu’à reprendre des choix de mise en scène, comme le plan-séquence et quelques choix musicaux issus de Old Boy. Contrefaçon ? Non, plus des influences fortes, voir des hommages. Le film est clairement une œuvre de cinéphilie : plus encore parce que c’est un film qui parle d’amitié, le générique, présentant des photographies du tournage, évoque clairement l’idée selon laquelle c’est aussi un film de potes. En fait, la vraie limite du film, c’est qu’il n’invente rien. Au-delà de sa générosité, on ne peut que souligner la maîtrise de sa dernière partie, violente, implacable et digne d’un vrai bon film de braquage.

Il est important de redire l’importance de sortir de sa zone de confort de spectateurs. Les festivals de films tels que celui-ci proposent un regard, un focus sur un cinéma dont nous ne maîtrisons pas tous les codes. Certains effets de styles, choix de mise en scène, comportements d’acteurs sont parfois vivement critiquables. Mais le cinéma chinois ne repose pas sur les mêmes références histoire que notre cinéma ou le cinéma américain. Il semble donc important d’accepter de sortir d’un certain quotidien cinéphile pour découvrir une autre culture de l’image, de la mise en scène. C’est important, d’autant plus que le cinéma chinois cache de jeunes talents qui restent à découvrir et qui pourraient, un jour, avoir une place capitale dans l’industrie du cinéma asiatique, mais aussi du cinéma mondial. Et vous pourrez dire, l’air fier, « c’est moi qui l’ai vu le premier ».

Remerciements à madame Candice Pelletier, à monsieur Noël Garino, ainsi qu’aux équipes du Festival du Cinéma Chinois en France et aux équipes de Pathé Bellecour.

Soutenez le Festival du Film Jeune de Lyon !

Comme vous le savez sans doute déjà, la prochaine édition du Festival du Film Jeune de Lyon arrive à grands pas. Du 20 au 30 septembre prochain, vous pourrez découvrir dans la métropole lyonnaise des court-métrages réalisés par des jeunes talentueux et passionnés. C’est une opportunité et une occasion unique à la fois pour eux, mais aussi pour vous de découvrir le futur du cinéma français !

Puisqu’il est organisé par des jeunes formés en association, nous dépendons en grande partie des dons que vous réalisez sur la page dédiée du site. Pour le bon déroulement du prochain festival (et faire très plaisir à notre trésorière), n’hésitez pas à participer en investissant dans le festival quelques euros! Chaque centime nous permettra d’accomplir des miracles (et encore une fois faire très plaisir à notre trésorière), n’hésitez pas même si vous ne pouvez investir qu’1 ou 2€ !

Nous avons ainsi ouvert une page sur Leetchi : un site permettant facilement, rapidement et de manière sécurisée un don de la somme de votre choix ! C’est une manière de soutenir et de faire découvrir ceux qui feront le cinéma de demain ! En cliquant sur le lien ci-dessous, vous arriverez sur notre page « Soutiens« , sur laquelle vous pouvez effectuer votre transaction sécurisée, et aussi laisser un petit mot de soutien pour qu’on ne vous oublie pas 😉

Cliquez ici pour faire un don !

Merci d’avance à tous de votre soutien et à très vite : septembre est presque là !

Notre président, dans quelques semaines (enfin, on espère)

[Annecy 2017] Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi

Prix du Jury – Annecy 2017

Le cinéma japonais regorge d’œuvres traitant du traumatisme de la seconde guerre mondiale, et dans l’animation particulièrement. On redira l’importance de voir Le Tombeau des Lucioles d’Isao Takahata, traité pacifiste d’une justesse inouïe, œuvre bouleversante, horrible, mais au combien nécessaire. Le film de Sunao Katabuchi ne pouvait que souffrir de la comparaison. Ironiquement, c’est un ancien de Ghibli. D’abord storyboarder, il n’a depuis 2002 réalisé que trois films : Princess Arete (2002), Mai Mai Miracle (2009) et Dans un recoin de ce monde (2017), ce dernier ayant été particulièrement bien reçu par la presse japonaise. L’histoire de cette jeune fille – Suzu – un peu simplette parfois, confrontée à la guerre, n’est pas exempte de défauts.

On ne peut pas nier que c’est un film critiquable sur le fond. En effet, si le public japonais ne pouvait pas faire ce reproche au film, le public européen doit le rappeler. Lorsque le film donne une vision idéaliste de la situation des civils durant la guerre, c’est une lecture orientée : le film d’Isao Takahata le montre. Lorsque, dans le film, la police arrête Suzu parce qu’elle faisait des dessins de bateaux militaires et donc de l’espionnage, on ne peut pas en rire derrière (« elle est pas assez maline pour être une espionne ! », disent-ils). De la même manière, la fougue nationaliste cachée par les beaux atours du film n’est pas quelque chose de rassurant. La politique de colonisation menée par l’État japonais durant la première moitié du 20e est passée sous silence… Toutes les horreurs arrivant au Japon sont la faute des américains : ce n’est pas totalement faux, ni totalement vrai. Aucune guerre ne peut se targuer d’être parfaitement propre. La guerre est un état où personne n’est tout blanc, tout noir.

Mais au-delà de ces soucis qui limitent la portée universelle du récit en l’ancrant profondément dans la logique politique contemporaine du Japon (un retour du nationalisme), on ne peut nier que le film remue. Il remue, il marque profondément. La direction artistique est superbe, le sujet est difficile et le film s’en sort bien. La dernière partie est ainsi beaucoup plus sombre (1944-1945), plus violente. Il reste difficile de sortir totalement indemne du film. Le personnage de Suzu donne ainsi une véritable leçon de courage, quelque chose de respectable dans la mesure où peu d’œuvres ont traité le sujet de cette manière. Le titre, Dans un recoin de ce monde, reflète bien de cette idée : ce comportement reste marginal, associé à un « recoin », un morceau, un angle. Comprendre, un petit espace de verdure, dans la noirceur de ce monde.

Sortie en salle prévue le 13 septembre 2017

Interview de Pierre Triollier du Brochet (président du LYF)

Président et l’un des membres fondateurs du LYF – Festival du Film Jeune de Lyon, Pierre Triollier du Brochet a accepté de rencontrer Le film jeune lyonnais pour discuter autour de la première édition et de l’organisation de la deuxième en septembre 2017…

Bonjour Pierre. Vous êtes président de l’association LYF – Festival du film Jeune, et donc président du Festival du film Jeune de Lyon. Que retenez-vous de l’édition précédente ?

Beaucoup de fierté d’avoir pu mener un projet comme celui-ci à bon port. J’en retire aussi des belles rencontres, de nouvelles amitiés que j’ai formées grâce à cette expérience, et la naissance d’une équipe jeune, soudée et dynamique. Du coup, c’est plein de bonnes choses qui nous ont convaincu d’organiser en 2017 une nouvelle édition du Festival du film Jeune de Lyon.

Le Festival du film Jeune fait écho à la base à un autre organisme : l’Union du film Jeune. Qu’est ce que c’est ?

L’Union du film Jeune, c’est le projet originel de notre association. En effet, lors de sa fondation, l’objectif était de créer une association des manifestations cinématographiques jeunes lyonnaises. Personnellement, je sortais de mon mandat comme président du Festival du film lycéen de Saint-Just, et c’est avec nos amis du Festival Luciole, du lycée la Martinière Monplaisir, que nous avons créé l’association.

L’Union du film Jeune est donc un des deux pôles de l’association LYF. Elle regroupe les organisateurs de manifestations cinématographiques jeunes lyonnaises qui sont ainsi associés dans notre grand projet de développement du film jeune lyonnais.

Qu’attendre de cette nouvelle édition ?

De nouveaux films bien sûr ! Il y aura aussi d’autres nouveautés, comme le blog Le film jeune lyonnais [vous êtes dessus, ndlr] qui a couvert le Festival de Cannes d’une manière admirable et qui propose aux différents abonnés et internautes des contenus de réflexion et une approche analytique sur le cinéma et son industrie.

Évidemment, pour faire une deuxième édition nous allons reprendre dans les grandes lignes la première : les projections des courts-métrages, sous la houlette d’Alice Mesland-Millet et Maéva Paolini, une conférence organisée par Camille Pellini, et un nouveau projet d’exposition de photographies qui est en préparation par Hanna Trabelsi et Clara Naouri, mais vous en saurez plus bientôt. Nous nous occupons aussi du jury, des relations avec nos partenaires (Comoedia, Ville de Lyon, lycées, Lyon 3, …), ainsi que d’organiser des moments de rencontres et d’échanges entre les candidats, nos partenaires et les professionnels, que nous souhaitons développer cette année. Et pour ce faire je serai épaulé par mes deux vice-présidents, Jean-Félix Laval et Constant Boulay, ainsi que le directeur général de l’association, Jean-Charles Quiniou.

Est-ce que les candidatures affluent comme l’année dernière ?

Nous avons reçu 26 candidatures à ce jour, nous avons donc rassemblé au moins autant de films que l’année dernière, sachant qu’il reste un peu plus de deux mois avant la fin du délai de dépôt, le 20 août 2017. L’originalité de cette année est que ces candidatures viennent d’à peu près toute la France : Paris, Angers, Toulouse, Marseille, et même de Cotonou au Bénin, ce qui nous donne une diversité et une ouverture nationale et internationale sans précédents ! D’ailleurs j’en appelle aux réalisateurs lyonnais, pour lesquels cette manifestation est construite à l’origine : ne vous laissez pas faire et montrez à la France et au monde que les lyonnais font du cinéma, et en nombre !

Quels conseils donneriez-vous à un candidat pour que son film soit sûr d’être sélectionné ?

La première étape c’est évidemment de se rendre sur lyonyoungfilfmest.fr pour inscrire en renseignant la « fiche candidat » et en envoyant son film. Ensuite, nous n’avons pas la prétention d’une sélection officielle cannoise bien évidemment : nous attendons des films qu’ils durent moins de 15 minutes, soient audibles et visibles en formats universels, et qu’ils soient réalisés par des jeunes de moins de 25 ans. Si nous avons de trop nombreux candidats, une sélection se fera par le biais du Comité de sélection, mais en attendant, nous sommes ouverts à tout, et à tous : tous les genres sont les bienvenus au Festival du film Jeune de Lyon. Par exemple, nous allons sûrement ouvrir des catégories film d’animation, film expérimental et film documentaire cette année, ce qui nous donne une richesse et une diversité que nous n’avions pas l’an passé ! Un conseil donc à donner aux candidats : étalonnez votre image et votre son pour nous rendre un film qui se rapprochera au mieux de la qualité d’un film professionnel ! Pour le format vidéo, privilégiez le MP4 pour permettre des conditions de visionnage optimales.

Comment se déroule concrètement le festival ?

Pour nous évidemment il a déjà commencé. On reçoit des candidatures jusqu’au 20 août, à minuit. Le 21 août, nous communiquerons sur les réseaux sociaux pour annoncer les films retenus dans la sélection ainsi que les nominés par catégorie. Début septembre, nous tiendrons notre traditionnelle conférence de presse pour détailler toute notre programmation ainsi que nos projets, événements, etc … Et enfin, le 20 septembre, les projections débuteront avec la première d’entre elles dans l’auditorium Malraux de l’Université Lyon 3, à la Manufacture des Tabacs. Suivront alors 10 jours de projections endiablées, avant de terminer avec une cérémonie de clôture, de remise des prix et de diffusion des films lauréats le samedi 30 septembre, à 10H au Cinéma Comoedia.

Comment est composé le jury ? Comment est établi le palmarès ? Sur quels critères ?

Le jury est désigné par le Bureau de l’association : il est composé d’une vingtaine de personnes environ, des lycéens, étudiants, étudiants en audiovisuel, des enseignants, mais également des professionnels du cinéma, des journalistes ou des membres d’associations étudiantes de Lyon. La composition du jury sera justement dévoilée en conférence de presse. Les jurés se réuniront pendant le festival pour délibérer et décerner des récompenses. Le Comité de sélection aura, comme je l’ai dit auparavant, établi une sélection de nominés pour les catégories techniques (image, B.O., montage, …). Le détail des prix en jeu sera dévoilé également en septembre. Bien sûr, le Public ne sera pas oublié, et même si le jury décernera beaucoup de prix, le public décernera un unique mais pas moins prestigieux Prix du public, composé des votes pendant les projections d’une part, et des votes en ligne d’autre part.

Quel avenir pour le Festival ?

Le Festival, et le projet de notre association, qui est de développer et de rassembler les initiatives cinématographiques jeunes lyonnaises, ont vocation à se pérenniser : nous sommes les seuls à faire ça et le public, les spectateurs, les candidats, nous font bien sentir, à chaque fois avec beaucoup d’émotion, comme notre projet a été déterminant pour eux, ou qu’ils ont simplement apprécié passer des moments de cinéma avec nous. Idéalement, l’ambition du Festival du film Jeune de Lyon pourrait être nationale : devenir un festival de référence dans son domaine,  c’est notre ambition. Après, si des initiatives similaires se présentent dans d’autres régions de France et de Navarre, nous serons vraiment heureux de partager, d’échanger avec ces personnes et de construire de nouvelles choses ensemble, sur notre passion commune : le cinéma !