[Annecy 2017] – Introduction

Le Festival International du Film d’Animation d’Annecy, le plus grand du monde consacré au domaine de l’animation, a lieu chaque année à la mi-juin sur les bords de son lac… Mais avec une température excédent largement les 30 degrés la majorité du temps cette année (c’est pas facile, dehors, dans ces conditions), la majorité des festivaliers se ruent en masse, soit dans l’eau, soit dans les salles de cinéma climatisées pour découvrir en avant-première les films qui reflètent de l’état du cinéma d’animation mondial. S’organisant autour d’une compétition officielle de courts-métrages et de longs-métrages, la sélection réunit autant de jeunes talents encore en école, que de chaînes de télévision, et des énormes productions des studios promises à un grand succès en salle. Vous trouverez ici, publiés au fur et à mesure, les articles réalisés à l’occasion d’Annecy 2017.

Critiques :

[Annecy 2017] A Silent Voice de Naoko Yamada

[Annecy 2017] Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi

[Annecy 2017] La conscience politique de l’animation européenne ?

Interview :

Romain Brosolo (Eurozoom, distributeur de Lou et l’île aux sirènes (Cristal du long métrage 2017)Your Name,…) :

[Annecy 2017] Interview de Romain Brosolo (Eurozoom)

Et comme on est sympa, on vous met aussi la chanson qui a le mérite d’être représentative de l’ambiance (qui est, disons-le, est assez unique) sur place !

[Cannes 2017] Un Beau Soleil Intérieur de Claire Denis

Vu dans le cadre de la reprise du Festival de Cannes au Comoedia.

Prix SACD – Quinzaine des réalisateurs

Ce qui marque immédiatement dans le nouveau film de Claire Denis, c’est le visage de Juliette Binoche, actrice qu’on ne présente plus désormais… Mais bizarrement, qu’on aura l’impression de ne jamais avoir vu avant. Ces gros plans – presque impudiques – qui mettent en avant ce regard tantôt brillant, tantôt mouillé, d’un naturel profondément bouleversant. Ses sourires, rares, illuminent l’écran. Comme le film raconte les déboires amoureux de cette femme qui n’est ni une jeune femme dans la fleur de l’âge, ni une femme « périmée » (si l’on peut dire quelque chose comme ça) et qui connait encore des hommes, elle garde l’espoir qu’un jour, elle rencontrera ce prince charmant que l’on nous promet sans jamais vraiment le trouver. C’est un film finalement assez sombre, en tout cas larmoyant par moment. Mais la sincérité de son actrice principale est telle que l’on ne peut nier que la sensibilité exacerbée qu’elle joue donne au film une tonalité captivant.

Ces hommes, justement, lui sont profondément proche : imparfaits, inexacts, injustes, insolents, intolérables. Mais jamais profondément mauvais, mais jamais celui que cette femme recherche. Elle va même rencontrer un medium – ou plus qu’un medium : (désolé du spoiler) Gérard Depardieu lui-même. Qui d’autre pourrait promettre qu’un jour elle trouverait ce « beau soleil intérieur », nécessitée pour atteindre le bonheur ? Après tout, avec sa présence lourde, sa voix ayant toujours malgré l’âge ce petit quelque chose d’unique, ce regard, ce nez (et quel nez!), Depardieu s’offre une (courte) apparition mémorable face à une Juliette Binoche qui, sans dire un mot et seulement par la grâce de la mise en scène, reste au cœur de cet entretien aussi colossal entre deux des plus importants morceaux du cinéma mondial.

Pourtant, un regret, un seul plan : celui sur la Tour Eiffel, assimilable à un phare avec ses faisceaux lumineux, introduisant un dialogue entre un homme et Binoche au sujet de leur relation. A quoi sert-il ? Nous rappeler que le film se déroule à Paris ? Inutile. Nous dire que la Tour Eiffel est le phare de Paris, ville des amours ? Que la Tour Eiffel est une métaphore, ce serait grossier, parce que gros, parce que déjà vu à peu près partout. On se plaît à croire que non, que Claire Denis a réalisé un film beaucoup plus fin. On se plaît à croire que la finesse justement du film l’emporte sur tout le reste, et que le visage de Juliette Binoche restera aussi lumineux que dans les derniers plans du film. Il est alors tellement plus éclairant que celui sur la Tour Eiffel.

Le film sortira en France le 27 septembre 2017.

Nos remerciements aux équipes du Comoedia pour la projection du film.

Interview Sébastien Laudenbach (La Jeune Fille sans Mains)

Sébastien Laudenbach a reçu à Cannes cette année le prix France Culture – Cinéma de la part des étudiants pour son premier long-métrage La Jeune Fille sans Mains. Nous avons pu échanger avec lui suite à la cérémonie…

Vous venez de vivre une année exceptionnelle : depuis votre passage à l’ACID avec votre premier long-métrage La Jeune Fille sans mains, vous avez remporté un prix à Annecy, été nommé aux Césars… Que retirez-vous de l’année écoulée ?

Un tourbillon. L’impression que les choses allaient plus vite que moi. Le film s’est fait patiemment , petit à petit, avec un temps très étiré. Quand on ne fait que quelques secondes par jour, on est dans un rapport au temps qui est singulier et là, ce rapport au temps a été bouleversé. Dès la projection à Cannes, tout est allé très vite. Je commence à en sortir un peu, je suis encore un peu enivré.

Est-ce que ce n’est pas un peu difficile de penser votre second projet après tout ce qui vient de se passer ? Est-ce que vous allez continuer le long-métrage ?

Je ne sais pas. Là, je viens de terminer un court-métrage qui va être diffusé sur Troisième scène, le site de l’Opéra de Paris [disponible en dessous, ndlr]. Moi j’ai envie de continuer à faire des films. Après est-ce que ce sera des films courts ou des films longs, je n’en sais rien. C’est vrai que faire un deuxième film après celui-ci… C’est pas simple, parce que je ne veux pas faire deux fois la même chose. Je voudrais faire un projet qui me tient à cœur. Je ne sais pas encore, je suis en pleine réflexion.

Comment avez vous vécu ce processus, de passer après plus de 15 ans de court-métrages au long-métrage ?

C’est une histoire un peu longue : c’est un long-métrage qui m’a été proposé en 2001. On m’avait proposé d’adapter une pièce d’Olivier Py et on a travaillé pendant 7 ans au développement du film, qui a été abandonné. Je l’ai repris à partir du conte d’origine, tout seul, en 2013, avec des gens qui sont venus me soutenir. L’histoire qu’on m’avait proposé, ce conte, me tenait à cœur. A chaque fois que j’y pensais, je me disais « il faut en faire quelque chose ».

Et quand vous dites que vous l’avez fait seul…

J’ai fait l’animation seul. Et le trait est singulier. Le résultat est que le film a été fait avec un processus totalement expérimental : il n’y avait pas de scénario. Je n’avais pas les droits de la pièce, alors j’ai suivi le conte, mais il y a plein de différences entre le conte et le film puisque j’ai improvisé le film du premier plan jusqu’au dernier, en dessinant directement, sans passer par l’écrit, en voyant ce qui se passait sous mon pinceau.

Comment est-ce que vous percevez ce prix aujourd’hui ? Qu’est ce qu’il signifie pour vous ?

C’est super ! Quand j’ai fini ce film et qu’il a fallu le montrer, je me disais « mais qui va pouvoir être intéressé par ce film-là ? ». J’étais persuadé que les gens allaient partir au bout d’un quart d’heure ! Que les gens n’allaient pas accepter cette proposition visuelle si singulière. Le fait que ça plaît à un certain public, et notamment à la jeunesse, pour moi, c’est formidable !

Remerciements à Sébastien Laudenbach pour le temps qu’il nous aura consacré, ainsi qu’à Aurélien Landivier et aux équipes de France Culture.

Interview de Cédric Klapisch (Ce qui nous lie, L’Auberge espagnole, Le Péril Jeune,…)

A l’occasion de sa venue à Lyon pour présenter son nouveau film Ce qui nous lie (en salles le 14 juin), Cédric Klapisch a accepté de répondre à nos questions sur le film, mais aussi de manière plus générale sur l’état de l’industrie cinématographique française…

Comédie, drame, documentaire, science-fiction… vous avez réalisé, depuis 20 ans, des films aux sujets et aux genres très variés. Comment expliquez-vous avoir un cinéma aussi éclectique ?

Parce que je suis comme ça ? (rire) Je suis curieux, et je n’aime pas les réalisateurs qui font tout le temps les mêmes films. J’aime le cinéma dans sa diversité : les westerns, les comédies, la science-fiction… Je n’aimerais pas m’enfermer dans un genre. Ça me donne envie d’explorer des univers que je connais mal. Je cherche toujours des idées qui me font sortir de moi-même, de mes habitudes. Dans Ce qui nous lie, je n’avais jamais filmé dans la nature, je savais que ce serait un grand bond. Ça m’a pris du temps. Je me suis rendu compte que tous les films que j’ai faits auparavant c’était dans des rues, dans des villes.

Est-ce que ça a été un des éléments déclencheurs, un des points de départ de ce film d’aller tourner dans la nature, dans la campagne ? Parler des vignobles ?

Clairement. J’en avais besoin quelque part. Après, ça a été aussi pour parler du vin, et je me suis fixé sur la Bourgogne. Ça aurait pu être l’Alsace, le Bordelais… Mais déjà c’était la région que je connaissais le mieux – j’y étais déjà allé. Il y a quelque chose de très emblématique de la France. Il y a quelque chose de très antique là-bas, on pense au Moyen-Âge, à l’Antiquité… Mais c’était pour parler de la France et de l’agriculture, ce qui dépasse le seul sujet des vignobles.

Justement, votre film est très ouvert sur le monde : votre personnage principal est passé par le Chili, l’Australie… on ne le voit pourtant jamais en dehors de la Bourgogne, où il revient au début du film après plusieurs années de voyage… Pourquoi avoir voulu faire un film aussi ouvert sur le monde ? Est-ce que vous vous considérez comme un « mondialiste heureux » ?

On peut dire ça. C’était au centre des débats de la campagne présidentielle : est-ce que l’on ouvre ou est-ce que l’on ferme nos frontières ? C’est une question centrale dans le monde d’aujourd’hui. Moi j’ai l’impression que quand on a ouvert la porte, on ne peut plus la refermer. Il y a des avions, internet… Qu’on le veuille ou non le monde est mondialisé. C’est aussi positif – il y a des aspects négatifs à la mondialisation – de savoir ce qui se passe à l’autre bout du monde, que tout le monde est connecté. Il y a un côté « citoyen du monde » aujourd’hui. Il n’y a pas que des marchandises qui voyagent, il y a aussi des informations : quand il y a un tsunami à l’autre bout de la planète, on a de la compassion pour eux. Être « citoyen du monde », c’est ça, se sentir solidaire de ce qui se passe à l’autre bout du monde, ce n’est pas juste acheter des voitures et vendre des trucs. C’est la situation d’aujourd’hui. C’est aussi le résultat des élections. On est obligé d’intégrer le voyage, même si on n’aime pas les immigrés, il y a quelque chose qui fait que les français vont ailleurs et les étrangers viennent ici et que c’est comme ça. Il n’y a pas à dire qu’on aime ou qu’on aime pas, c’est comme ça. Le monde est ouvert, et je préfère la circulation humaine à la circulation des marchandises. Y’a pas que les télévisions et les téléphones qui voyagent. Et ça ne date pas d’hier ! Quand on essaye de nous faire croire que c’est depuis 2 ans, 10 ans… La Gaule décrite par César était déjà un pays de mélange.

Dans votre cinéma, c’est toujours la jeunesse qui voyage, clairement le « voyage forme la jeunesse ». Comment est-ce que vous percevez ça ? Est-ce que c’est une volonté ou un phénomène constaté ?

Je le constate parce que sur ce film-là, je devais parler de la Bourgogne et je me suis rendu compte en me documentant sur le métier de vigneron d’aujourd’hui qu’un jeune de moins de 30 ans est forcément allé ailleurs. Il a été dans une autre région en France, ou à l’étranger : en Californie, en Afrique du Sud, en Australie, … C’est réel. Il y a un lycée viticole à Beaune, je pense que 90 % des jeunes qui en sortent vont faire un stage de 6 mois minimum, ailleurs. Ce qui était important pour moi sur ce film, c’était de ne pas mentir. Il y a la notion de territoire, de régionalisme, mais aussi d’ouverture sur le monde. C’était une marque contemporaine.

Vous disiez que la recherche documentaire avait été importante vu que vous ne connaissiez pas bien ce milieu. Est-ce que ça a été l’une des difficultés de votre travail sur ce film ?

C’était une des difficultés, un peu le même genre que pour Ma Part du Gâteau : il fallait que je rencontre et que je connaisse le monde de la finance. Moi, je n’étais pas du tout au fait de ce monde-là, il a fallu que je fasse un travail de journaliste avec un système d’enquête, d’interview… Là, c’est pareil, j’ai interviewé une trentaine de vignerons, j’ai parlé avec beaucoup de gens, des gens qui travaillaient en bio, quels arguments ils avaient chacun… Je ne pouvais pas aborder ce film sans me documenter, et pas qu’avec des livres ou des documentaires. C’était beaucoup en parlant et faisant des repérages. Donc oui, beaucoup de travail de documentation en amont.

Comment en êtes-vous venu à travailler avec ces trois acteurs : Pio Marmai, Ana Girardot et François Civil, qui forment le cœur du film, et qui n’avaient jamais travaillé ensemble ?

Moi, c’est presque ce qui m’intéresse dans le cinéma : la magie du casting. C’est pour moi ce qui a été le cœur de la série Dix pour cent : elle parle des acteurs. C’est pour ça que j’avais accepté de travailler dessus en en faisant le casting. C’est difficile d’expliquer parce que c’est quelque chose d’un peu intuitif, de magique. J’avais envie de travailler avec Pio parce que je sentais qu’il fallait que je fasse quelque chose avec lui, il y avait une forme de complicité quand je le rencontrais. Je me suis demandé qui pourrait être son frère. J’étais alors sur Dix pour cent sur laquelle j’ai rencontré François Civil, je me suis dit qu’il aurait pu. On a fait un essai et ils se sont super bien entendus. Ce n’était même pas un casting, plus la vérification de quelque chose d’intuitif. J’avais déjà envie de travailler avec Ana Girardot que j’avais rencontré lors du casting pour Ma Part du gâteau. On a vu plein d’actrices et c’était celle qui se mariait le mieux avec ces deux frères. Ça s’est fait petit à petit. Dans un film comme ça, on ne peut pas choisir une personne parce que c’est un bon acteur, il faut choisir les gens par rapport à l’alchimie qu’ils forment entre eux. Là je voyais qu’il se passait un truc entre eux, quelque chose de magique, de particulier. Ça s’est confirmé au fur et à mesure puisque le tournage : douze semaines pendant douze mois, 4 tournages pour les 4 saisons, de fait, ils ont travaillé ensemble pendant un an.

En tant que producteur, est-ce que vous portez un regard optimiste ou pessimiste sur l’état de l’industrie du cinéma en France aujourd’hui ?

Ce qui est drôle, c’est que quand j’étais étudiant, les gens parlaient de la mort du cinéma. Ils disaient que c’était fini. C’était dans les années 1980, et quand vous avez 20 ans et que votre professeur vous dit que c’est bientôt fini, c’est assez flippant. Du coup, j’ai appris que tous les 10 ans on vous annonce que ce métier est en crise et en voie de disparition, ainsi que le cinéma – alors qu’encore l’année dernière, on a battu des records en termes d’audiences. C’est fou à quel point on pense que c’est fini, que là en ce moment les séries télé prennent le dessus, qu’internet prend le dessus… mais le cinéma est toujours là. Je ne suis pas pessimiste, je sais que le cinéma va évoluer que ça évolue très très vite ces derniers temps. D’une certaine façon, j’ai eu beaucoup de chance d’être un réalisateur dans la fin des années 1980 et début 1990 parce que c’était une bonne période pour être un jeune réalisateur. C’est peut-être moins facile aujourd’hui. Mais je vois qu’il y a une relève actuellement, des jeunes super doués, donc qui feront des films que les gens iront regarder ! Je suis optimiste pour ça. On en a pas fini avec ce médium de la même façon qu’on en a pas fini avec l’opéra ou le théâtre. L’opéra, ça fait des milliers d’années qu’on dit que c’est sur la fin. Je pense que les choses restent. Le violon est un vieil instrument, mais il est toujours là.

Vous parliez des évolutions de la pratique du cinéma, par exemple avec les séries ou internet. Aujourd’hui, il y a une vraie problématique autour d’acteurs comme Netflix et de leur capacité de financement des films, qui leur permet d’imposer leur vision – comme celle de ne plus sortir les films en salle directement. Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que cela change votre regard sur les films en tant que réalisateur ou en tant que producteur ?

Oui, bien sûr. Après, justement, j’ai fait une série télé et des longs-métrages. Je ne les fais pas dans la même optique. Je vois bien que travailler pour une chaîne de télé ou pour le cinéma, ce n’est pas la même partie du cerveau qui travaille. Je pense que quand on consomme, quand on va au cinéma, et quand on regarde une série télé chez soi, ce n’est pas le même regard non plus. On n’attend pas la même chose en tant que spectateur. Je comprends la logique de Netflix, après je n’ai pas envie que le cinéma dans une salle ne se perde. C’est une émotion qui est vraiment différente, par rapport à un ordinateur ou une télévision. Il y a vraiment une idée de partage. Je vois bien qu’avec Ce qui nous lie, le fait de le voir en vidéo ou de le voir dans une salle avec des gens, il y a quelque chose qui porte – que ce soit les moments tristes ou les moments comiques, les choses sont décuplées. Ce n’est pas juste ce qu’il y a sur l’écran, la qualité du son, de l’image… Ça, il faut essayer de le préserver. En France, on a une politique qui aide à protéger la salle, avec la chronologie des médias. C’est un combat : chacun doit trouver sa place, il y a une place à trouver pour les nouveaux entrants.

Est-ce qu’on pourrait voir cela comme le plus grand changement qu’ait connu l’industrie entre le moment où vous avez commencé et maintenant ?

Non, parce que le grand changement pour moi a été l’explosion des chaînes de télé. J’ai grandi avec une chaîne, puis trois chaînes et quand j’avais entre 16 et 18 ans, il y a eu plein de chaînes de télévision, dont Canal+. Ça a été une révolution. On ne sait pas encore dire à quel point ça a été important. Il y a eu un moment vers la fin des années 1980 où la télé est venue sauver le cinéma. L’exemple de ça, c’est le cinéma italien. C’était le meilleur du monde, ils n’ont pas eu la politique culturelle qu’on a eu en France, ils ont perdu le cinéma. A partir de la fin des années 1980, il n’y avait plus de cinéma italien. Il y a toujours Nanni Morreti, Paolo Sorrentino, de grands réalisateurs. Mais dans les années 1950, 1960 et 1970, il y avait 50 réalisateurs italiens et avec de très très grands films. On voit que ce qu’a fait Berlusconi en Italie et ce qu’on a fait en France avec Jack Lang, comment on a obligé les chaînes de télévision à investir, ça a sauvé le cinéma français. Parce qu’il avait besoin d’être sauvé pour plein de raison : face au cinéma européen et américain. Il y a de nouveau un risque par rapport à Internet, à la mondialisation, et à plein d’autres choses. Il faut inventer un acte politique – je crois beaucoup à ça – qui préserve les choses qui ont existé jusqu’à présent. Il faut être inventif, dans les fictions, mais aussi en politique. En France, il n’y a eu que deux ministres de la culture : Jack Lang et Malraux, les deux qui ont inventé des choses. Sans Malraux, il n’y aurait pas le CNC, pas le fond de soutien, l’avance sur recettes… C’est grâce à des actes comme ça que le cinéma existe.

Est-ce que vous avez une idée de l’acte qu’il faudrait faire en réponse à ces évolutions ?

C’est évidemment plus complexe aujourd’hui parce que la solution ne peut plus être juste nationale. C’est forcément une solution internationale. Pas seulement européenne : Netflix, ce n’est pas européen. Je pense que c’est quelque chose qui va se mettre en place parce que les gens qui sont dans la logique d’internet (Youtube, Google, Netflix ou Amazon) vont avoir besoin de contenus. Il y aura un moment où le financement des films qui reste énorme – même pour eux – où tout va se « caler ». C’est encore un flou artistique, il y a plein de choses à gérer, comme le piratage. Des choses se mettront en place, on est encore au tout début de la VoD par exemple. A mon avis, la VoD va forcément évoluer et prendre le dessus sur le DVD, qui disparaîtra. Ce sont des évolutions évidentes, de la même façon que la musique en ligne a pris le dessus sur le CD. Il y a des choses qu’on peut visualiser, et des choses qu’il faudra règlementer, encadrer… C’est pour ça que je ne peux pas totalement répondre à la question. Il y a plusieurs choses qui se mélangent. L’utilisation que l’on fait d’internet, de la télévision ou des salles de cinéma, sont liées, mais il faudra arriver à règlementer toutes ces façons de voir des films.

Ce serait donc d’abord une réponse politique avant d’être une réponse de l’industrie ?

C’est les deux en fait. Quand je dis que Jack Lang a eu le bon acte politique, c’était en parlant avec des industriels. Quand il y a eu l’invention de Canal+ et du décodeur, c’est une solution industrielle, qui est aussi une solution juridique, et qui trouve sa place entre la télé et le cinéma. D’un coup, cette solution industrielle, politique et juridique amène à un renouveau ou en tout cas à un essor du cinéma.

La réforme préparée par le CNC de la chronologie des médias résoudrait-elle le problème ?

Je pense qu’on est obligé de résoudre cette question. Chaque pays la résout de manière différente. Aux États-Unis, ils la résolvent de manière très différente. Nous avons en France un historique. On voit bien le conflit Netflix qu’il y a eu à Cannes. Les exploitants, les gens qui passent les films dans les salles, ont besoin d’être protégé, et donc de trouver une règlementation qui satisfasse tout le monde. Il y a différentes industries en fait, là.

Dernière question : est-ce que vous avez des idées pour votre prochain projet ?

Oui ! (rire) En fait je suis en train d’écrire un long-métrage et une série télé : je ne me suis pas encore sorti de cette ambivalence. C’est drôle, parce que j’écris les deux en parallèle et c’est vraiment deux façons de penser très différentes. C’est assez schizophrène de faire les deux à la fois. Mais c’est vraiment encore de l’écriture, donc j’attends que ce soit un peu plus concret avant d’en parler.

Ce qui nous lie sortira en salle le 14 juin 2017.

Nos remerciements à Cédric Klapisch pour le temps qu’il nous aura consacré, ainsi qu’aux équipes de Studio Canal et d’UGC Confluence.

Interview de Mathieu Gallet (Radio France) et de Sandrine Treiner (France Culture)

Le 21 mai dernier ont été remis les prix France Culture – Cinéma au festival de Cannes à Sébastien Laudenbach pour son premier long-métrage La Jeune Fille Sans Mains, ainsi qu’à Costa Gavras pour sa carrière. Nous ainsi avons pu discuter avec Mathieu Gallet, président de Radio France, et avec Sandrine Treiner, directrice de France Culture, des enjeux liés à ces prix ainsi qu’à la place de la jeunesse et au cinéma sur leurs antennes.


Mathieu Gallet


Un jury d’étudiant vient de remettre un prix à Sébastien Laudenbach pour son premier long-métrage, La Jeune Fille sans Mains. Quelle est l’importance pour Radio France que ces étudiants puissent remettre un prix au Festival de Cannes ?

Mathieu Gallet : Pour nous, c’est l’occasion de faire participer un jeune public, de jeunes auditeurs de France Culture à la remise d’un prix à un des éléments, un des arts constitutif de notre antenne qu’est le cinéma. Sur France Culture c’est très important, comme globalement sur toutes les antennes de Radio France puisqu’on soutient plus de 130 films par an sur tout Radio France. L’idée de faire remettre un prix par des étudiants, c’est vraiment l’idée d’une transmission. 

Le fait de remettre un prix à la fois à un jeune cinéaste et à un cinéaste expérimenté, c’est aussi une manière pour les étudiants de rencontrer une certaine idée de l’industrie ?

Mathieu Gallet : Il y a une considération pour un cinéma qui est déjà inscrit dans l’Histoire et un cinéma plus en devenir, oui.

Est-ce que ça a encore du sens de remettre un prix à Costa Gavras après toutes ces années ?

Mathieu Gallet : C’est quelqu’un qui a un filmographie impressionnante et qui continue à créer. C’est aussi une histoire qui continue !


Sandrine Treiner

 

Pourquoi c’est important pour France Culture que vous organisiez une remise de prix par des étudiants ? Quelle relation voulez-vous entretenir avec eux ?

Sandrine Treiner : En fait, il y a deux raisons pour lesquelles c’est très important. La première, je pense que dans les missions de service public, il y a la diffusion des cultures et des savoirs, mais il y a aussi sa transmission. C’est une évidence de s’adresser aux nouvelles générations, et de faire en sorte qu’elles se réapproprient à leur façon, avec leurs propres codes ce qui se fait de mieux en matière de culture aujourd’hui. La deuxième raison, d’une certaine façon je pourrais dire que c’est la survie de nos médias : pourvoir être attractif pour les jeunes générations. La radio est en train de changer. Sur les 13-24 ans, aujourd’hui, c’est devenu un média numérique. Pour la plupart, ils écoutent non pas la radio mais les contenus sonore produits par la radio en y accédant par les réseaux sociaux, les sites internets, les podcasts… Donc c’est à nous de continuer à faire évoluer la radio, de telle sorte qu’elle devienne leur média vu qu’un jour nous ne serons plus là et qu’ils seront à notre place !

C’est aussi une manière pour ces jeunes de rencontrer des cinéastes accomplis et reconnus et des gens de l’industrie du cinéma. N’est-ce pas aussi une manière d’être à l’origine d’une nouvelle génération du cinéma français ?

Sandrine Treiner : Oui, il y a cette idée-là : de mettre en relation la nouvelle génération de cinéaste avec la nouvelle génération de spectateurs. Toute l’idée du prix – qui existe aussi pour la littérature – c’est de proposer aux jeunes gens, aux étudiants, de voir des films. Et d’une certaine façon, le lauréat y gagne, mais le plus important, c’est que vous puissiez voir des films. D’amener des films intéressants, innovants, de les amener jusqu’aux jeunes.

Est-ce que France Culture, dans son soutien aux films qui sortent, prend en compte dans sa ligne éditoriale la jeunesse ?

Sandrine Treiner : En fait, France Culture est une radio qui est faite par des gens qui sont très jeunes. Au micro, il y a quand même les producteurs de 3 ou 4 émissions quotidienne qui ont 30 ans. Dans les équipes, c’est plein de jeunes, qui sortent d’études. Je ne me dis pas qu’il y a la radio et il y a les jeunes. C’est une radio qui est faite par des gens de toutes les générations mais avec un véritable renouvellement. Je n’ai pas le sentiment que nous soyons extérieurs à la jeunesse. D’une certaine façon, on est dedans.

L’évolution de la manière de regarder les médias et de s’en servir, notamment depuis une dizaine d’années avec internet, remet en question notre rapport à ceux-ci.

Sandrine Treiner : Totalement, et nous ne faisons plus du tout la radio comme avant ! Aujourd’hui, quand nous concevons la grille, je pense dans le même temps à ce que ça sera pour la radio, et ce que nous proposerons sur Facebook, Twitter, ce qui sera filmé comme la remise du prix étudiant France Culture aujourd’hui qu’on mettra sur Youtube… Je ne sais pas si nous sommes suffisamment en phase, mais en tout cas, la mutation nous l’avons faite.

Est-ce que la nouvelle ministre de la culture, madame François Nyssen, a un rôle à jouer dans ces évolutions ?

Sandrine Treiner : Je pense que la problématique que nous venons d’aborder concernant la radio est une problématique qui concerne la culture de manière globale. On observe aucune diminution des pratiques culturelles, simplement, ces pratiques culturelles ne passent plus par les mêmes actes qu’avant et donc pose des problèmes de financement de la culture. Mais ce ne sont pas les pratiques culturelles qui souffrent en tant que tel. Le monde a tout autant besoin de culture et de connaissance qu’avant, c’est un fait anthropologique.

Qu’est ce que vous attendez d’elle concrètement ?

Sandrine Treiner : Nous savons qu’avec elle nous allons continuer à opérer les modifications, les changements dont nous avons besoin dans nos propres pratiques pour pouvoir continuer à diffuser par la radio ou autrement la culture, parce que c’est une question de service public et de ce qui se fait de mieux dans notre pays. On voit bien que la culture et la connaissance sont les deux vecteurs qui nous font éviter le chaos.

Interviews réalisées le 21 mai 2017 au Festival de Cannes. Remerciements à Mathieu Gallet et à Sandrine Treiner, ainsi qu’à Adrien Lavandier (France Culture) et aux équipes d’UniFrance.

Rencontres avec les anciens lauréats [3/3] – Malou Six et Cassandre Léonard

Cet entretien est le dernier d’un ensemble de trois durant lesquels nous avons eu la chance de retrouver les lauréats de la première édition du Festival du Film Jeune. Nous leur avons posé quelques questions sur eux et le festival…

Candela, réalisé par Malou Six et Cassadre Léonard dans le cadre de l’option cinéma du Lycée de Saint-Just, a reçu durant la première édition le LYF d’or du meilleur espoir.

Bienvenue sur le blog du Festival du Film Jeune ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Cassandre : Moi c’est Cassandre, j’ai 18 ans. Quand on a fait le film, j’étais en Terminale option cinéma au Lycée Saint Just, et maintenant je suis en école d’art à Emile Cohl.

Malou : Je m’appelle Malou, j’ai 18 ans aussi. J’étais aussi en option cinéma quand on fait le film. Maintenant, je suis en prépa littéraire à Edouard Herriot. Le film a été fait en option facultative, pour le bac, comme étant notre projet de fin d’année. On en était toutes les deux les réalisatrices.

Comment est-ce que tu résumerais ton film ?

Cassandre : Hum… Une recherche esthétique sur la mise en scène et la lumière a travers le parcours d’un homme dans sa journée.

Malou : Pas mal. (rire)

Comment tu as appris l’existence du festival ? Pourquoi avoir envoyé ton film ?

Malou : Par les organisateurs du festival, qui étaient en partie du même lycée que nous et dans notre option cinéma, à une année d’écart. On se connaissait de vue. On a appris qu’ils organisaient un festival, et qu’ils conviaient les étudiants à envoyer leurs films.

 

Qu’est ce que tu retiens du festival du film jeune de l’année dernière ?

Malou : Le prix, je pense. On s’y attendait pas trop je crois, donc on était contente. J’ai pas pu assister à toutes les séances, je n’ai pas vu tous les films. Mais à la clôture ils ont repassé les films primés, j’ai pu en découvrir des intéressants.

Cassandre : Je n’avais pu assister qu’à la cérémonie de clôture, mais j’ai bien aimé les films primés aussi.

Qu’est ce que le festival apporte selon toi à celui qui présente son film ?

Cassandre : Je dirais d’être vu par des gens extérieurs, vu que quand on fait des films en étant amateur, les premières personnes à qui on les montre c’est son entourage, du coup, ce n’est pas la même chose qu’un public totalement extérieur. En plus, comme on a gagné un prix, c’était extrêmement gratifiant. C’était une super bonne expérience pour nous.

Qu’est ce que ça fait de recevoir un prix pour le film sur lequel tu as travaillé ?

Malou : Inattendu ! C’était cool, ça permet de se dire que ce qu’on a fait a un peu de valeur. Par rapport à tout le travail qu’on a fourni, c’était une récompense.

Qu’est ce que ça fait d’avoir son film sur l’affiche d’un festival ?

Cassandre : C’est bien aussi parce que justement quand on résumait le film, on disait que c’était un film esthétique. Le fait que l’esthétique du film puisse faire l’affiche du festival, ça nous prouve que la visée a été un peu accomplie.

 

Nos remerciements à Malou Six et Cassandre Léonard, ainsi qu’à la Maison des associations de l’Université Lyon 3 de nous avoir accueilli.

2017, année Lynch ?

Les cinéphiles avaient perdu la trace de David Lynch depuis la sortie en 2006 de son dernier long-métrage, Inland Empire, long film expérimental où l’artiste semblait découvrir avec jubilation les caméras numériques DV, comme, dans un autre style, son comparse Alain Cavalier en France.

Lynch se consacrait depuis à tous les autres projets qui lui sont chers et qui font qu’on a plus tendance à le nommer artiste au sens large du terme que plus spécifiquement cinéaste ; peintures, photographie (son œuvre, notamment la magnifique série réalisée dans des usines, est à découvrir sur son site : http://www.davidlynchphotography.com/) et même musique (auteur de deux très bons albums de blues-rock à tendance expérimentale, que je conseille vivement), …

Les cinéphiles en étaient réduits à désespérer de découvrir ses introuvables courts-métrages, ainsi qu’à se refaire l’intégralité de ses longs-métrages…

En février 2017 est sorti, malheureusement trop discrètement, un documentaire sur l’artiste, explicitement intitulé David Lynch : The Art Life. Quoique passionnant pour quiconque s’intéresse à l’homme et souhaite en apprendre plus à son sujet et le découvrir dans son intimité, ce documentaire laissait pourtant dans les bouches le goût amer de l’hommage. David Lynch était dorénavant un cinéaste du passé, un artiste vieillissant et retiré, désabusé par le monde du cinéma américain que ses films critiquent âprement et dans lequel il aura été un ovni rafraîchissant.

« David Lynch était… » « Il aura été… »

Voilà que le cinéphile se met à penser à Lynch au passé, à dresser des conclusions sur une œuvre qu’il se dit finie et qu’il n’y aura plus qu’à l’étudier rétrospectivement…

Une interview donnée il y a un peu plus d’un mois au quotidien australien The Sydney Morning Herald aura tôt fait de confirmer les craintes : « Oui. » répond-il clairement à la question « Inland Empire sera-t-il votre dernier film ? ».

C’en est donc fini de Lynch ?

Il en semblerait bien au contraire que Lynch n’ait jamais été autant sur le devant de la scène que ces derniers temps.

On sait tout d’abord bien qu’un buzz accompagne souvent les propos d’un artiste lorsque celui-ci annonce sa retraite : Steven Soderbergh, Hayao Miyazaki, Joaquin Phoenix … beaucoup sont déjà passés par là, et l’on a rarement autant entendu parler d’eux depuis.

Il faut d’ailleurs relativiser ; David Lynch a été encore une fois mal compris par les médias : « Mes remarques ont été mal interprétées. Je n’ai pas dit que quittais le cinéma. J’ai simplement expliqué que personne ne savait de quoi demain serait fait. » a-t-il déclaré sur le site internet du festival de Cannes il y a moins de deux semaines. On peut donc se rassurer.

Lynch n’a donc jamais été autant sur le devant de la scène : la sortie de la saison 3 de sa série cultissime Twin Peaks, présentée au festival de Cannes cette année, y est pour beaucoup. Adulé en partie pour ce passage à la télé, Lynch prend le pari risqué de revenir 25 ans après sur les terres hallucinées de la série qui lui valut la reconnaissance internationale, et de reprendre contact avec les fans, laissés orphelins depuis 1992 avec la sortie du film préquel Twin Peaks : Fire Walk With Me, qui avait profondément divisé le public et frustré plus d’un fan de la série.

Film qui d’ailleurs profite de l’élan autour de son réalisateur pour se permettre une superbe remasterisation 4K et une ressortie en salle, aux côtés d’un autre classique, Eraserhead, le premier long métrage du cinéaste, sorti en 1977 aux Etats-Unis.

Cela accompagné d’une ressortie, dans le cadre du programme UGC Culte, de Mulholland Drive, son avant-dernier film, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2001, et bijou cauchemardesque porté par la grâce d’un cinéaste à son meilleur, ainsi que de la diffusion du trop rare du souvent oublié Une Histoire Vraie sur TCM, chaine qui, encore une fois, permet de vraies (re)découvertes.

 

Alors, 2017, année Lynch ?

[Cannes 2017] How to Talk to Girls at Parties de John Cameron Mitchell

Hors-compétition

Si le nom de John Cameron Mitchell ne vous dit rien, c’est que vous n’avez vu ni Hedwig and the Angry Inch, sorti en 2001 dans lequel le réalisateur lui-même jouait le rôle d’un rockeur trans-sexuel ou le très sulfureux Shortbus, présenté à Cannes en 2006, très remarqué à cause de ses scènes de sexe non simulées. Et il nous semblait important de vous en rappeler l’existence pour aborder son nouveau film, présenté en hors-compétition à Cannes : How To Talks to Girls at Parties, réunissant notamment Elle Fanning (SomewhereThe Neon Demon,…) et Nicole Kidman (faut-il la présenter?), et dans lequel il continue son étude quasi-anthropologique de la sexualité.

L’enjeu du film était en effet (comme dans ses autres films) de parler directement à la jeunesse – de manière moins polémique ici – en opposant dans l’Angleterre des années 1970 les mouvements punk et… des extraterrestres. Enn (Alex Sharp) n’est qu’un adolescent à tendance punk ordinaire de son époque, écoutant Sex Pistols, qui découvre une nuit avec des amis une maison remplie d’êtres mystérieux. Parmi eux, la jeune Zan (Elle Fanning) décide de fuir avec lui. Les personnages de Zan et de Enn sont d’ailleurs construits, malgré les apparences, de la même manière : ils refusent l’autorité venant d’une personne leur étant supérieure. Autrement dit, ils cherchent à s’émanciper de cette cellule « parentale » (le personnage de Zan n’ayant pas véritablement de parents à proprement parler) et cela passe par une histoire d’amour entre eux. De la même manière, toute une découverte de la sexualité est associée aux extraterrestres et aux punks. Les premiers traumatisent d’ailleurs l’un des personnages principaux en lui faisant découvrir le plaisir rectal et on peut voir Elle Fanning embrasser une autre fille durant une scène de concert punk.

La musique punk est d’ailleurs aussi caractéristique d’une recherche esthétique de cette émancipation : la baisse de la fréquence d’images dans la scène introductive revient à parler de cette jeunesse qui se croit tout permis, comme de jeter des détritus sur un mur avec inscrit de ne « rien jeter ici ». On soulignera aussi la qualité du travail de la célèbre costumière Sandy Powell (ayant travaillé pour Scorsese notamment), qui propose des tenues d’extraterrestres colorées et farfelues remarquablement applaudies dans le Grand Théâtre Lumière de Cannes. Un film que l’on ne peut que vous conseiller fortement, malgré une fin en demi-teinte (qu’on ne spoilera pas ici). Oh, et Nicole Kidman en chanteuse punk, même si c’est aberrant, ça a le mérite de rester quelque chose de saisissant.

NB : le film n’est pas au format 4/3 comme la bande annonce le suggère.

Le film n’a pas encore de date de sortie en France.

Le Festival du Cinéma Chinois en France 2017 dévoile sa programmation lyonnaise

Le Festival du Cinéma Chinois en France (FCCF) organisera sa 7e édition la semaine prochaine à Lyon. Ce sera l’occasion de découvrir quelques films chinois ayant marqué l’année qui s’est écoulée. Malgré l’importance prise par le marché sinophone, rares en sont les productions qui arrivent jusqu’à nous. Le FCCF s’avère donc l’unique occasion de découvrir certains d’entre eux. Si tous les films de la programmation ne passent pas à Lyon, le Pathé Bellecour et le cinéma Les Alizés (dans le cadre de son ciné-club chinois) en proposeront une petite sélection.

 

 

Pathé Bellecour proposera ainsi sur deux jours, d’abord le samedi 10 juin la grosse production de Dante Lam Opération Mékong, puis Chongqing hot pot de Yang Qing, une comédie noire ayant fait l’ouverture du dernier festival du film de Hong Kong. Le lendemain seront présentés le film d’animation Big Fish and Begonia (à quelques jours de sa présentation au Festival du film d’animation d’Annecy dont nous vous reparlerons) et Journey to the west : the Demons strike back, produit et écrit par Stephen Chow (l’excellent Shaolin Soccer) et réalisé par Tsui Hark, sans doute l’un des plus grand cinéastes hongkongais (Il était une fois en ChineThe BladeTime and TideLa Bataille de la montagne du tigre,…).

Les Alizés (Bron) proposeront Crosscurrent le jeudi 15 juin, primé à Berlin en 2016 pour le travail de l’immense directeur de la photographie Mark Lee Bing Ping (ayant travaillé pour Hou Hsiao Hsien notamment).

 

 

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du festival et des salles organisatrices (Pathé Bellecour et Les Alizés).

[Cannes 2017] Vivre le Festival de Cannes… depuis Lyon !

Comme il est de coutume de dire à quel point le festival semble éloigné des simples cinéphiles, Cannes se délocalise désormais durant le mois de juin dans notre douce ville, loin du brouhaha et des tracas propres à un événement d’une telle ampleur. En résumé, Cannes se délocalise. Le Comoedia d’abord, propose une sélection du 7 au 13 juin 2017, suivi du 14 au 20 juin au cinéma Lumière Terreaux (ex-CNP Terreaux).

 

Comœdia

Quelques mots sur la sélection du Comœdia qui s’offre de belles projections issues de plusieurs sélections : à la fois trois films de la compétition officielle (incluant le prix du jury Faute d’Amour du russe Zvyagintsev, le nouveau film d’Hazanavicius consacré au Godard de 1968, Le Redoutable), mais aussi le nouveau film de Laurent Cantet (Palme d’Or 2008 pour Entre les murs, avec L’Atelier tiré de la sélection Un Certain Regard). Seront aussi présentés entre autres le documentaire d’Agnès Varda et JR Visages, Villages (Hors compétition), le nouveau film de Claire Denis, Un beau soleil d’intérieur, avec Juliette Binoche (Quinzaine des réalisateurs, Prix SACD).

Première vague – Comœdia – 7 au 13 juin

 

Cinémas Lumière

C’est à domicile que viendra présenter le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux plusieurs films tirés de la sélection officielle. Il présentera ainsi le nouveau film de Mathieu Amalric, ayant fait l’ouverture du Certain Regard (Barbara), ayant reçu un prix à la formulation unique qu’est « prix de la poésie du cinéma » et présentera aussi Mise à mort du cerf sacré, ayant reçu le prix du scénario. On ne peut que vous conseiller le magnifique Vers la Lumière de Naomi Kawase et de découvrir par vous même le dernier Michael Haneke, Happy End. Sera aussi présenté le film ayant reçu la Caméra d’or : Jeune femme, de Léonor Serraille.

Festival de Cannes aux Cinémas Lumière – 14 au 20 juin