[Cannes 2017] La polémique Netflix : que devient le cinéma ?

Après l’annonce du palmarès, ce dimanche soir, il m’est apparu important de revenir sur une question importante qui n’avait été que soulevée, résolue à la hâte et à laquelle en tous cas aucune réponse n’avait été donnée : celle de la présence de films Netflix sélectionnés en compétition.

Tout commence avec l’annonce de la sélection officielle le 13 avril : deux films produits par le géant américain de la VOD Netflix, respectivement Okja, du coréen Bong Joon-ho, et The Meyerhowitz stories, de Noah Baumbach sont sélectionnés par le Festival.

Dans la foulée, la Fédération nationale des Cinémas Français – la fameuse à l’origine du Printemps du Cinéma ou d’autres manifestations – a réagi en s’étonnant que  » le conseil d’administration [du Festival] dont elle est membre n’ait été consulté  » à propos de la sélection des deux films produits par Netflix. La FNCF allait même jusqu’à s’interroger sur l’épineuse question que j’ai choisi de traiter :

Et qu’en sera-t-il demain, si des films du Festival de Cannes ne sortaient pas en salles, remettant ainsi en cause leur nature d’oeuvre cinématographique ?

En effet, hors de la salle le cinéma existe-t-il vraiment ? Ou est-ce plutôt une certaine vision que l’on se fait du cinéma, qui est tant un lieu qu’un art, avec ses adeptes, ses passants, … Mais à l’inverse ne devons-nous pas revoir les réglementations et la chronologie des médias, fondements de l’exception culturelle du cinéma français, pour coller au mieux à la cinématographie, son monde, son univers.

Le cinéma comme lieu

Le cinéma, autant qu’il est un art, est un lieu. C’est d’ailleurs le seul art qui peut se vanter d’avoir un seul mot pour désigner tant les œuvres qui s’y rattachent que le lieu dans lequel on les voit. On ne dit en effet pas qu’on va à la musique pour écouter des œuvres sonores, ou à la peinture pour admirer des toiles.

Pour définir ce lieu si particulier, je prendrai l’exemple que Jean-Pierre Sougy utilise et qui m’a beaucoup plu : la salle de cinéma, c’est un peu comme une église. C’est en effet un lieu de communion sociale avant tout, les individus s’y retrouvent, dans des rangs épars pour regarder et assister pendant une heure ou deux à un même message, délivré par un artiste qui s’impose donc comme un interprète entre une réalité supérieure et les femmes et les hommes venus s’enrichir de nouvelles images et de nouvelles expériences.

De plus, comme l’Eglise, la salle de cinéma possède une sociologie particulière : elle peut être composée tant de néophytes, de passants occasionnels, que d’illustres éclairés, les cinéphiles, qui viennent au cinéma souvent seuls car personne ne veut gâcher un film par leurs commentaires incessants, ils sont habillés dans leurs longs manteaux noirs et gribouillent sur leur carnet pour préparer le prêche qu’ils tiendront à l’issue de la séance.

Si je voulais chercher davantage dans la comparaison, je dirais même que de la même manière que les mariages se forment à l’Eglise, des couples se forment souvent au cinéma, lieu propice car il nous enlève au réel pendant quelques instants, nous plonge dans une obscurité intime et envoûtante, naturellement favorable à l’élévation vers d’autres cieux sentimentaux.

Video Killed the Radio Star, Julia Chapot, 2016

Le cinéma comme art visuel

Le cinéma au delà de la salle reste un art qui pourrait être défini assez fidèlement par une superposition d’images et de sons. Certains pourront ne pas être d’accord avec cette définition, mais comme président du Festival du film Jeune de Lyon, j’ai été amené à constater que le cinéma n’est pas seulement une vidéo avec une histoire. Evidemment, le cinéma doit cependant toujours raconter un message, là aussi je reprendrai une citation bien connue sur la question :

Le cinéma c’est dire le vrai, avec du faux.

Comme tous les arts, le cinéma est un messager entre une vérité supérieure et le commun des mortels. Cette vérité supérieure est portée par ceux qui créent le film, et interprétée par les comédiens ou les personnes qui y figurent.

Evidemment aussi, il y a toujours cette distinction un peu présomptueuse entre le cinéma, et la vidéo, la deuxième étant nettement inférieure en qualité au premier. Pour reprendre cette fois Claude Duty, je pense vraiment que le cinéma existe dès qu’il y a l’intention de faire passer une idée, un message au moyen d’une création mêlant sons et images. 

Naturellement, la Fédération des Cinémas Français considère que la nature cinématographique d’une oeuvre est conditionnée par sa sortie en salle. Mais alors, Okja de Bong Joon-ho (réalisateur également du génial Transperceneige) ne serait pas du cinéma seulement parce qu’il ne sera pas visible en salles ? Cette condition est compréhensible, mais à mon sens trop restrictive et d’un autre temps.

Qu’est-ce que le cinéma aujourd’hui ?

C’est en effet une question qui se pose : à l’ère de la révolution numérique que nous connaissons depuis voilà une dizaine d’année. Rien que dans le Festival du film Jeune de Lyon, pour sa première édition, le cinéma que nous avons reçu, produit par de jeunes lyonnaises et lyonnais était considérablement innovant et dynamique. Il est aujourd’hui aisé de faire un film, ne serait-ce qu’avec un téléphone et une application de montage vidéo, pour une qualité presque équivalente au premier coup d’œil à du matériel professionnel.

Dans la catégorie si particulière du film jeune, particulière tant au niveau de son niveau de professionnalisme parfois, que par son innovation insouciante, ou son goût du risque inégalable, la distinction entre une vidéo et un court-métrage (du cinéma, donc) se fait également : la vidéo sera généralement comique, tournée vers un public restreint et déterminé (une bande d’amis, la famille, …) quand le cinéma sera adressé justement à n’importe quelle personne capable de voir des images.

Pour revenir à ma comparaison avec l’Eglise, le cinéma a de cette comparaison le côté universaliste. Il nous est arrivé à tous, lors d’un échange scolaire international d’aller au cinéma dans une langue étrangère, ou au moins de regarder un film sans possibilité de traduction ou de compréhension. Les images, et le cinéma ont de cela la faculté d’être internationaux et de parler à tous, dans toutes les langues.

Le cinéma, c’est avant tout des images, un message, quelque soit le support, et quelles que soient les conditions dans lesquelles on les reçoit.

Elevé par la rue, Martin Gadiolet et François Rozel, 2016

Quel avenir pour le cinéma français ?

Aujourd’hui en effet, Netflix pose problème. Avec la chronologie des médias, sans cesse décriée par les acteurs du cinéma, l’opérateur n’a aucun intérêt à diffuser son film en salles, ce qui l’empêcherait de le diffuser à ses abonnés avant … trois ans !

Pour autant, Netflix, en s’imposant de plus en plus comme un producteur de cinéma de qualité (Okja, de Bong Joon-ho évidemment, mais également un tournage en cours d’un film de Martin Scorcese), ne devrait pas être exclu du Festival international du film de Cannes, qui se priverait alors, pour des raisons qui apparaîtrait comme reposant sur des principes idéologiques uniquement, de films de qualité reconnue.

La véritable solution repose entre les mains de la législation française et plus largement des politiques publiques culturelles. Il faut évidemment un renouvellement de la chronologie des médias qui tienne compte des nouveaux acteurs tels que Netflix, non pas en leur imposant des règlementations strictes qui les feront fuir, mais en adaptant et en modelant l’exception culturelle du cinéma français à leurs intérêts, de sorte à conserver un marché du cinéma dynamique et reconnu.

Je pense donc en conclusion avec espoir que les générations que nous sommes, celles qui font le cinéma jeune d’aujourd’hui, bénéficieront d’un secteur français du cinéma propice et favorable à la création, ainsi qu’à l’entreprise. Et j’ai la forte conviction que si ce secteur ne s’adapte pas avant, nous serons les acteurs de sa transformation et nous porteront sa refondation vers des horizons encore plus larges.

[Cannes 2017] Vers la lumière de Naomi Kawase

Compétition officielle

La lumière est un concept fort. Fondamental même. Le cinéma n’est que quand il y a des gens pour voir ce qui n’est que de la lumière projetée sur un écran. C’est aussi aller vers la vérité. Mais qu’arrive-t-il si l’on ne peut plus la regarder ? Le monde a-t-il encore du sens ? C’est cette question que se pose Naomi Kawase lorsqu’elle réalise son nouveau film, Hikari, consacré en très large partie au milieu méconnu de l’audiodescription. Méconnu alors qu’il s’agit en fait d’un enjeu de cinéma : comment représenter des images, et les émotions ressenties face à ces images, avec des mots ?

C’est le travail d’ailleurs de cette jeune femme que d’écrire de l’audiodescription, dont plusieurs longues scènes sont consacrées aux conversations suivant les tests réalisés avec des malvoyants. Cela conduit à des discussions de cinéma absolument essentielles et brillantes, inattendues en fait, d’une grande profondeur sur le sens de l’image, de l’émotion, de la transmission…

 

Mais au-delà de cette dimension documentaire habituelle dans ses films, Naomi Kawase propose aussi cette histoire d’amour entre cette jeune femme et cet ancien photographe qui perd sa vue, catastrophe absolue forcément. Ne nous mentons pas, un cinéphile qui perdrait sa vue serait dans le même état. Cette histoire d’amour est d’ailleurs d’une grande justesse : quand on a perdu la vue, il nous faut quelqu’un pour nous permettre de surmonter cette situation. C’est justement l’objectif de l’audiodescription, c’est-à-dire redonner la vue à ceux qui ne l’ont pas. Bref, aider le cinéphile.

On saluera la musique sublime d’Ibrahim Maalouf. On regrettera le côté un peu pathos du film parfois : le rapport au père disparu est assez quelconque et la place de la nature – si elle n’est pas sans intérêt (la lumière, elle vient de la nature, il faut donc aussi l’entendre, la voir, pour comprendre la difficulté de la représentation de celle-ci), elle reste un peu lourde, moins marquante quand dans d’autres films de Naomi Kawase. Reste l’un des films les plus importants de la compétition cannoise cette année, à l’évidence.

Le film sortira en France le 20 septembre 2017.

[Cannes 2017] Le Jour d’Après de Hong Sang-soo

Compétition officielle

On connaît le style Hong Sang-soo, on connaît ses mimiques de réalisation, ses acteurs fétiches… Pourtant, malgré cette répétition de motifs, il continue sur sa voie, à un rythme affolant d’un film présenté en compétition à Berlin en mars 2017 (On the beach at night alone, prix d’interprétation féminin pour Kim Min-hee) puis deux films en mai 2017 à Cannes, dont un en compétition : Le Jour d’Après.

Originalité : le noir et blanc, une première pour le cinéaste. Et on aura rarement vu une aussi belle absence de couleurs, des blancs aussi propres et des teintes de gris aussi étudiées. La beauté de la photographie est là pour soulignée la confusion, la mort du sentiment, amoureux notamment – élément récurent chez le cinéaste. Cette fois, un éditeur (Hae-hyo Kwon) trompe sa femme avec son employée. Cette dernière lui avoue qu’elle l’aime. Il la remplace par une autre (Kim Min-hee), mais les quiproquos avec sa femme jalouse s’accumulent. Derrière les larmes relevant du pathos, se cache une véritable sensibilité sur le monde qui l’entoure, sur les hommes et les femmes qui se croisent, s’aiment, se déchirent. Le désespoir déchirant côtoie dans le film des moments parfois drôles, toujours touchants. C’est souvent au cours de repas que l’intrigue avance : comme dans la vie, c’est au moment où l’on se remplit la pense qu’on se retrouve tous ensemble. Le reste ne fait qu’habiller une logique inéluctable : l’homme était bel et bien une pourriture – pas totale, parce qu’hésitant, doutant, prenant conscience de ses mauvais choix – mais quand même une pourriture, trompant et mentant à longueur de journée, s’enfonçant dans ses mensonges…

On ne peut pas nier que le grand nombre de films que Hong Sang-soo réalise conduit à des redites, surtout étant donné le style prononcé qui caractérise sa mise en scène. Pourtant, Le Jour d’Après est caractéristique de son œuvre post-Un Jour Avec, Un Jour Sans (2015, Léopard d’Or à Locarno) : un aboutissement dans sa logique personnelle, qui continue à nous toucher, film après film, comme autant de vies que le cinéma nous permet de découvrir le temps d’une projection (et courte, comme l’exige son cinéma de l’instant fondé sur des films de rarement plus d’une heure et demie). La présence de La Caméra de Claire en séance spéciale, tourné lors du Festival de Cannes en 2016 avec Kim Min-hee et Isabelle Huppert, le prouve aussi : la finesse du propos contenu dans un film d’une heure et quelques minutes seulement atteste de la maîtrise par Hong Sang-soo du langage qu’il se sera lui-même inventé.

Le film sortira en France le 7 juin 2017.

[Cannes 2017] Good Time de Benny et Josh Safdie

Compétition officielle

Inutile de dire que le titre du film fut l’objet de nombreuses railleries. « Alors, devant ce film tu as passé un Good Time ? ». Non seulement ce n’est pas drôle, ni fait, ni à faire, mais en plus, c’est d’office oublier qu’avant tout, le film des frères Safdie est l’une des grandes réussites de cette 70e édition, sorte d’After Hours moderne.


Nick Nikas (interprété par Ben Safdie), souffrant de capacités mentales moins importantes que la moyenne, est arrêté par la police suite à un braquage raté avec son frère, Connie (Robert Pattinson). Ce dernier va tout faire pour le libérer. Inutile de dire que la nuit sera agitée pour lui. D’une maîtrise absolue – à la fois technique et narrative, les frères Safdie nous font parcourir le long chemin vers l’enfer, le chaos, la destruction, pavé par des rêves brisés, des familles déçues, une violence omniprésente. Personnage d’une grande richesse, Robert Pattinson trouve ici l’un de ses meilleurs rôles – celui d’un homme prêt à tout pour faire libérer son frère, continuellement confronté à la propre spirale qu’il construit lui-même. On ne s’étalera pas ici sur les qualités de son jeu d’acteur dans la mesure où il s’était en fait déjà illustré pour d’autres rôles de grande qualité notamment chez David Cronenberg (en 2012 et 2014) ou chez James Gray cette année. On ne niera donc pas qu’il était temps que l’on considère unanimement qu’il s’agissait bien d’un grand acteur.


La photographie, elle, est remarquable : des lumières étudiées pour construire une ambiance anxiogène et surexcitée du New York nocturne. Les couleurs sont vives, par une nuit noire dans laquelle on ne sort jamais totalement. La qualité du montage aussi doit être souligné
e – sec et efficace, servant ainsi une mise en scène précise et intelligente. La musique de Oneohtrix Point Never marque elle aussi le rythme dont bénéficie le film. En fait, l’excellence de la mise en scène fait de Good Time un objet plastiquement irréprochable. Mais comme pour The Neon Demon (2016) auquel il pourrait être tenté de le comparer par moment (malgré les évidentes différences entre les deux), il s’avère décevant que le fond, le propos, soit sacrifié sur l’autel de l’imagerie cinématographique.

Le film sortira en France le 11 octobre 2017. Il a reçu le prix du meilleur compositeur – Cannes Soundtrack.

[Cannes 2017] – Introduction

Cette année, les équipes du LYF – Festival du film jeune et du blog Le Film Jeune Lyonnais ont pu se rendre au Festival de Cannes ! Nous allons alors publier un ensemble d’articles en lien avec le festival, essentiellement des critiques de films vu, mais aussi des couvertures des événements en lien avec le festival. Retrouvez donc dès aujourd’hui ces articles ici-même répertoriés !

Compétition :

Hors-Compétition :

Quinzaine des réalisateurs :

Analyse :

Interview :

Divers :

Le 70e Festival international du film de Cannes s’est déroulé du 17 mai 2017 au 28 mai 2017.

 

Un nouveau venu dans l’Union du film Jeune

Et de deux !

Ce vendredi 19 mai à 19h30 s’est tenue la cérémonie de clôture du Festival de cinéma du lycée Ampère, organisé et présidé par Océane Laboureau, présidente de la Maison des lycéens du lycée.

Au total, pas moins de six films ont concouru pour cette toute première édition, ce qui est déjà un très bon début pour ce tout nouveau festival qui a rejoint l’Union du film Jeune (organisation regroupant les manifestations cinématographiques jeunes de Lyon sous la présidence de l’Association Lyf) qui compte à présent trois festivals de cinéma lycéen, organisés par et pour des lycéens.

L’initiative et la créativité de la jeunesse lyonnaise ne sont donc pas à leur dernier souffle, bien au contraire !

En tant que vice-président de l’association Lyf, et donc président de l’Union du film Jeune, je ne peux personnellement que me réjouir de telles prouesse et féliciter tous ceux qui ont su croire en l’aboutissement de leur projet.

Tout d’abord, Louis Charton et Hugues Marcos, du lycée La Martinière Monplaisir : ils ont démontré toute leur capacité à faire évoluer le Festival Luciole comme il fallait tout en gardant l’esprit inculqué par son fondateur, Flavien Deguilhaume, nous leur donnons rendez-vous en 2018 pour le troisième édition !

Ensuite, Océane Laboureau, évidemment qui comme nous l’avons dit plus haut a montré sa plus grande détermination pour mener à bien la création de ce Festival du cinéma du lycée Ampère, malgré les embûches et les difficultés !

Mais encore, tout n’est pas fini ! Le Festival du film lycéen de Saint-Just, premier festival du film lycéen d’initiative lycéenne, fondé en 2015 est encore dans les starting blocks ! Pour sa troisième édition, présidée par Jean Baud, l’équipe du Festival vous attend très nombreux ce mardi 23 mai à 16h en salle 903 au lycée public de Saint-Just (21 rue des Farges, Lyon 5) pour la traditionnelle projection des films concourant ! Vous pourrez ainsi découvrir huit films lycéens, ne manquez pas cet événement !

Quant à moi, je vous dis à très bientôt sur ce blog pour un petit compte rendu de la cérémonie de clôture du prix France culture où j’ai pu avoir la chance d’être sélectionné en tant que membre du jury parmi d’autres étudiants dont le responsable éditorial du blog, Lucas Nunes.

A très bientôt, et longue vie au film jeune !

PALMARÈS FESTIVAL LUCIOLE

Meilleur film : Me, Myself and I (Nicolas Thévenin)

Meilleure interprétation : Léa Gonzalez dans Me, Myself and I (Nicolas Thévenin)

Meilleur montage : Procrastination (Nicolas Dony)

Meilleure réalisation : Au fil des maux (Damien Gaillard)

Meilleur scénario : La vie de l’autre (Linai Jamaï)

Prix du public : Me, Myself and I (Nicolas Thévenin)

PALMARÈS FESTIVAL DU CINÉMA AMPÈRE

Meilleur court-métrage : Doudou (Emma Guardiola)

Meilleure animation : FrogDrop (Sophie Zhou)

Prix du public : L’ordre des choses (Adèle Marin, Yonas le Bris)

Rencontres avec les anciens lauréats [2/3] – Julia Chapot

Cet entretien est le deuxième d’un ensemble de trois durant lesquels nous avons eu la chance de retrouver les lauréats de la première édition du Festival du Film Jeune. Nous leur avons posé quelques questions sur eux et le festival…

Video Killed the Radio Star, réalisé par Julia Chapot, a reçu lors de cette édition le prix du meilleur film étudiant-audiovisuel et le prix de la meilleure image.

 

Bienvenue sur le blog du Festival du Film Jeune ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Julia Chapot. J’ai 22 ans. L’année dernière j’ai présenté mon court-métrage Video Killed the Radio Star, que j’ai réalisé entre janvier et mai 2016 durant ma deuxième année au sein de Factory, où je suis étudiante en réalisation/mise en scène.

 

Comment est-ce que tu résumerais ton film ?

Ça se passe dans les années 80, on y suit un personnage qui s’appelle Freddy, un jeune homosexuel au look excentrique, rejeté par son entourage et qui, le temps d’une soirée, va chercher à s’émanciper par la télévision.

 

Comment tu as appris l’existence du festival ? Pourquoi avoir envoyé ton film ?

J’ai reçu un mail que mon école m’avait transféré qui parlait du festival et j’ai envoyé mon film. Je me suis dit que c’était une opportunité parce que j’en étais fière.

 

Qu’est ce que tu retiens du festival du film jeune de l’année dernière ?

Plein de choses ! Ça réunit pleins de jeunes de Lyon avec pleins de projets différents, de vraiment pleins d’univers différents…

 

Qu’est ce que le festival apporte selon toi à celui qui présente son film ?

La possibilité d’être projeté, de toucher des gens, de rencontrer de nouvelles personnes, de s’immerger un peu plus dans l’univers du cinéma lyonnais,…

 

Qu’est ce que ça fait de recevoir un prix pour le film sur lequel tu as travaillé ?

Quand j’ai gagné mes deux prix, c’était émouvant et puis j’étais très contente, et j’espère que mon équipe aussi était fière car on avait construit un truc vraiment cool. Je le prenais vraiment pour toute mon équipe, j’espère qu’ils se rendent compte que c’est grâce à eux qu’on a eu ça.

 

Regardez le court-métrage de Julia Chapot, Video Killed the Radio Star :

Nos remerciements à Julia Chapot, et à la MJC de Confluence de nous avoir accueilli.

Séries : de la fiction à la réalité ?

            « Les séries télé font aujourd’hui partie de notre quotidien même de manière involontaire. Elles s’emparent de nos écrans, des conversations, font naître des expressions de langage, inspirent les plus inspirés, et témoignent de la diversité grandissante de la société » selon Mathieu de Wasseige[1], sociologue contemporain des écrans.

A travers un jeu subtil de reflets de nos désirs, nos attentes et nos plus grandes frayeurs, la série se transforme en véritable support pour l’existence. Ce processus médiatique participe d’un pouvoir accru d’identifications, de références et d’idéalisation. Inscrit dans une perspective de socialisation, il brouille peu à peu les frontières existantes entre fiction et réalité et fait surgir du néant un monde secondaire, dont les répercussions agitent la société du réel.

C’est ainsi que Sabine Chalyon-Desmersay[2] insiste sur la dimension cognitive de la fiction, notamment à travers le personnage Jack Bauer (24h Chrono) dont le répertoire d’action s’inscrit à part entière dans l’actualité (discours idéologiques post-attentats et les conséquences qu’ils risquent d’emporter, …).

La série s’inscrit dans une contiguïté et dégage un véritable chemin de traverse vers la réalité sociale, approchant sa structure propre dans une temporalité nouvelle. A l’image de West World, cet univers se caractérise par « le retour du même » au sens de Sepulchre, imprégné par des voix off et faisant le pont entre « la singularité d’un personnage et la diversité des téléspectateurs »[3]. L’éclat de la série, son ingéniosité, s’exprime surtout dans sa résonance vis-à-vis de la réalité (cf Black Mirror).

La trame narrative exploite la figure de l’être vulnérable, par le biais d’une succession de défis et d’obstacles à relever, révélant l’acheminement de l’existence, et permettant à tout un chacun de s’y retrouver, de par la diversité des thèmes exploités. Les perceptions sont démultipliées par le découpage épisodique, jusqu’à l’arrêt brutal ou parfois inachevé, caractérisant une certaine « absence de téléologie »[4] issu de la tradition télévisuelle.

 

            Histoire d’anachronie, projection futuriste ou plongeon dans le passé

Car la tendance actuelle, c’est l’indéfinissable temporalité (flashbacks, flashforwards, rupture et enchâssement d’épisodes, point de vue omniscient, interne, externe, alternance des points de vue, …).  Cette ambiguïté tire conséquence d’une sociologie des existences, que la série a le mérite de se réapproprier. Dans un sens ontologique, elle témoigne et atteste de la dimension spirituelle de l’être (cf The Leftovers, Lost). Elle distord la vie humaine en ses deux fonctionnalités, son enracinement biologique d’un côté et son évolution civilisatrice de l’autre. Elle contribue ainsi à vitaliser le dysfonctionnement social, trahissant la part la plus sombre de nous-même ou parfois mystérieusement l’inverse. Dans l’imaginaire collectif, l’homme apparaît comme un monstre mécanique, qui a renoncé à se comprendre lui-même. Seule subsiste son habilité industrielle, et Jonathan Nolan aborde de ce point de vue une problématique pas si innocente. A l’initiative de la série West World, il traduit l’hypothèse d’une nouvelle ingénierie humaine dotée d’une conscience. Décuplant l’industrie du divertissement, il dépeint un monde dans lequel l’homme est devenu une véritable puissance incontrôlable, tandis que ses créations robotiques aspirent à l’humanisation la plus complète.

 

            La série post-populaire, de revendication élitiste, artistique et culturelle

Si West World est de tendance futuriste, elle implique un héritage philosophique. Se pose ainsi la question de savoir si la tendance actuelle ne cèderait pas à la tentation sélective. Non seulement son objet tire les conséquences du transhumanisme, mais s’attribue la dialectique du maître et de l’esclave, distinction subtile entre ceux qui sont nus et ceux qui sont habillés. De même, la notion de l’éternel recommencement, que l’on doit à Nietzsche, semble aisément s’intégrer au scénario.

« Si l’expérience est suffisamment immersive, alors vous commencez à découvrir des choses que vous auriez préféré ignorer. »

Ainsi Jonathan Nolan offre au spectateur un accès fictif aux sujets de société souvent muselés dans certaines castes professionnelles. Cette technique du récit volontairement peu accessible, a toutefois su tirer profit du « binge watching » actuel, en jouant sur l’anticipation au détriment de la résolution.

S’inscrit dans cet élan artistique la série The Leftovers, à travers laquelle Damon Lindelof traite d’une mystique si puissante que ses personnages parviennent à repousser les limites imposées par le cadre télévisuel. Simplement suggestive, cette série tient compte du spectateur en l’incarnant comme élément potentiel du scénario. Rejoignant la thématique de l’intemporalité, cette forme de slow TV exige un certain renoncement au binge watching et nous force à concevoir la réalité temporelle. A titre d’exemple, si la réunion eucharistique illustre dans Lost une fin en soi, le regroupement familial de The Leftovers se comprend comme un moyen. Ainsi la projection fictive témoigne de notre propre réalité et souhaite qu’on la rejoigne.

 

 

[1] Mathieu de Wasseige, Séries télé us : l’idéologie prime time, Louvain-la-Neuve/Paris, Academia/Éd. L’Harmattan, coll. ihecs{dot}com, 2014, 196 pages

[2] Sabine Chalvon-Demersay, Pour une responsabilité politique des héros de séries téléviséesQuaderni, 88 | 2015, 35-51.

[3]  François Jost, De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme ? CNRS éditions, 2011

[4] Hervé Glevarec, « Trouble dans la fiction. Effets de réel dans les séries télévisées contemporaines et post-télévision », Questions de communication, 18 | 2010, 214-238.

 

Rencontre avec… Fabrice Du Welz

A l’occasion du festival Hallucinations Collectives, nous avons pu rencontrer le réalisateur Fabrice Du Welz, à l’origine de Calvaire (2004), Vinyan (2007) ainsi que d’Alleluia (2015). Il revient en 2017 avec son premier film en anglais, Message From the King, reparti avec le Grand prix des Hallucinations Collectives, avec dans le rôle titre Chadwick Boseman (Black Panther). Nous lui avons posé quelques questions sur son parcours et sa conception de son rôle de réalisateur.

Bonjour Fabrice Du Welz ! De quelle manière avez-vous découvert le cinéma ?

Durant l’enfance. Je regardais les films à la télévision, je me suis toujours projeté là dedans, je me suis toujours vu travailler là dedans… Il se trouve que très tôt j’ai été mis en pensionnat, dans un pensionnat catholique. C’était l’époque de la VHS. Ma mère me permettait de louer des VHS quand je rentrais le week-end. Je suis vraiment tomber en fascination pour ces jaquettes de ces VHS, qui m’ont vraiment interpellé. Surtout l’imagerie du cinéma d’horreur : les visuels de ces jaquettes me fascinaient, c’est la représentation de ces monstres, de ces femmes, de toute cette hémoglobine, de cette tension sexuelle, me plaisait énormément, me ravisait même. J’avais envie de découvrir. C’est comme ça que j’ai découvert beaucoup de films, de films d’horreurs, et beaucoup d’autre après.

Comment avez vous su que vous alliez consacrer votre vie au cinéma ?

Je pourrais pas le dater, mais j’ai très vite vu que je voulais faire des films. J’ai souvent pensé quand j’étais jeune adolescent que j’allais être acteur – d’ailleurs j’ai fait des études de comédiens, parce que je ne comprenais pas vraiment la différence entre la technique et le jeu, pour moi c’était une espèce d’entité. Mais très vite quand j’ai fait le conservatoire j’ai compris que je n’étais pas forcément à ma place, et que je préférais porter les projets, avec mes copains. Dès l’adolescence, d’ailleurs, je faisais des films en Super 8 avec mes potes, que je montais. On allait dans les bois, on faisait des trucs… On s’amusait. C’était très ludique, très joyeux. J’ai toujours vu la fabrication des films comme un moment très joyeux.

Comment est-ce que vous définiriez votre parcours dans le milieu ?

C’est pas à moi de le définir en fait, je fais ce que je peux. J’essaie d’avoir une constance, une cohérence artistique, en même temps en essayant de faire le grand écart entre des films personnels et des films de commande, en essayant de jouer avec le diktat du cinéma : c’est une industrie commerciale, donc il faut absolument trouver un public… trouver un moyen de faire gagner de l’argent aux gens. C’est une industrie. Avant tout.

Qu’est ce que vous diriez à un jeune qui voudrait consacrer sa vie au cinéma ?

Il faut donner sans compter, et d’essayer d’avoir le plus de personnalité, en tout cas que ses films aient le plus de personnalité possible, qu’ils reflètent de sa personnalité. Essayer d’être le plus engagé possible dans son combat artistique, dans sa vision, de ne jamais abandonner ses rêves d’enfant. Être à la hauteur de ses propres exigences. C’est un métier très difficile où tout le monde essaye toujours de te faire plier à sa volonté. C’est parfois compliqué de tenir sa propre volonté, il faut avoir une espèce de folie douce pour pouvoir vraiment mener à bien un projet. Il faut être très sûr de soi, et en même temps être très perméable aux autres. C’est une combinaison d’extrême audace et d’extrême humilité, en fait. Je lui dirais d’avoir le plus de personnalité, et qu’elle irrigue le plus possible ses films.

Quel élément faut-il soigner tout particulièrement selon vous lorsqu’on réalise un film ?

C’est un tout, une globalité, on peut rien privilégier, mais j’ai appris après 5 films que l’histoire est fondamentale, et l’incarnation, les comédiens… En fait on pardonne tout à un film quand les comédiens sont bons. Un jeune réalisateur ne doit absolument pas avoir peur des comédiens, et doit apprendre avec les comédiens, apprendre ce que c’est qu’un comédien, doit apprendre à travailler avec un comédien, doit apprendre à passionner un comédien… Alors bien sûr c’est un art formel, donc il est très important d’avoir un œil, un sens du découpage, d’avoir le rythme, d’avoir un sens de l’équipe, être un capitaine de bateau, mais c’est encore plus important de pouvoir investir complètements des comédiens, de passionner des comédiens.

Quelle est la première chose qui vous pousse à réaliser un film plutôt qu’un autre ?

Je saurais pas dire, c’est l’instinct, la petite voix intérieure… ça s’impose à moi. Ce n’est pas quelque chose que j’intellectualise. Alors, il y a parfois des films de commande, ou des choses qu’on m’apporte, que j’aime, mais tout de suite il y a un processus presque viscéral, presque physique. Je réponds physiquement au sujet.

Qu’est ce qui vous permet de trouver (ou retrouver) l’inspiration, la motivation de travailler sur un film ?

On ne peut pas faire autrement, en tout cas moi en ce qui me concerne, que travailler énormément en amont. Pendant, après, je suis traversé par des idées, par du travail, une volonté. C’est pratiquement existentiel. Je travaille sur les films parce que je peux rien faire d’autre. J’aime profondément ça. C’est ce qui m’aide à vivre.

Quel conseil vous seriez vous donné lorsque vous avez commencé à réaliser des films ?

Jamais lâcher. Faut rien lâcher. Il faut pouvoir être attentif aux réflexions des autres. A mon avis, il faut pouvoir entendre ce que les gens disent autour de soi, mais il faut aller au bout de soi-même. C’est la chose la plus importante quand on est réalisateur.

Un dernier mot : Citez un film que vous conseilleriez à un jeune ? (un classique incontournable, un film qui vous a beaucoup influencé, que vous auriez voulu voir plus tôt, un coup de coeur…)

Il y a beaucoup, beaucoup de films qui m’ont influencé. Il y a beaucoup de films qu’il faut voir. Quand on veut faire ce métier, il faut voir énormément de films : des années 30, des années 50, des années 70, des années 90… Il faut voir en arrière. Il faut même fonctionner par thématique. Il y a des gens incontournables : Fritz Lang, Hitchcock, Friedkin, Bergman… des gens dont il faut voir tout le travail. Après, ça dépend des décennies qu’on passe. C’est sûr qu’à 20 ans, on voit pas les films de Bergman comme on les voit à 40, à 50 ans. Je pense qu’il faut démarrer par un film-matrice. Un film qui nous a donné envie de faire du cinéma. Sur cette base là, il faut chercher autour de ce film ce qui peut nous nourrir en temps que cinéaste. Moi j’ai énormément de films de références, j’aime profondément le cinéma, j’ai vu beaucoup de films et j’en ai encore à voir. Je pourrais parler de Hitchcock, je pourrais parler de La Nuit du chasseur de Charles Laughton, je pourrais parler de beaucoup de films. Quelqu’un qui veut faire de la comédie va commencer par un film important de la comédie, un Billy Wilder, ou je sais pas qui, et va chercher autour de ce film, va se nourrir autour de ce film, pour constituer son œil et sa dextérité de réalisateur. Mais je pourrais pas donner un titre comme ça parce que je vais en exclure plein d’autres, et j’ai un amour pathologique du cinéma. Donc, c’est difficile.

Merci à Fabrice du Welz pour son temps et aux équipes des Hallucinations Collectives. Message from the King sort en salle aujourd’hui.

Rencontres avec les anciens lauréats [1/3] – Mateo Balestriero

Cet entretien est le premier d’un ensemble de trois durant lesquels nous avons eu la chance de retrouver les lauréats de la première édition du Festival du Film Jeune. Nous leur avons posé quelques questions sur eux et le festival…


Game of Tong, réalisé par Matéo BALESTRIERO a reçu lors de cette édition le prix du meilleur film étudiant. Il est arrivé troisième au classement du public.

Bienvenue sur le blog le Film jeune lyonnais ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Mateo Balestriero, j’ai 18 ans. J’ai réalisé Game of Tong, qui a été présenté au LYF, quand j’étais en classe de Terminale. Maintenant je fais des études de cinéma.

 

Comment est-ce que tu résumerais ton film ?

Disons qu’on a voulu s’amuser, alors on s’est battu avec des tongs. Voilà, tout naturellement. (rires)

 

Comment tu as appris l’existence du festival ? Pourquoi avoir envoyé ton film ?

C’est Jessim [un des acteurs du film] qui m’avait envoyé le lien du festival en me disant d’envoyer mon film… je ne sais même pas trop pourquoi en fait. Je l’ai envoyé parce qu’il y avait une fiche d’inscription, et je me suis dit « pourquoi pas ? ».

 

Qu’est ce que tu retiens du festival du film jeune de l’année dernière ?

C’était une belle expérience pour moi et pour mon camarade de Crazy Lutin [son équipe de réalisation] aussi, Lucas, qui joue dans le film. Parce que bon, c’est vrai qu’on fait des films, des vidéos, sur internet juste pour se marrer, pour s’amuser en tournant et du coup voir que ça peut plaire à d’autres personnes que nos parents c’est cool.

 

Qu’est ce que le festival apporte selon toi à celui qui présente son film ?

C’est cool pour un étudiant, pour un jeune, c’est bien d’avoir une première approche d’un festival, parce que dans le milieu du cinéma ce n’est pas très accessible. Quand on fait un court-métrage, on ne peut pas l’envoyer n’importe comment. Le fait que ce soit ouvert, et fait par des étudiants, par des jeunes, c’est plus agréable de participer à un festival comme ça.

 

Qu’est ce que ça fait de recevoir un prix pour le film sur lequel tu as travaillé ?

Ça fait vraiment vraiment vraiment plaisir. Au delà du prix, ça a rigolé quand le film est passé, et c’est ça qui fait vraiment plaisir. Et la coupe est vraiment jolie ! (rires)

 

 

Nos remerciements à Mateo Balestriero, et à l’Atelier des Assos de l’Université Lyon 3 de nous avoir accueilli.