Séries : de la fiction à la réalité ?

            « Les séries télé font aujourd’hui partie de notre quotidien même de manière involontaire. Elles s’emparent de nos écrans, des conversations, font naître des expressions de langage, inspirent les plus inspirés, et témoignent de la diversité grandissante de la société » selon Mathieu de Wasseige[1], sociologue contemporain des écrans.

A travers un jeu subtil de reflets de nos désirs, nos attentes et nos plus grandes frayeurs, la série se transforme en véritable support pour l’existence. Ce processus médiatique participe d’un pouvoir accru d’identifications, de références et d’idéalisation. Inscrit dans une perspective de socialisation, il brouille peu à peu les frontières existantes entre fiction et réalité et fait surgir du néant un monde secondaire, dont les répercussions agitent la société du réel.

C’est ainsi que Sabine Chalyon-Desmersay[2] insiste sur la dimension cognitive de la fiction, notamment à travers le personnage Jack Bauer (24h Chrono) dont le répertoire d’action s’inscrit à part entière dans l’actualité (discours idéologiques post-attentats et les conséquences qu’ils risquent d’emporter, …).

La série s’inscrit dans une contiguïté et dégage un véritable chemin de traverse vers la réalité sociale, approchant sa structure propre dans une temporalité nouvelle. A l’image de West World, cet univers se caractérise par « le retour du même » au sens de Sepulchre, imprégné par des voix off et faisant le pont entre « la singularité d’un personnage et la diversité des téléspectateurs »[3]. L’éclat de la série, son ingéniosité, s’exprime surtout dans sa résonance vis-à-vis de la réalité (cf Black Mirror).

La trame narrative exploite la figure de l’être vulnérable, par le biais d’une succession de défis et d’obstacles à relever, révélant l’acheminement de l’existence, et permettant à tout un chacun de s’y retrouver, de par la diversité des thèmes exploités. Les perceptions sont démultipliées par le découpage épisodique, jusqu’à l’arrêt brutal ou parfois inachevé, caractérisant une certaine « absence de téléologie »[4] issu de la tradition télévisuelle.

 

            Histoire d’anachronie, projection futuriste ou plongeon dans le passé

Car la tendance actuelle, c’est l’indéfinissable temporalité (flashbacks, flashforwards, rupture et enchâssement d’épisodes, point de vue omniscient, interne, externe, alternance des points de vue, …).  Cette ambiguïté tire conséquence d’une sociologie des existences, que la série a le mérite de se réapproprier. Dans un sens ontologique, elle témoigne et atteste de la dimension spirituelle de l’être (cf The Leftovers, Lost). Elle distord la vie humaine en ses deux fonctionnalités, son enracinement biologique d’un côté et son évolution civilisatrice de l’autre. Elle contribue ainsi à vitaliser le dysfonctionnement social, trahissant la part la plus sombre de nous-même ou parfois mystérieusement l’inverse. Dans l’imaginaire collectif, l’homme apparaît comme un monstre mécanique, qui a renoncé à se comprendre lui-même. Seule subsiste son habilité industrielle, et Jonathan Nolan aborde de ce point de vue une problématique pas si innocente. A l’initiative de la série West World, il traduit l’hypothèse d’une nouvelle ingénierie humaine dotée d’une conscience. Décuplant l’industrie du divertissement, il dépeint un monde dans lequel l’homme est devenu une véritable puissance incontrôlable, tandis que ses créations robotiques aspirent à l’humanisation la plus complète.

 

            La série post-populaire, de revendication élitiste, artistique et culturelle

Si West World est de tendance futuriste, elle implique un héritage philosophique. Se pose ainsi la question de savoir si la tendance actuelle ne cèderait pas à la tentation sélective. Non seulement son objet tire les conséquences du transhumanisme, mais s’attribue la dialectique du maître et de l’esclave, distinction subtile entre ceux qui sont nus et ceux qui sont habillés. De même, la notion de l’éternel recommencement, que l’on doit à Nietzsche, semble aisément s’intégrer au scénario.

« Si l’expérience est suffisamment immersive, alors vous commencez à découvrir des choses que vous auriez préféré ignorer. »

Ainsi Jonathan Nolan offre au spectateur un accès fictif aux sujets de société souvent muselés dans certaines castes professionnelles. Cette technique du récit volontairement peu accessible, a toutefois su tirer profit du « binge watching » actuel, en jouant sur l’anticipation au détriment de la résolution.

S’inscrit dans cet élan artistique la série The Leftovers, à travers laquelle Damon Lindelof traite d’une mystique si puissante que ses personnages parviennent à repousser les limites imposées par le cadre télévisuel. Simplement suggestive, cette série tient compte du spectateur en l’incarnant comme élément potentiel du scénario. Rejoignant la thématique de l’intemporalité, cette forme de slow TV exige un certain renoncement au binge watching et nous force à concevoir la réalité temporelle. A titre d’exemple, si la réunion eucharistique illustre dans Lost une fin en soi, le regroupement familial de The Leftovers se comprend comme un moyen. Ainsi la projection fictive témoigne de notre propre réalité et souhaite qu’on la rejoigne.

 

 

[1] Mathieu de Wasseige, Séries télé us : l’idéologie prime time, Louvain-la-Neuve/Paris, Academia/Éd. L’Harmattan, coll. ihecs{dot}com, 2014, 196 pages

[2] Sabine Chalvon-Demersay, Pour une responsabilité politique des héros de séries téléviséesQuaderni, 88 | 2015, 35-51.

[3]  François Jost, De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme ? CNRS éditions, 2011

[4] Hervé Glevarec, « Trouble dans la fiction. Effets de réel dans les séries télévisées contemporaines et post-télévision », Questions de communication, 18 | 2010, 214-238.

 

Rencontre avec… Fabrice Du Welz

A l’occasion du festival Hallucinations Collectives, nous avons pu rencontrer le réalisateur Fabrice Du Welz, à l’origine de Calvaire (2004), Vinyan (2007) ainsi que d’Alleluia (2015). Il revient en 2017 avec son premier film en anglais, Message From the King, reparti avec le Grand prix des Hallucinations Collectives, avec dans le rôle titre Chadwick Boseman (Black Panther). Nous lui avons posé quelques questions sur son parcours et sa conception de son rôle de réalisateur.

Bonjour Fabrice Du Welz ! De quelle manière avez-vous découvert le cinéma ?

Durant l’enfance. Je regardais les films à la télévision, je me suis toujours projeté là dedans, je me suis toujours vu travailler là dedans… Il se trouve que très tôt j’ai été mis en pensionnat, dans un pensionnat catholique. C’était l’époque de la VHS. Ma mère me permettait de louer des VHS quand je rentrais le week-end. Je suis vraiment tomber en fascination pour ces jaquettes de ces VHS, qui m’ont vraiment interpellé. Surtout l’imagerie du cinéma d’horreur : les visuels de ces jaquettes me fascinaient, c’est la représentation de ces monstres, de ces femmes, de toute cette hémoglobine, de cette tension sexuelle, me plaisait énormément, me ravisait même. J’avais envie de découvrir. C’est comme ça que j’ai découvert beaucoup de films, de films d’horreurs, et beaucoup d’autre après.

Comment avez vous su que vous alliez consacrer votre vie au cinéma ?

Je pourrais pas le dater, mais j’ai très vite vu que je voulais faire des films. J’ai souvent pensé quand j’étais jeune adolescent que j’allais être acteur – d’ailleurs j’ai fait des études de comédiens, parce que je ne comprenais pas vraiment la différence entre la technique et le jeu, pour moi c’était une espèce d’entité. Mais très vite quand j’ai fait le conservatoire j’ai compris que je n’étais pas forcément à ma place, et que je préférais porter les projets, avec mes copains. Dès l’adolescence, d’ailleurs, je faisais des films en Super 8 avec mes potes, que je montais. On allait dans les bois, on faisait des trucs… On s’amusait. C’était très ludique, très joyeux. J’ai toujours vu la fabrication des films comme un moment très joyeux.

Comment est-ce que vous définiriez votre parcours dans le milieu ?

C’est pas à moi de le définir en fait, je fais ce que je peux. J’essaie d’avoir une constance, une cohérence artistique, en même temps en essayant de faire le grand écart entre des films personnels et des films de commande, en essayant de jouer avec le diktat du cinéma : c’est une industrie commerciale, donc il faut absolument trouver un public… trouver un moyen de faire gagner de l’argent aux gens. C’est une industrie. Avant tout.

Qu’est ce que vous diriez à un jeune qui voudrait consacrer sa vie au cinéma ?

Il faut donner sans compter, et d’essayer d’avoir le plus de personnalité, en tout cas que ses films aient le plus de personnalité possible, qu’ils reflètent de sa personnalité. Essayer d’être le plus engagé possible dans son combat artistique, dans sa vision, de ne jamais abandonner ses rêves d’enfant. Être à la hauteur de ses propres exigences. C’est un métier très difficile où tout le monde essaye toujours de te faire plier à sa volonté. C’est parfois compliqué de tenir sa propre volonté, il faut avoir une espèce de folie douce pour pouvoir vraiment mener à bien un projet. Il faut être très sûr de soi, et en même temps être très perméable aux autres. C’est une combinaison d’extrême audace et d’extrême humilité, en fait. Je lui dirais d’avoir le plus de personnalité, et qu’elle irrigue le plus possible ses films.

Quel élément faut-il soigner tout particulièrement selon vous lorsqu’on réalise un film ?

C’est un tout, une globalité, on peut rien privilégier, mais j’ai appris après 5 films que l’histoire est fondamentale, et l’incarnation, les comédiens… En fait on pardonne tout à un film quand les comédiens sont bons. Un jeune réalisateur ne doit absolument pas avoir peur des comédiens, et doit apprendre avec les comédiens, apprendre ce que c’est qu’un comédien, doit apprendre à travailler avec un comédien, doit apprendre à passionner un comédien… Alors bien sûr c’est un art formel, donc il est très important d’avoir un œil, un sens du découpage, d’avoir le rythme, d’avoir un sens de l’équipe, être un capitaine de bateau, mais c’est encore plus important de pouvoir investir complètements des comédiens, de passionner des comédiens.

Quelle est la première chose qui vous pousse à réaliser un film plutôt qu’un autre ?

Je saurais pas dire, c’est l’instinct, la petite voix intérieure… ça s’impose à moi. Ce n’est pas quelque chose que j’intellectualise. Alors, il y a parfois des films de commande, ou des choses qu’on m’apporte, que j’aime, mais tout de suite il y a un processus presque viscéral, presque physique. Je réponds physiquement au sujet.

Qu’est ce qui vous permet de trouver (ou retrouver) l’inspiration, la motivation de travailler sur un film ?

On ne peut pas faire autrement, en tout cas moi en ce qui me concerne, que travailler énormément en amont. Pendant, après, je suis traversé par des idées, par du travail, une volonté. C’est pratiquement existentiel. Je travaille sur les films parce que je peux rien faire d’autre. J’aime profondément ça. C’est ce qui m’aide à vivre.

Quel conseil vous seriez vous donné lorsque vous avez commencé à réaliser des films ?

Jamais lâcher. Faut rien lâcher. Il faut pouvoir être attentif aux réflexions des autres. A mon avis, il faut pouvoir entendre ce que les gens disent autour de soi, mais il faut aller au bout de soi-même. C’est la chose la plus importante quand on est réalisateur.

Un dernier mot : Citez un film que vous conseilleriez à un jeune ? (un classique incontournable, un film qui vous a beaucoup influencé, que vous auriez voulu voir plus tôt, un coup de coeur…)

Il y a beaucoup, beaucoup de films qui m’ont influencé. Il y a beaucoup de films qu’il faut voir. Quand on veut faire ce métier, il faut voir énormément de films : des années 30, des années 50, des années 70, des années 90… Il faut voir en arrière. Il faut même fonctionner par thématique. Il y a des gens incontournables : Fritz Lang, Hitchcock, Friedkin, Bergman… des gens dont il faut voir tout le travail. Après, ça dépend des décennies qu’on passe. C’est sûr qu’à 20 ans, on voit pas les films de Bergman comme on les voit à 40, à 50 ans. Je pense qu’il faut démarrer par un film-matrice. Un film qui nous a donné envie de faire du cinéma. Sur cette base là, il faut chercher autour de ce film ce qui peut nous nourrir en temps que cinéaste. Moi j’ai énormément de films de références, j’aime profondément le cinéma, j’ai vu beaucoup de films et j’en ai encore à voir. Je pourrais parler de Hitchcock, je pourrais parler de La Nuit du chasseur de Charles Laughton, je pourrais parler de beaucoup de films. Quelqu’un qui veut faire de la comédie va commencer par un film important de la comédie, un Billy Wilder, ou je sais pas qui, et va chercher autour de ce film, va se nourrir autour de ce film, pour constituer son œil et sa dextérité de réalisateur. Mais je pourrais pas donner un titre comme ça parce que je vais en exclure plein d’autres, et j’ai un amour pathologique du cinéma. Donc, c’est difficile.

Merci à Fabrice du Welz pour son temps et aux équipes des Hallucinations Collectives. Message from the King sort en salle aujourd’hui.

Rencontres avec les anciens lauréats [1/3] – Mateo Balestriero

Cet entretien est le premier d’un ensemble de trois durant lesquels nous avons eu la chance de retrouver les lauréats de la première édition du Festival du Film Jeune. Nous leur avons posé quelques questions sur eux et le festival…


Game of Tong, réalisé par Matéo BALESTRIERO a reçu lors de cette édition le prix du meilleur film étudiant. Il est arrivé troisième au classement du public.

Bienvenue sur le blog le Film jeune lyonnais ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Mateo Balestriero, j’ai 18 ans. J’ai réalisé Game of Tong, qui a été présenté au LYF, quand j’étais en classe de Terminale. Maintenant je fais des études de cinéma.

 

Comment est-ce que tu résumerais ton film ?

Disons qu’on a voulu s’amuser, alors on s’est battu avec des tongs. Voilà, tout naturellement. (rires)

 

Comment tu as appris l’existence du festival ? Pourquoi avoir envoyé ton film ?

C’est Jessim [un des acteurs du film] qui m’avait envoyé le lien du festival en me disant d’envoyer mon film… je ne sais même pas trop pourquoi en fait. Je l’ai envoyé parce qu’il y avait une fiche d’inscription, et je me suis dit « pourquoi pas ? ».

 

Qu’est ce que tu retiens du festival du film jeune de l’année dernière ?

C’était une belle expérience pour moi et pour mon camarade de Crazy Lutin [son équipe de réalisation] aussi, Lucas, qui joue dans le film. Parce que bon, c’est vrai qu’on fait des films, des vidéos, sur internet juste pour se marrer, pour s’amuser en tournant et du coup voir que ça peut plaire à d’autres personnes que nos parents c’est cool.

 

Qu’est ce que le festival apporte selon toi à celui qui présente son film ?

C’est cool pour un étudiant, pour un jeune, c’est bien d’avoir une première approche d’un festival, parce que dans le milieu du cinéma ce n’est pas très accessible. Quand on fait un court-métrage, on ne peut pas l’envoyer n’importe comment. Le fait que ce soit ouvert, et fait par des étudiants, par des jeunes, c’est plus agréable de participer à un festival comme ça.

 

Qu’est ce que ça fait de recevoir un prix pour le film sur lequel tu as travaillé ?

Ça fait vraiment vraiment vraiment plaisir. Au delà du prix, ça a rigolé quand le film est passé, et c’est ça qui fait vraiment plaisir. Et la coupe est vraiment jolie ! (rires)

 

 

Nos remerciements à Mateo Balestriero, et à l’Atelier des Assos de l’Université Lyon 3 de nous avoir accueilli.

Le Nouveau Monde

Ou ce que m’inspire la Neuxième Symphonie de Dvorak : « Le Nouveau Monde »
C’est tout un être qui renaît en moi dès les premières notes hésitantes du premier mouvement. Cet être s’envole avec le cor victorieux et les cavalcades fougueuses des cordes du Nouveau Monde, il s’apaise avec le cor alors doux et réconfortant ou s’enflamme de nouveau au moyen d’une envolée « romantique » dont Dvorak a le secret.
Si je vous dis qu’à certains passages (voire même durant l’intégralité de la symphonie) la chair de poule envahit mes bras tellement l’émotion est intense, ce ne serait assez pour exprimer ce sentiment de bonheur, de puissance, de sublime plaisir qu’on a en se délaissant à cet œuvre magnifique parmi les magnifiques.
Pour moi, la Symphonie du Nouveau Monde devrait (et ce serait un concept audacieux à étudier), être adaptée en film. Qu’on se comprenne bien, je parle de 42 minutes d’images pour 42 minutes de film, une adaptation de l’image à la musique et non de la musique à l’image. Car, rien qu’en fermant les yeux et en concentrant tout notre imaginaire sur l’écoute de cette fresque musicale, on sent le flot d’image agresser avec violence notre cerveau, passant de paysages de clair de lune à des scènes de batailles.
Pour moi, Antonin Dvorak a voulu ici raconter l’histoire d’un monde, d’un peuple, d’une civilisation en fondement. Il conte l’exploration de nouvelles terres, les nouvelles découvertes. N’oublions pas que cette symphonie fut composée au temps du Far West : une époque source d’inspiration pour tant d’artistes.
Peut-être la Neuvième Symphonie est-elle si évocatrice qu’elle en devient du cinéma d’elle même ? Peut-être arrive-t-elle à nous suggérer des « images qui bougent » plus vraies que nature dans les recoins de nos cerveaux.
Maintenant, peut-être, je l’espère, sentirez-vous chaque cellule de votre corps trembler au son du cor entonnant le thème arpégé victorieux de cette symphonie tel un mot d’ordre de son scénario : grandeur, beauté, magnificence de l’Homme, découverte, rencontres, exaltation de la Nature, …
Un Nouveau Monde (plus si nouveau) qui pourrait encore me faire parler des heures …

Le héros aux mille et un visages

ou Star Wars en 7 étapes

Il est désormais connu que George Lucas, lors de l’écriture de son film, Star Wars, sorti en 1977 s’est directement inspiré des travaux de l’universitaire Joseph Campbell sur le « mythe unique ». La thèse de ce professeur défendait le fait que dans la plupart des mythes de la plupart des cultures se retrouvait le même schéma narratif, distingué en plusieurs étapes :

Tout d’abord, le héros est arraché à un quotidien « normal », une quête l’appelle, il part à l’aventure, il quitte son foyer (métaphore de la maturité).

Le héros est aidé dans cette aventure par un mentor qui joue le rôle d’une figure presque paternelle, il accompagne le héros dans un univers plus vaste, univers souvent spirituel et physique, qui déracine totalement le héros de chez lui.

Dans cet univers, le mentor indiquera au héros l’objet ultime de sa quête et ensuite abandonnera le héros (soit en trépassant, soit en étant appelé ailleurs), qui, seul, arrivera à un niveau de formation équivalent à celui du mentor, s’il réussit à passer toutes les épreuves nécessaires.

Enfin, le héros arrive devant l’objet final de sa quête. En l’accomplissant, il dépasse son mentor et revient éventuellement chez lui, transfiguré.

Cette thèse complexe et géniale brièvement et humblement expliquée se retrouve évidemment dans de nombreuses œuvres comme les opéras de Richard Wagner ou les œuvres de Tolkien, inspirés des mêmes légendes scandinaves mais également dans des films comme Harry Potter et bien sûr la saga Star Wars, et il est frappant, je trouve, de constater que les œuvres ayant le plus de succès que ce soit en littérature, en musique ou au cinéma, sont inspirées par ce schéma narratif universel. Cela prouve en effet son universalité : il parle à tous et chacun peut s’y retrouver.

Ce sujet me passionnant, j’ai eu l’envie de vous résumer la saga Star Wars en 7 extraits clés qui illustrent ce mythe universel et qui montreront à ceux qui ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître, du fait de la saturation actuelle de la saga dans le milieu de la publicité, que ces films ne sont pas géniaux car ils se passent « dans le futur » (ce qui est soit-dit-en-passant faux) ou car les personnages sont « classes ».

Non, ces films plaisent car ils illustrent chez chacun d’entre nous nos plus profonds désirs, sentiments, frustrations, peurs, toutes nos étapes de la vie.

Voici donc une présentation en 7 étapes de la saga Star Wars qui s’adresse à tous ceux qui voudraient voir au-delà du merchandising incessant et omniprésent actuellement.

Le héros découvre un nouvel univers et doit se faire accepter

Star Wars Episode I : The Phantom Menace (George Lucas,  1999)

Dans cette scène, le jeune Anakin Skywalker recueilli par le Maître Jedi (sorte moine gardien de la paix) Qui-Gon Jinn passe en audience devant le Conseil de l’Ordre Jedi, afin de déterminer si oui ou non, il sera formé.

Maître Qui-Gon, accompagné de son apprenti Obi-Wan Kenobi, voit en Anakin « L’Elu » désigné par la Force (sorte de flux spirituel continu liant le temps et l’espace, que les Jedis arrivent à contrôler et à utiliser) pour ramener un équilibre, en éliminant le mal.  Mais il doit affronter les réticences des deux premiers Maîtres de l’Ordre, Yoda et Mace Windu.

Le jeune Anakin sera quand même formé par Obi-Wan, l’ayant promis à Qui-Gonn sur le lit de mort de celui-ci.

Le héros fait face aux premières épreuves                            

Star Wars Episode II : Attack of the Clones (George Lucas,   2002)

Dans cette scène, Anakin raconte à son amante Padmé comment il a massacré un village de Tuskens (peuples du désert) suite au décès de sa mère.

C’est là une première épreuve pour le héros, faire face au décès d’un être aimé. Alors que le Code Jedi l’interdit, Anakin a également une amante, et le décès récent de sa mère ne fera qu’amplifier sa peur de la perdre.

Le héros est confronté aux limites de ses pouvoirs : alors qu’il n’a pas encore atteint le rang de son mentor (Obi-Wan), il jalouse celui-ci et est trop impatient, ce qui le conduit à faire des erreurs et l’éprouve en permanence.

Le héros se fait séduire par le mal                                         

Star Wars Episode III : Revenge of the Sith (George Lucas, 2005)

Avant cette scène, Anakin vient de découvrir que celui qu’il considérait comme son deuxième mentor, le Chancelier Palpatine (chef de la République) était en fait un Seigneur Sith (personnes douées comme les Jedis de facultés avec la Force mais qui au lieu de l’utiliser pour les autres et pour la paix, l’utilisent pour leur puissance et leur intérêt personnel).

Anakin, qui avait déjà été éprouvé par de nombreuses épreuves depuis le début de sa formation, arrive dans cette scène en plein duel entre le Maître Jedi Mace Windu et le Chancelier Palpatine.

Anakin se retrouve alors face à un dilemme : laisser le Maître Jedi accomplir son devoir en éliminant le Seigneur Sith ou sauver ledit Seigneur qui affirme avoir le pouvoir de sauver sa femme, Padmé, d’une mort qu’il redoute.

Anakin choisira donc de sauver le Seigneur Sith, et c’est lors de cette ultime épreuve qu’il échoue définitivement dans sa quête : lui qui avait été pressenti pour apporter l’équilibre dans la Force en éradiquant le Mal l’a désormais rejoint.

Cet accomplissement s’accompagne d’une transfiguration qui passe par le changement de nom et d’apparence : Anakin sera désormais dénommé « Darth Vader » (Darth signifie : dark lord of the sith) et, suite aux séquelles mortelles du combat contre son ancien maître, il sera vêtu d’une armure désormais mondialement et universellement célèbre, qui le maintient en vie.

Un nouveau héros pour la quête, l’appel de l’aventure          

Star Wars (George Lucas, 1977), rebaptisé  : Star Wars Episode IV : A New Hope

Après le basculement de notre premier héros du « Côté Obscur de la Force », l’Ordre Jedi a été exterminé, et les deux enfants de Anakin ont été séparés, dans de nouvelles familles, ignorant tout de leur histoire. Entre temps, le Chancelier Palpatine est devenu Empereur et son apprenti, Darth Vader fait régner la terreur dans la galaxie.

C’est là qu’on retrouve Luke Skywalker, fils d’Anakin, qui vit chez son oncle et sa tante, sur la planète natale de son père. Luke est le prototype parfait du héros au mille et un visages : il est jeune, débrouillard, insouciant et cherche l’aventure  dans sa vie monotone de fermier d’humidité sur cette planète désertique.

Un jour, deux droïdes (robots) éjectés d’un vaisseau rebelle contre l’Empire sont retrouvés par Luke et ses parents adoptifs. Et l’un de ces droïdes contient un appel au secours de la Princesse Leïa, leader des Rebelles, adressé au Général Obi-Wan Kenobi. On a là exactement notre appel à l’aventure, il n’en faut pas moins pour que notre jeune héros se sente pousser des ailes et veuille porter secours à la princesse.

Très vite, le lien est fait entre le Général Obi-Wan Kenobi et le vieil ermite qui vit dans les parages sous le nom de Ben Kenobi, et qui depuis la fin des Jedi a vécu ici, reclus, pour veiller sur le fils de son apprenti.

Un seul élément retient notre jeune héros: ses parents adoptifs ont besoin de lui pour les récoltes. Qu’à cela ne tienne, les troupes de l’Empire, sur la trace des deux droïdes se rendent chez eux et les massacrent. Luke ne se rend compte du massacre qu’après, et malgré l’horreur, cette immersion de l’extérieur (les troupes impériales) dans sa vie auparavant paisible sonne comme le glas de sa juvénilité, il est désormais déterminé à suivre les préceptes d’Obi-Wan et choisit l’aventure.

Plus tard dans le film, on assistera au sacrifice du mentor, Obi-Wan, alors qu’il affronte Darth Vader. Luke ne sait pas encore que Darth Vader n’est autre que son père, et pour Obi-Wan il est essentiel qu’il ne le sache pas, afin de pouvoir le détruire et ramener l’équilibre dans la Force, comme aurait dû le faire son père avant lui.

Le héros découvre l’univers plus vaste                                      

The Empire Strikes Back (Irvin Kershner, 1980), rebaptisé : Star Wars Episode V : The Empire Strikes Back

Après la mort de son premier mentor, Luke part à la recherche du dernier des Jedis, Maître Yoda, reclus en exil lui aussi.

Face à ses enseignements, Luke montre la même impatience que son père, il ne comprend pas encore toutes les subtilités de cet univers spirituel.

Lors de cette scène magnifique, Maître Yoda lui montre la Force avec la magnifique citation :

« Size matters not. Look at me. Judge me by my size do you ? And well you should not. For my ally is the Force, and a powerful ally it is. […] Its energy surrounds us and binds us. […] You must feel it around you ; here, between you, me, the tree, the rock, everywhere. »

« La taille importe peu. Regarde moi. Par ma taille me juges-tu ? Tu ne devrais pas. Car mon allié est la Force, et la Force est puissante. […] Son énergie nous entoure, nous unit. […] Tu dois la sentir autour de toi, ici, entre toi, moi, l’arbre, la pierre, partout. »

Le héros découvre son identité et son destin      

Toujours The Empire Strikes Back (Irvin Kershner, 1980)

C’est là que tombe la révélation la plus connue de toute l’histoire du cinéma : Darth Vader est le père de Luke.

Dans cette scène iconique, Luke doit donc faire face à la révélation de sa destinée qui s’illustre par deux choix :

Premièrement, suivre la voie de son père et l’aider à renverser l’Empereur, pour ainsi régner ensembles sur la galaxie.

Deuxièmement, suivre la voie d’Obi-Wan et de Yoda et terminer sa formation de Jedi, et, au lieu de détruire Darth Vader, le mener vers la Rédemption et donc vers l’équilibre de la Force.

Face à cela, notre héros choisit la deuxième voie, évidemment.

L’épreuve finale du héros et la Rédemption du père               

Return of the Jedi (Richard Marquand, 1983), rebaptisé : Star Wars Episode VI : Return of the Jedi

C’est l’étape ultime de la quête du héros, celle par laquelle il éliminera le mal et parviendra à atteindre le rang de ses mentors, c’est-à-dire dans notre cas, le rang de Maître Jedi.

Le fils va donc se battre contre le père, sous les yeux du Maître du père, l’Empereur. Car le Seigneur Sith cherche toujours à remplacer son apprenti, et il le remplace en choisissant un autre apprenti potentiel et en les faisant se battre l’un contre l’autre.

Si Luke détruit Darth Vader, il passe donc sous le joug de l’Empereur, mais d’un autre côté, s’il ne le détruit pas, il meurt et échoue dans sa quête.
Notre héros va donc choisir de vaincre son père puis de refuser de le détruire. Ce que l’Empereur appréciera peu. Ce dernier se met en tête alors de torturer et mettre à mort personnellement Luke.
On assiste alors à une des scènes les plus puissantes de la saga, celle où Darth Vader regarde alternativement son fils se faire torturer et l’Empereur, son maître, le tortionnaire, la cause de toutes ses souffrances depuis le début. Son visage se tourne tantôt vers l’un tantôt vers l’autre, et lorsque Luke pousse un déchirant « Father, please. », Anakin Skywalker, le Jedi, renaît en lui et il soulève l’Empereur avant de le précipiter dans le vide.
C’est la Rédemption d’Anakin Skywalker, qui est donc véritablement celui qui aura apporté l’équilibre dans la Force en détruisant le Seigneur Sith. Cette Rédemption est toutefois provoquée par son fils Luke, animé par l’espoir qu’il y a « encore du bon en [Darth Vader] ». C’est pourquoi Luke va inhumer son père selon les rites Jedis, exactement de la même manière qu’a été inhumé son premier maître, Qui-Gonn (au 1. souvenez-vous). Ainsi, lorsque les fantômes de Yoda et Obi-Wan apparaissent à Luke, le fantôme d’Anakin Skywalker se glisse avec eux, une façon de montrer que sa rédemption est complète, il fait un avec la Force, comme les autres Jedis.

D’une certaine manière, la boucle est bouclée, le père et le fils héros ont accomplis leurs destinées respectives, l’équilibre est apporté dans la Force …

… jusqu’à l’épisode VII : Star Wars : The Force Awakens que vous allez vous empresser d’aller voir.

Nouvelle édition, nouvelle affiche

Après de longues discussions au sein du Bureau du Festival, il a été décidé d’élaborer l’affiche de l’édition 2017 à partir de l’oeuvre lauréate du Lyf d’Or 2016, le film Candela présenté par Malou SIX et Cassandre LEONARD.

Le plan suivant du film a été choisi :

Puis elle a été élaborée pour servir d’affiche de la deuxième édition du Festival par Pierre Triollier :