[Lumière 2017] Hola, Guillermo ! (Jour 1)

Une année qui promet énormément, à l’évidence. Cette fois, c’est Wong Kar-wai qui recevra le prix Lumière, après les illustres Tarantino, Almodovar, Scorsese et enfin Deneuve l’année dernière. On en attend beaucoup, d’autant plus que les autres invités de cette 9e édition sont tout autant remarquables : Del Toro, Mann, Friedkin, Kurys… !

Cette première journée était intégralement consacrée pour nous à l’immense Guillermo del Toro. Il était d’autant plus admirable qu’il vienne présenter La tête contre les murs de Georges Franju, le premier film de celui-ci, quand quelques heures plus tard il reviendra présenter certains de ses films dans le cadre de la nuit qui lui est dédiée.

La Tête contre les murs, donc, date de 1959. Film imparfait sans doute, il s’agit malgré tout d’une première œuvre remarquable dans le paysage français de l’époque. Une ébauche d’un Les Yeux sans visages, qu’il réalisera l’année suivante. Certaines scènes du film évoquent ainsi très clairement l’univers fantastique qui sera la marque de fabrique du réalisateur : un travail sonore et musical remarquable, renforçant par des jeux d’opposition des scènes suscitant un certain malaise. Au-delà, certains jeux de symboliques sont déjà présents dans ce film : les colombes, ici en cage, le médecin ayant une sorte d’influence quasi-religieuse sur son environnement… Mémorable en tout cas sont les prestations d’Aznavour (invité surprise du festival) et de Paul Meurisse !

Ce n’est d’ailleurs pas si surprenant que Del Toro ait choisi ce film dans sa carte blanche. On constate un véritable lien thématique entre ses films et celui-ci. Cette réflexion autour de la désobéissance vis-à-vis de l’autorité s’avère ainsi récurrente. Dans Le Labyrinthe de Pan (2006), ainsi, c’est autant la jeune fille qui désobéit au père adoptif que les rebelles qui désobéissent aux soldats de Franco et à son régime. Dans Hellboy (2004), il est obligé de désobéir à l’autorité (le FBI), s’échapper, pour pouvoir essayer de lui aussi mener une vie normale. Il existe aussi le motif de l’opposition à une autorité fondatrice : celle des parents. Hellboy comme la jeune Ofélie sont en affrontement permanent avec leurs parents, comme le personnage principal du film de Franju. Puisqu’on vous dit que tout est lié !

Zombillenium – Ni plus, ni moins que des zombies

Si c’est drôle, alors ça va. C’est généreux, amusant, bref, en un mot divertissant. Dire que c’est excellent serait sans doute déjà trop en dire. Zombillenium, adapté de la BD éponyme, a de nombreux mérites qu’on s’efforcera de vous lister ici rapidement. D’abord, à en croire les réactions dans la salle, c’est fidèle à l’oeuvre originale (même réalisateur, donc pas une énorme surprise). C’est assez fin dans la mesure où les pics touchent juste. On rit beaucoup, on en sort satisfait. Cette satisfaction d’avoir vu un bon film.

Au-delà de cela, l’intérêt de Zombillenium, c’est la forme. Le film aura pris 6 ans à être produit, ce qui est énorme quand on y réfléchit. C’était si difficile que le réalisateur-auteur avoue qu’il n’aurait pas eu le temps d’écrire de nouveaux volumes à sa BD, trop pris par la production. Mais dans ce cas là, quel sens à donner à cet investissement ? Quel est l’apport fondamental d’avoir consacré tout ce temps, toute cette sueur pour un long-métrage de 1h30, si ce n’est pour qu’il ne reste qu’une parenthèse ? Sans doute le film profitera de sa base de fans pour subsister, trop heureux de découvrir une histoire inédite.

Zombillenium, c’est un peu un concentré pop, pulp, urbain. C’est frais et c’est bien fait. En plus, c’est français. Bref, difficile de ne pas vous le recommander chaudement, que vous connaissiez ou non l’oeuvre de base. Une manière de soutenir un cinéma d’animation qui, en France, possède de nombreux mérites et dont le développement s’avère particulièrement intéressant depuis quelques années – grâce à des films tels que Ma Vie de Courgette, Ernest & Celestine, Tout en haut du monde

Zombillenium (2017) de Arthur de Pins et Alexis Ducord, avec E. Curtil, K. Marot, A. Tomassian. Sortie le 18 octobre 2017.

L’Atelier – Comment sauver la jeunesse de la colère

Laurent Cantet, c’est un peu le cinéaste d’un film. C’est triste à dire mais c’est vrai : sa consécration avec la Palme d’Or d’Entre les murs en 2008 était un cadeau empoisonné. D’un film sociologique, son cinéma est devenu irrigué de thèmes tels que l’intégration, la jeunesse, son ressenti sur le monde. C’est d’autant plus flagrant dans son nouveau film, L’Atelier, qui malgré ses réussites, peine à faire oublier sa troublante ressemblance par moments.

L’élément le plus flagrant est au cœur même du film et lui donne même son nom. L’Atelier, c’est un atelier d’écriture, un stage pour des jeunes en rupture avec le système éducatif traditionnel et qui n’arrivent pas à trouver du travail. L’atelier est donc une chance d’accomplir quelque chose de marquant (écrire un livre ensemble) alors qu’un des personnage confie qu’il n’aurait jamais pensé publier un roman un jour. Cet atelier fonctionne comme une salle de classe : les jeunes échangent entre eux, leur regard de la société, face à un médiateur, le professeur, ici une romancière (Marina Foïs), ancré dans un tout autre milieu social.

 

L’environnement a ici une place beaucoup plus riche quand dans Entre les murs. En effet, le film se déroule à La Ciotta, ancienne ville industrielle ayant connu des fermetures de chantier massives et subie désormais un chômage très important, notamment chez les jeunes. L’écriture devient ici une échappatoire (« faire de ton quotidien une aventure »), et ses vertus sont longuement abordées dans le film. Et quel quotidien ? Celui de docks en ruine. Comment se construire dans cet environnement ? Difficilement : l’atelier l’illustre. L’image qu’ont ces jeunes de leur propre ville s’avère intéressante, avec cette tension entre nostalgie (il y avait du travail avant, et on en était fier, comme en témoigne ce grand-père) et un pessimisme haineux (se retrouvant concentré dans le personnage de Matthieu Lucci, véritable découverte du film).

Ce pessimisme est le principal sujet du film. Il s’agit d’interroger la radicalisation des comportements d’un individu. Elle passerait ainsi par le désespoir d’une jeunesse désillusionnée, ne trouvant un répit que dans les extrêmes. Ici, le personnage de Matthieu Lucci cultive sa propre colère et fini par être transformé par cet atelier. Le fait d’extérioriser celle-ci (dans un style que Virginie Despentes n’aurait pas renier). Transformé au point de changer ? Non, au point de préférer changer d’air, de lieu, peut être de vie. Sorte d’ouverture sur le monde, la mer illustrant le trouble des personnages, elle est aussi l’échappatoire (il part en bateau). Quand au personnage de Marina Foïs, elle rappelle la figure œdipienne : rien de sexuel là dedans, mais tout de même, il y a un désir indéniable qui parsème le film.

Si L’Atelier n’est pas le chef d’œuvre de Laurent Cantet, ce n’est pas non plus un échec. Il s’agit peut-être simplement d’un amer goût de déjà vu qui s’empare du spectateur connaisseur. Un néophyte trouvera ici une bonne porte d’accès vers son cinéma.

L’Atelier (2017) de Laurent Cantet, avec M. Foïs, M. Lucci. Sortie le 11 octobre 2017.

Le Sens de la fête – Un film Intouchable, une réussite incontestable

Dire qu’il a tout du grand film populaire est presque un euphémisme. Le nouveau film d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano, après Intouchables, était un véritable défi sur de nombreux aspects. Et c’est une réussite.

Et il nous faut appuyer sur ce mot populaire, ne le nions pas. Et ce n’est pas un défaut : très loin de là. Par populaire, j’entends qui possède une capacité d’identification pour le spectateur très forte : le sujet, ici, l’est par excellence. Quiconque s’est déjà rendu à un mariage en reconnaîtra certains aspects, des demandes musicales incongrues de la part des personnes âgées au discours un poil trop long du marié. Le fait d’avoir choisi de raconter un mariage vu depuis l’équipe qui l’organise est d’ailleurs un choix méritant car il permet d’en découvrir les coulisses (et notamment, le coup des feuilletés aux anchois, particulièrement savoureux). C’est surtout l’écriture qu’il faut d’ailleurs saluer, particulièrement dense car elle repose sur un ensemble de sous-intrigues articulant les relations entre les différents personnages et leurs évolutions tout au long de la soirée. Ces personnages, une véritable galerie loufoque : Max le patron (Bacri, même si c’est encore et toujours le rôle du râleur), Adèle sa seconde (Eye Haïdara), Guy le photographe (Rouve), James le DJ (Lellouche), Josiane amante du patron (Suzanne Clément), le jeune marié (Benjamin Lavernhe), l’ex-prof de français (Vincent Macaigne)… Non seulement aucun n’est sous-employé, chose admirable, mais tous sonnent toujours juste.

Au-delà de la comédie, Le Sens de la fête est d’une grande finesse. Il s’agit, dans ce mariage, de deux France qui se regardent. La France bourgeoise, incarnée par les mariés et leurs invités, face à la France du travail, celle de la troupe. Il est intéressant de voir les relations qui se dessinent entre les deux groupes. Les mariés exigent par exemple que les serveurs soient habillés en laquais (type 17e siècle), comme une manière de les renvoyer à leur position (celle de servir). Le jeune marié interdit au DJ de demander « de faire tourner les serviettes », exigeant de son mariage une certaine distinction. Lorsque deux serveurs (William Lebghil et Kévin Azaïs, de nouveau côte à côte après Les Combattants!) voient le jeune marié préparant une sorte de ballet, c’est l’incompréhension (« On dirait qu’il fait l’oiseau »). Il s’agissait, de fait, d’une surprise pour sa compagne : rien n’indiquant son métier, peut-être qu’il est danseur, ceci expliquant cela ?

Le fait est que le personnage du jeune marié est lui-même tout à fait intéressant, puisque sa volonté de tout contrôler va jusqu’à prétendre que l’organisation du mariage est de lui (le film met en évidence que ce n’est pas tout à fait vrai). Ce n’est pas totalement faux non plus, c’est même dans l’ordre des choses. Mais l’essence du film se situe ici, dans cette phrase, ce credo, de Bacri : « On s’adapte ». Il faut s’adapter au rythme, soutenu, caméra à l’épaule et plans séquences à l’appui (donnant des aspects documentaires : la fameuse scène des feuilletés aux anchois et l’eau gazeuse en est un parfait exemple). Quitte à aller jusqu’à transmettre un discours très libéral (défense des petits patrons, justification du paiement au black de certains serveurs en extra…).

Mais on pardonne tout à un film frais, vivant, énergétique et ambitieux. Véritable promesse d’un énorme succès public, Le Sens de la fête pourrait bien être en plus un succès critique. A voir, sans aucun doute.

Le Sens de la fête (2017) d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano, avec J.-P. Bacri, J.-P. Rouve, G. Lellouche. Sortie en salle le 4 octobre.

Le film jeune, une définition

Au sortir de l’édition 2017 du Festival du film Jeune de Lyon, Pierre Triollier du Brochet, président de l’Association Lyf, nous livre une tribune dans laquelle il s’essaie à une définition du film jeune, notion précise, notion floue, qui porte en elle les bases même de l’existence de l’Association Lyf, du Festival du film Jeune, et de l’Union du film Jeune.

Il est une notion qui nourrit les débats les plus intenses entre le Lyf et ses partenaires d’une part, mais également au sein même des Jurys successifs du Lyf. Ce débat porte sur le film jeune. Qu’est-ce ? Comment le définir ? Par qui est-il produit ?

Cinéma professionnel ? Espoir en gestation ? Le film jeune est-il seulement définissable, n’est-il plutôt pas condamné à demeurer une notion vague. Ou alors, devons-nous l’inventer pour qu’il existe ?

Une notion unique et nouvelle

En effet, le Festival du film Jeune de Lyon est unique en son genre. Il existe des festivals du film lycéen, des festivals de court-métrages ouverts aux courts réalisés par des étudiants en école de cinéma ou de création audiovisuelle. Mais un Festival du film Jeune en général, cela n’existe qu’à Lyon, et c’est organisé chaque année en septembre par l’Association Lyf.

Cette notion repose sur deux choses, un constat tout d’abord, puis une raison organique à la création de ce Festival en 2016.

Un premier constat : l’absence de Festival du film Jeune à Lyon

Avec la fermeture de la section films du bac du Festival du film court de Villeurbanne, les jeunes réalisateurs lycéens de la Ville Lumière, berceau du 7ème art, voyaient leurs films cantonnés à leurs placards. Il était quand même aberrant que dans cette ville, qui a vu la naissance du cinématographe par la technique des ingénieurs Lumière, il n’y ait pas d’espace, pas de proposition faite aux jeunes talents du cinéma, qui représentent potentiellement les grands artistes de demain.

L’Association Lyf a voulu proposer à ces jeunes, pleins de talent, une opportunité de visibilité pour leur travail, ce qui est chose faite. Bien que le film lycéen soit en lui-même un sous-genre du film jeune (contrainte de moyens, âge des réalisateurs, …), il apparaissait qu’il serait plus pertinent de mêler dans un même festival des lycéens et des étudiants, les uns pouvant s’inspirer des autres, créer des relations, un réseau de connaissance pour leur orientation et leur épanouissement dans leur passion commune.

Le parcours et l’origine des fondateurs de l’association Lyf

Si l’Association Lyf a créé un Festival du film Jeune de cette nature et qui surprend tellement par son décalage par rapport aux festivals traditionnels, c’est aussi en partie dû à l’origine et le parcours universitaire de ses fondateurs et membres. Jusqu’à la création d’un partenariat avec l’association Kinoks [association des étudiants de la licence Arts du spectacle – cinéma de l’Université Lyon 2, ndlr], aucun étudiant en cinéma ou en étude supérieure audiovisuelle ou cinématographique n’avait pris part à l’organisation du Festival ou des autres activités de l’association.

L’Association Lyf est d’abord née de la volonté du Festival du film lycéen de Saint-Just et du Festival Luciole (lycée la Martinière Monplaisir) de s’unir pour mieux développer leurs initiatives novatrices et uniques et les propager dans d’autres lycées ou établissements. De cet idéal est né l’Union du film Jeune qui rassemble différentes associations et manifestations en relation avec le cinéma jeune. Cette Union participe à l’organisation du Festival du film Jeune, qui se trouve de fait aux mains d’étudiants et de lycéens de tous horizons.

De fait, donc, l’Association Lyf étant composée de personnes de tous horizons, nous avons collectivement fait le pari tacite d’organiser une manifestation cinématographique d’un genre nouveau.

Le film jeune comme air frais sur le cinéma lyonnais

En effet, qu’est-il comme intérêt pour la jeunesse que les seuls festivals du cinéma qui lui sont dédiés soient des machines à promouvoir les différentes écoles lyonnaises entre elles, celles-ci se disputant les places du palmarès. Au Lyf, nous jugeons le produit fini, ainsi un lycéen et un étudiant de la Cinéfabrique, ainsi qu’un étudiant de la Factory peuvent être récompensés, en atteste le palmarès de l’édition 2017.

L’acceptation du film jeune comme notion transversale du film lycéen au film étudiant et au film étudiant en filière audiovisuelle est nécessaire et préalable à la création d’une véritable culture cinématographique jeune à Lyon et en France.

Encore une fois, à Lyon notamment comme nous le constatons, mais également en France, même dans un milieu artistique sensé être davantage progressiste, les grandes écoles supérieures de cinéma, qu’elles soient publiques ou privées, concentrent à elles-mêmes le mérite et la récompense quand tant d’âmes jeunes et vives se démènent au lycée ou sur les bancs de la faculté pour faire vivre un cinéma différent, un cinéma hors des cadres habituels, un cinéma outre-académique.

Enfin, un néologisme assumé

Nombreux sont ceux qui tentent de nous mettre dans des cases. Nous ne sommes pas un festival de court-métrages professionnels, ni un festival de court-métrages amateurs. Notre ligne éditoriale se dresse sur la simple base de l’âge de nos candidats : 25 ans ou moins. 25 ans c’est l’âge auquel on n’a plus accès aux réductions étudiantes, c’est aussi l’âge auquel on ne peut plus être membre du Bureau de l’Association Lyf.

Alors oui, nous créons de choses nouvelles, de nouvelles notions, et nous en assumons et en assumerons toujours les conséquences. La création est au cœur de la passion qui nous guide dans cette aventure, et il est donc normal que nous occupions ce créneau qui avait été laissé libre par les acteurs du cinéma lyonnais auparavant.

Il est aussi naturel pour nous d’appeler à la multiplication des initiatives de notre genre. Créez, échangez, développez les initiatives cinématographiques jeunes.

J’invite la jeunesse à créer son propre cinéma au lieu de se laisser dicter des valeurs par le cinéma académique ou professionnel, la création appelant la création, sommes-nous à l’aube d’une nouvelle vague de la jeunesse, nouvelle vague qui sera forcément émancipatrice pour les jeunes comme pour les moins jeunes.

Etre jeune, c’est créer. C’est conserver une fougue, une perspicacité, une vivacité qui n’a pas d’âge. Notre création d’un cinéma jeune n’a pas vocation à en exclure les moins jeunes, mais à mettre les lycéens et les étudiants au devant de la création artistique cinématographique lyonnaise.

Notre démarche n’est pas de faire pousser des ailes imaginaires à un lycéen ou un étudiant réalisateur. Notre démarche est de le responsabiliser dans sa création, en lui permettant de l’offrir à un public plus large.

En définitive, le Festival du film Jeune, l’Union du film Jeune, sont des créations artistiques autant que les films et manifestations qui les composent, et bien mal avisé serait celui ou celle qui chercherait à les placer dans une case pour les analyser.

Car si une telle case devait exister, nous l’aurions créée avant de l’occuper.

J’adresse sincèrement mes amitiés aux lecteurs de ce blog animé avec fougue et velléité par notre cher Lucas, ainsi qu’à tous nos amis, partenaires, sponsors, qui croient en ce rêve du film jeune, et plus particulièrement du film jeune lyonnais.

Pierre Triollier du Brochet

Président du Lyf, du Festival et de l’Union du film Jeune

Clap de fin sur le LYF 2017 ! + Palmarès

C’était ce matin, dans l’enceinte du Comoedia, que s’est clôt le 2e Festival du Film Jeune de Lyon. Moments d’émotions, de surprises et d’éclats de joies pour les lauréats, tous âgés de moins de 25 ans. C’était pour certains leur première expérience face à un vrai public d’inconnus. Et l’on sait comme le public lyonnais est chaleureux et cinéphile !

Ce fut ainsi une occasion de visionner sur grand écran des films aussi divers que Vas, je ne te hais point, pour lequel Cléo Senia a reçu le prix de la meilleure interprétation – autour de la célèbre ligne de Corneille et de la difficulté de la jouer correctement entre caprices d’actrices et mauvaises prises.

Le film de Nina de Sandrans, Sauvage Urbain, est reparti avec le prix du meilleur montage.

Nouveau cette année : les films d’animations et les documentaires ont fait leur entrée dans la compétition par la grande porte ! Ce fut ainsi Le Dernier pas, réalisé par Vicky Petrequin, qui repart avec le prix du meilleur film d’animation. Quant au meilleur documentaire, c’est Jérémie Attard qui l’emporte avec dans Le Cinéma de Papa, une œuvre touchante dédiée au travail de son père réalisateur.

Parmi les grands vainqueurs de ce festival, Sunlight, d’Anatole Levilain-Clement repart avec le prix de la meilleure bande originale et le prix de la meilleure image. Moto, de Théo Abadie, repart avec le prix du meilleur film étudiant en audio-visuel et Corvi, après sa victoire au Festival du Film Lycéen de Saint-Just (membre du l’Union du Film Jeune), repart avec le prix du meilleur film lycéen.

Le prix du public a été remis au très joli documentaire Lire, écrire, réalisé par Manon Brookfield, consacré à l’apprentissage de la langue, mêlant les interventions d’enfants et d’enseignants. Le film est disponible en ligne, profitez en !

Décision sans appel, réalisé par Maxence Raphael et Théo Blossier, œuvre touchante sur deux hommes dans le coma, repart avec deux prix : celui du meilleur scénario et du meilleur film étudiant. Théo Blossier avait déjà remporté le prix du public l’année dernière (avec Temps d’attente)… Vivement le prochain film !

Et last but not least, le prix de la meilleur réalisation ainsi que le LYF d’or repartiront avec Marion Filloque pour son film Les Âmes sœur. Véritable coup de cœur du festival pour ce film qui traite habilement des relations entre deux sœurs, dont l’une est atteinte d’une maladie psychiatrique.

L’édition s’est ainsi achevé sur de chaleureux applaudissements, à la fois pour les lauréats et pour l’équipe, qui prépare déjà une prochaine édition aux petits oignons… Mais en attendant, ce soir, c’est flammekueche.

Les lauréats de la 2e édition du Festival du Film Jeune de Lyon :

Meilleure interprétation : Vas, je ne te hais point
Meilleur montage : Sauvage urbain
Meilleure image : Sunlight
Meilleure bande originale : Sunlight
Meilleur film d’animation : Le Dernier pas
Meilleur documentaire : Le Cinéma de Papa
Meilleur scénario : Décision sans appel
Meilleure réalisation : Les Âmes sœurs

Prix du Public : Lire, écrire
Prix du meilleur film lycéen : Corvi
Prix du meilleur film étudiant : Décision sans appel
Prix du meilleur film étudiant en audio-visuel : Moto
LYF d’or : Les Âmes sœurs

Festival du Film Jeune de Lyon 2017 – Clôture et flammekueches

Alors que le Festival du Film Jeune de Lyon bat son plein (il reste des projections!), la clôture arrive (déjà) à grands pas… !

Pour fêter tous ensemble la fin de cette édition record (50 films montrés, 9 projections, une conférence et des centaines de spectateurs ravis…!), l’équipe vous propose de se retrouver tous ensemble samedi soir à partir de 19h, après la clôture au Comoedia, au Flam’s (12 Rue Tupin, 69002 Lyon). Pour 5€ seulement (au lieu de 14€), profitez de flammekueches en illimitées (boisson comprise), de bonne humeur et d’une équipe fatigué mais heureuse !
Pour réserver, cliquez ici. Vous pouvez prendre votre place à chaque projection et à la cérémonie de clôture.

N’oubliez pas les projections à venir cette semaine :
→ MERCREDI 27 SEPTEMBRE A 18H, projection « BERBERIAN » (Université Lumière Lyon 2) (Réservation)
→ JEUDI 28 SEPTEMBRE A 18H, projection « HERRMANN » (Immaculée Conception, Villeurbanne) (Réservation)
→ VENDREDI 29 SEPTEMBRE A 18H30, projection « ROBIN WILLIAMS » (Auditorium Malraux) (Réservation)

Et on se retrouve tous samedi matin au Comoedia, à 10h30 pour célébrer le cinéma jeune avec un palmarès riche et haut en couleur ! (cérémonie gratuite et ouverte à tous, réservation conseillée, cliquez ici !)

Lien vers l’événement Facebook du Festival
Lien vers l’événement Facebook de la cérémonie de Clôture (Samedi 30 septembre à 10h30)

Barbara – Abrogation du biopic par contumace

Le terme biopic est la contraction de biographical picture, un film biographique. Précisément ce que n’est pas Barbara de Mathieu Amalric. L’enjeu est alors ici de répondre à cette question : qu’est ce qu’est Barbara si ce n’est pas un biopic ? C’est l’étude des sentiments profonds suscités par la connaissance, par les traces de l’existence, de la chanteuse Barbara, par un jeune adolescent de 16 ans qui a vieilli (Amalric). Passionné par la voix, par les textes, mais peut-être plus encore par sa manière d’exister que par sa vie et ce qui l’a traversée. Une passion dévorante qui anime un Homme qui, dans un geste rempli de fatalité, essaie de faire sien un fantôme.

Et ce geste, il est cinématographique. Il est Mathieu Amalric, dans une mise en abîme, une justification scénaristique : on tourne dans le film, un autre film, sur Barbara. Cette dernière est interprétée par Jeanne Balibar, qui joue celle qui joue à être Barbara. C’est leur rencontre qui constitue le moteur du film : elle se transforme devant sa caméra. Comme un papillon sortant de sa chrysalide, elle change, le doute s’instille : est-ce une illusion que vit le réalisateur ? Ou un rêve éveillé ? C’est un fantôme, le fantôme qui survit à travers ces images d’archives (ou plutôt ces fausses images d’archives : c’est Balibar qui joue Barbara dedans…). Mais on oublie jusqu’aux traits de la vraie interprète, elles semblent respirer le même air.

Mêlant les techniques (fausses archives, caméra à l’épaule, longs plans séquence immortalisant un tournage de film…), on devine le fantasme. Celui de la voir, de l’avoir, pour de vrai, en chair et en os. Cette séquence exceptionnelle dans laquelle Amalric se jette devant la caméra pour se mettre dans le public écoutant Barbara à un concert. Amalric, toujours lui, qui va après le concert demander un autographe à Barbara-Balibar (vous suivez?). L’artiste répond d’un cinglant : « c’est un film sur vous ou un film sur moi ? ». « C’est la même chose ». Il a un regard d’enfant émerveillé.

Franchir l’illusion cinématographique, et le regard fasciné du réalisateur-acteur-scénariste-amoureux transi, essayer de « quitter ce décor » pour finalement rejoindre une pureté, une simplicité. Elle, sur son piano, chante. Lui, regarde, assiste. La caméra tourne autour, le blanc immaculé éclairant abondement le visage de Balibar, qui finit par disparaître à contre-jour. Ce n’était pas Balibar, peut être Barbara elle-même, ou un « spectre ». C’est ce mot qui est lâché quelques minutes après dans la séquence finale du film. La plus étrange sans doute : quelques plans, on est revenu à la maison où elle a vécu. Un châle (son châle), posé sur une chaise. C’est sa cape qu’elle a fait tombé, elle n’est plus super-héroïne, n’est plus cette femme fatale, cette séductrice, cette professionnelle, cette travailleuse, cette hystérique, ce petit animal fragile. Ou, au contraire, elle est tout ça à la fois. Elle est redevenue une femme normale, engagée (Barbara le fut véritablement contre le SIDA). Mais difficile de savoir s’il s’agit de Barbara ou Balibar. Qu’importe, finalement, pourvu que les fantômes s’impriment sur pellicule.

Barbara (2017) de Mathieu Amalric, avec J. Balibar, M. Amalric, V. Peirani. Sortie le 6 septembre 2017.

Un départ réussi pour le deuxième Festival du Film Jeune de Lyon !

C’était avec une certaine émotion que l’équipe du Festival du Film Jeune de Lyon s’est réunie mercredi soir dans l’amphithéâtre Malraux de l’Université Lyon 3 pour l’ouverture de sa 2e édition.

Ce fut l’occasion pour les partenaires du festival de s’exprimer sur l’importance de défendre le cinéma jeune et ce format si précieux qu’est le court-métrage. Matéo Balestriero, réalisateur de Game of Tongs : the Last Fight, primé l’année passée, est venu avec sa bonne humeur et son énergie animer une soirée forte en émotions. Le président de l’association LYF, organisant le festival, a d’ailleurs rappelé l’histoire de celui-ci: initialement le projet d’une bande de potes… qui commence à prendre de l’ampleur !

Julia Chapot, aussi lauréate de la première édition pour son Video Killed the Radio Star, est ainsi venue présenter émue, en avant-première, son dernier court-métrage, Da Lost Boyz. Sorte de relecture punk de Peter Pan qui n’a pas manqué de réveiller l’auditoire, qui a très justement rendu hommage, dans une salve d’applaudissements, au travail exceptionnel fourni par l’équipe du film (présente dans la salle). Il sera d’ailleurs projeté le 23 septembre à 11h30 au Zola, et nous pouvons vous assurer que le succès y sera au rendez-vous !

Après une heure et demi aussi énergétique, force est de constaté que cette nouvelle édition, particulièrement prometteuse, commence sous de bons auspices. Rendez-vous le 20 septembre pour découvrir les premiers films en compétition du festival. N’oubliez pas que la clôture aura lieu le 30 septembre à 10h30, au Comoedia : elle sera gratuite, et suivie de la projection des films lauréats. Ce serait bête de rater ça !

Site officiel du Festival du Film Jeune de Lyon
Lien vers l’événement Facebook du Festival du Film Jeune

Lien vers l’événement Facebook de la conférence suivie de la projection « Pasolini »