Martin Eden – Le héros romantique face au monde

Faire l’éloge de la liberté et du savoir en dressant le portrait de toute une époque – dans ses mutations, ses évolutions, ses désillusions, tel était le projet de l’italien Pietro Marcello en adaptant un roman de Jack London. S’il conserve la figure du jeune marin prolétaire souhaitant devenir écrivain, il décale le récit dans les citées portuaires méditerranéennes, et place son récit hors du temps : on reconnaît le XXe siècle mais on ne saurait évaluer la période qui s’écoule dans le film, les décennies traversées.

La culture, et la liberté qu’apporte la connaissance, étaient inaccessible à Martin Eden. La situation change quand il rencontre la jeune Elena Orsini, étudiante bourgeoise napolitaine dont il s’entiche. L’éducation apparaît alors comme une nécessité : savoir lire permet de ne plus passer pour un ignorant, permet de plaire à sa douce, à ce milieu qui lui était inaccessible. Tout le monde convient qu’elle permet en plus d’éradiquer la pauvreté, d’émanciper l’Homme. En fait, comme le dit Martin Eden lui-même, grâce aux livres il a appris à mettre des mots sur ce qu’il voit : l’avilissement, la misère, la soumission, l’extrême précarité. Il découvre une expression pour qualifier ce qu’il vit : la lutte des classes. Le savoir lui permet non pas de militer pour une cause, mais pour un idéal de société : il sera celui qui critiquera et contestera les idéologies boursouflant son époque – le socialisme révolutionnaire et le libéralisme bien pensant. En cherchant une autre voie, celle de l’artiste, il s’isole, au risque de ne jamais en revenir… Continuer la lecture de « Martin Eden – Le héros romantique face au monde »

Zombillenium – Ni plus, ni moins que des zombies

Si c’est drôle, alors ça va. C’est généreux, amusant, bref, en un mot divertissant. Dire que c’est excellent serait sans doute déjà trop en dire. Zombillenium, adapté de la BD éponyme, a de nombreux mérites qu’on s’efforcera de vous lister ici rapidement. D’abord, à en croire les réactions dans la salle, c’est fidèle à l’oeuvre originale (même réalisateur, donc pas une énorme surprise). C’est assez fin dans la mesure où les pics touchent juste. On rit beaucoup, on en sort satisfait. Cette satisfaction d’avoir vu un bon film.

Au-delà de cela, l’intérêt de Zombillenium, c’est la forme. Le film aura pris 6 ans à être produit, ce qui est énorme quand on y réfléchit. C’était si difficile que le réalisateur-auteur avoue qu’il n’aurait pas eu le temps d’écrire de nouveaux volumes à sa BD, trop pris par la production. Mais dans ce cas là, quel sens à donner à cet investissement ? Quel est l’apport fondamental d’avoir consacré tout ce temps, toute cette sueur pour un long-métrage de 1h30, si ce n’est pour qu’il ne reste qu’une parenthèse ? Sans doute le film profitera de sa base de fans pour subsister, trop heureux de découvrir une histoire inédite.

Zombillenium, c’est un peu un concentré pop, pulp, urbain. C’est frais et c’est bien fait. En plus, c’est français. Bref, difficile de ne pas vous le recommander chaudement, que vous connaissiez ou non l’oeuvre de base. Une manière de soutenir un cinéma d’animation qui, en France, possède de nombreux mérites et dont le développement s’avère particulièrement intéressant depuis quelques années – grâce à des films tels que Ma Vie de Courgette, Ernest & Celestine, Tout en haut du monde

Zombillenium (2017) de Arthur de Pins et Alexis Ducord, avec E. Curtil, K. Marot, A. Tomassian. Sortie le 18 octobre 2017.