Clermont 2019 – Le court métrage, un art à part

L’association LYF était à Clermont-Ferrand à l’occasion du festival du court métrage. J’ai eu la chance d’y être ! C’était une grande première pour moi. Pour dire vrai, je ne suis pas un expert en cinéma comme les autres illustres auteurs dont les critiques abondent ici même. Pourquoi alors, malgré mon ignorance relative du cinéma, suis-je parti à Clermont dans l’antre international du court métrage ? C’est l’envie de découvrir un art méconnu et intriguant, certainement trop sous-estimé. Mais c’est aussi l’envie de passer de très bons moments amicaux ou cinématographiques qui m’a poussé à partir.

Le moins que je puisse dire est que je ne regrette pas ma curiosité. Les courts métrages ont eu une réelle faculté à me transporter, me faire voyager, dans le passé, dans l’irréel, sur un autre continent, me projeter avec force dans une nature parfois hostile parfois magnifique et surtout me faire rêver. Pendant une séance de projection, il n’est pas rare de passer du rire aux larmes, de la joie à la tristesse, de la haine d’un personnage à l’empathie d’un autre. C’est d’ailleurs ce que montre parfaitement la bande annonce du festival, qui fête cette année sa 41ème édition. Elle condense parfaitement toutes ces émotions à un rythme particulièrement efficace, un aperçu de toute la richesse que cache cet art à part. Continuer la lecture de « Clermont 2019 – Le court métrage, un art à part »

Dix pour cent : une perle à la française

L’été approche, malgré les révisions, et c’est pour ça que Le Film Jeune Lyonnais s’attache à passer en revue les séries qu’on vous conseille pour la plage, la montagne, ou simplement chez vous.

Me voilà à la recherche d’une série légère et loin des thrillers/drames et j’en passe que j’ai l’habitude de suivre sur Netflix. Mes amis me conseillent Dix pour cent et là, la crainte : une série française, quelle horreur ! Je décide de dépasser mes préjugés et me voilà plongée dans cette série de 12 épisodes d’environ 50 minutes répartis en 2 saisons. Les épisodes passent et je ne m’arrête plus : les épisodes sont longs mais jamais longuets, l’intrigue est simple, mais jamais simpliste.

Tout tourne autour d’une agence d’artistes parisienne et de ses salariés, tous plus atypiques les uns que les autres. Chacun, par ses traits particuliers, apporte sa pierre à l’édifice venant rendre plus palpitante et habiller la présence de véritables célébrités françaises, cette dernière venant donner originalité et aplomb à la série. Au fil des épisodes, chaque personnage se dévoile et présente les traits types du commun des mortels : jalousie, possessivité, envie, courage, amour, mauvaise foi, opportunisme, égocentrisme, regrets… et j’en passe. Les faiblesses de chacun nous offrent une palette de personnages attachants, nous donnant envie de poursuivre l’aventure et de découvrir leur devenir.

Dix pour cent, c’est aussi une série qui milite à sa façon. Je vous laisserais découvrir par vous-même ce que j’entends par là, et vous recommande largement la série si vous souhaitez quelque chose de léger, touchant, drôle sans pour autant vous prendre le chou avec une série en VOST ou une version française mal doublée. Dix pour cent vous entraîne dans l’envers du décor du show business avec des rebondissements qui vous donneront (peut-être) envie de toucher au monde des agents.

Dix pour cent (saison 1 et 2 disponibles), créée par Fanny Herrero, d’après une idée originale de Dominique Besnehard, Michel Vereecken, Julien Messemackers

La série a été créée et est co-réalisée par Cédric Klapisch, que nous avions rencontré l’année dernière à l’occasion de la sortie Ce qui nous lie :

Interview de Cédric Klapisch (Ce qui nous lie, L’Auberge espagnole, Le Péril Jeune,…)

Barbara – Abrogation du biopic par contumace

Le terme biopic est la contraction de biographical picture, un film biographique. Précisément ce que n’est pas Barbara de Mathieu Amalric. L’enjeu est alors ici de répondre à cette question : qu’est ce qu’est Barbara si ce n’est pas un biopic ? C’est l’étude des sentiments profonds suscités par la connaissance, par les traces de l’existence, de la chanteuse Barbara, par un jeune adolescent de 16 ans qui a vieilli (Amalric). Passionné par la voix, par les textes, mais peut-être plus encore par sa manière d’exister que par sa vie et ce qui l’a traversée. Une passion dévorante qui anime un Homme qui, dans un geste rempli de fatalité, essaie de faire sien un fantôme.

Et ce geste, il est cinématographique. Il est Mathieu Amalric, dans une mise en abîme, une justification scénaristique : on tourne dans le film, un autre film, sur Barbara. Cette dernière est interprétée par Jeanne Balibar, qui joue celle qui joue à être Barbara. C’est leur rencontre qui constitue le moteur du film : elle se transforme devant sa caméra. Comme un papillon sortant de sa chrysalide, elle change, le doute s’instille : est-ce une illusion que vit le réalisateur ? Ou un rêve éveillé ? C’est un fantôme, le fantôme qui survit à travers ces images d’archives (ou plutôt ces fausses images d’archives : c’est Balibar qui joue Barbara dedans…). Mais on oublie jusqu’aux traits de la vraie interprète, elles semblent respirer le même air.

Mêlant les techniques (fausses archives, caméra à l’épaule, longs plans séquence immortalisant un tournage de film…), on devine le fantasme. Celui de la voir, de l’avoir, pour de vrai, en chair et en os. Cette séquence exceptionnelle dans laquelle Amalric se jette devant la caméra pour se mettre dans le public écoutant Barbara à un concert. Amalric, toujours lui, qui va après le concert demander un autographe à Barbara-Balibar (vous suivez?). L’artiste répond d’un cinglant : « c’est un film sur vous ou un film sur moi ? ». « C’est la même chose ». Il a un regard d’enfant émerveillé.

Franchir l’illusion cinématographique, et le regard fasciné du réalisateur-acteur-scénariste-amoureux transi, essayer de « quitter ce décor » pour finalement rejoindre une pureté, une simplicité. Elle, sur son piano, chante. Lui, regarde, assiste. La caméra tourne autour, le blanc immaculé éclairant abondement le visage de Balibar, qui finit par disparaître à contre-jour. Ce n’était pas Balibar, peut être Barbara elle-même, ou un « spectre ». C’est ce mot qui est lâché quelques minutes après dans la séquence finale du film. La plus étrange sans doute : quelques plans, on est revenu à la maison où elle a vécu. Un châle (son châle), posé sur une chaise. C’est sa cape qu’elle a fait tombé, elle n’est plus super-héroïne, n’est plus cette femme fatale, cette séductrice, cette professionnelle, cette travailleuse, cette hystérique, ce petit animal fragile. Ou, au contraire, elle est tout ça à la fois. Elle est redevenue une femme normale, engagée (Barbara le fut véritablement contre le SIDA). Mais difficile de savoir s’il s’agit de Barbara ou Balibar. Qu’importe, finalement, pourvu que les fantômes s’impriment sur pellicule.

Barbara (2017) de Mathieu Amalric, avec J. Balibar, M. Amalric, V. Peirani. Sortie le 6 septembre 2017.