Yomeddine – Un retour aux sources dans l’Egypte d’aujourd’hui

Désert égyptien, plus précisément, la Montagne aux détritus. C’est là que travaille Beshay (Rady Gamal), lépreux guéri. Essayer de trouver des objets qui ont de la valeur dans ce tas de plastiques, c’est son quotidien, c’est ce qui lui permet de vivre. Ce pauvre homme au corps abîmé perd son épouse, « la folle » qui avait perdue la tête. Qui pourrait se souvenir de lui à sa mort ? Continuer la lecture de « Yomeddine – Un retour aux sources dans l’Egypte d’aujourd’hui »

Miraï, ma petite sœur – Au centre de la maison, la famille

C’est la sensibilité de son regard, la douceur de son cinéma et la justesse de ses propos qui font de Mamoru Hosoda l’un des plus grands cinéastes au monde. Il faut mettre au défi quiconque voudrait le contester. Avec son nouveau film, Miraï, ma petite sœur, Mamoru Hosoda cherche dans le même mouvement de poursuivre son étude de la famille – en mettant au centre de son film les relations entre un enfant de 4 ans et sa petite sœur – et de faire du lien, permettre la construction d’une logique dans une filmographie de plus en plus dense et riche.

L’arrivée de la petite Miraï (« avenir », en japonais) bouleverse en effet le microcosme de Kun, petit garçon de 4 ans, et de ses parents. Lui qui captait toute l’attention, toute l’affection, a l’impression de plus être le centre d’intérêt de sa famille. Derrière ce changement se déroule de fait énormément de choses : la jalousie de ne plus être le seul, la colère de voir le rythme de vie influencé par l’exigence que suscite un nouveau né, l’impression d’être puni pour tout, pour rien… C’est en effet toute un apprentissage que traverse le personnage de Kun : il découvre dans la somptueuse scène introductive la neige qui tombe, et quelques instants plus tard sa petite sœur, d’un blanc immaculé. La découverte et de fait la force qu’elle est susceptible d’avoir prend une place importante dans le film, comme dans la vie d’un enfant cet âge. Continuer la lecture de « Miraï, ma petite sœur – Au centre de la maison, la famille »

Heureux comme Lazzaro – Sons, lumières et magie

Au premier abord, on ne saurait dire, lorsqu’on sort de la projection du dernier long-métrage d’Alice Rohrwacher, d’où émane cette forte impression de puissance captivante et mystérieuse que le film a laissé en nous. Peut-être est-ce parce qu’il remue en nous des souvenirs d’innocence perdue : le film rappelle la beauté des contes d’autrefois.

Il était une fois alors, en Italie, dans une campagne et dans un temps reculé, un groupe de paysans exploité par la Marquise de Luna. Esclaves, ils obéissent et ne se révoltent pas. Lazzaro, jeune homme simple d’esprit et profondément charitable, est à son tour exploité par les autres paysans. Puis, il rencontre Tancredi, le fils de la Marquise, avec qui il noue une amitié qui dépassera les frontières spatio-temporelles. Continuer la lecture de « Heureux comme Lazzaro – Sons, lumières et magie »

Le Grand Bain – Plonger pour garder la tête hors de l’eau

« Il ne faut pas oublier que, le jour du déluge, ceux qui savaient nager se noyèrent aussi. » – Ramon Gomez de la Serna

Un bassin de faïence remplit d’eau chlorée, sept acteurs désabusés, bedaines et bonnets. Lellouche signe avec Le Grand Bain l’histoire de sept anti-héros magnifiques et des femmes qui les aiment, qu’elles soient leurs épouses, leurs filles ou leurs coachs.

Le film entier semble être construit sur la dualité corps/parole. En effet, là où le discours peine à verbaliser un mal-être, le corps exulte et se libère. Une fois que le corps des acteurs reprend la pesanteur de la terre dans les vestiaires ou le sauna, l’ineffable finit par se formuler en groupe. Chaque personnage semble d’ailleurs être isolé en dehors du lien social créé par la piscine. Continuer la lecture de « Le Grand Bain – Plonger pour garder la tête hors de l’eau »

Cannes 2018 – Capharnaüm : le coup de cœur de cette édition ?

Prix du Jury – Cannes 2018

On en parlait depuis quelques jours, Gaumont ayant acheté le film cher en espérant une présence au palmarès du nouveau Nadine Labaki. Sa présentation cannoise n’aura pas déçue, l’émotion ayant été forte et les espoirs d’une potentielle Palme d’or énormes. Continuer la lecture de « Cannes 2018 – Capharnaüm : le coup de cœur de cette édition ? »

Cannes 2018 – Un couteau dans le cœur : déchirante déception ?

Compétition officielle

Yann Gonzalez incarne ce renouveau du cinéma français, d’un cinéma plus personnel et esthétique, un cinéma dont le cœur balance entre les cultures underground et le cinéma expérimental. Son précédent long-métrage, Rencontres d’après minuit, était un objet unique en son genre mêlant la poésie d’un texte lyrique avec des thèmes s’articulant autour de la mort, de la sexualité, d’un désespoir profond et d’une croyance extraordinaire dans un cinéma différent. Bertrand Mandico, dont ses Garçons sauvages s’inscrit dans ce courant et a été un joli succès en salle cette année, incarne justement un réalisateur dans le film : tout se mêle, tout est lié, tout se fait écho, au sein de ce renouveau. On attendait beaucoup de ce Couteau dans le cœur, de ce qu’il oserait, tenterait, serait capable de faire. Sans doute que la compétition officielle à Cannes fragilise les films, surtout les œuvres les plus radicales. Cela expliquera sans doute une légère déception de voir que le film joue de codes convenus, assez classiques, malgré son univers personnel et la présence des ingrédients qui faisaient le sel de ses précédents projets. Continuer la lecture de « Cannes 2018 – Un couteau dans le cœur : déchirante déception ? »

Cannes 2018 – Dogman : un western italien qui a du chien

Prix d’interprétation masculine – Cannes 2018

Matteo Garonne est l’un des habitués de Cannes de cette sélection 2018. Deux fois Grand prix, il revient cette fois à nouveau avec un film noir, un film violent, un film sale et poussiéreux. Ça rappelle Gomorra. Mais ça n’en n’est qu’un morceau, dans lequel la brutalité est ouvertement animale… avec des chiens plus humains que les humains. Un simple toiletteur pour chien voit revenir un vieil ami sortant de prison, qui bouleverse son quotidien. Ce sera la loi du plus fort, un monde soumis à l’argent – on peut payer des tueurs, vouloir être payé pour aller en prison, payer sa coke – et le reste n’a pas d’intérêt. Garonne a son style, un style marquant : c’est un western italien – l’architecture de certains bâtiments y fait allusion, ainsi que les lieux ou même la gestion des espaces extérieurs. Continuer la lecture de « Cannes 2018 – Dogman : un western italien qui a du chien »

Cannes 2018 – Under the Silver Lake : tout ceci est mensonge

Compétition

Note : A24 a annoncé, le 1er juin 2018, décaler le film de six mois en vue d’un remontage, suite à l’accueil assez froid fait par presse américaine au film. La critique a été réalisé à partir de la version présentée au 71e Festival de Cannes.

Les mystères sont faits pour être résolus et notre monde est par endroit trop rationnel pour laisser libre court à l’extrapolation, l’affabulation, le plaisir de la réflexion – et parfois du délire qu’elle peut susciter. Dans son deuxième long-métrage, David Robert Mitchell impose sa patte, son style, mêlant à la fois le cinéma noir classique hollywoodien, la pop culture, l’étrangeté Lynchienne, c’est en somme un voyage extraordinaire de 2h30 dans cet univers où règne la folie qu’est Hollywood. Continuer la lecture de « Cannes 2018 – Under the Silver Lake : tout ceci est mensonge »

Cannes 2018 – Burning : ce feu intérieur qui disparaîtra

Compétition

Derrière chaque plan, Lee Chang-dong impose sa vision de l’Homme. Comme dans ses films précédents, cet Homme est oppressé, condamné à n’être qu’un substitut. Ses regrets ne suffisent pas à lui rendre la faculté de parler, il reste mutique, solitaire, isolé, réservé. À partir de là se dessine un souffle, un vent, une puissance qui s’étale sur deux heures trente. Après une introduction, la non-émergence d’un couple, le cinéaste coréen construit autre chose, un triangle amoureux, puis encore autre chose, un thriller, ou est-ce que tout ceci n’est qu’une tragédie ? Continuer la lecture de « Cannes 2018 – Burning : ce feu intérieur qui disparaîtra »