La Jetée – Histoire d’un instant

L’instant dans l’œuvre cinématographique, si l’on garde l’étymologie latine du mot instant, à savoir instans : ce qui est imminent, dérivé du verbe sto : être immobile, est alors pour moi l’image figée dans le déroulement filmé. Dans Le petit soldat (1963) de Jean-Luc Godard, le personnage de Bruno Forestier disait du cinéma : « La photographie cest la vérité. Et le cinéma cest vingt-quatre fois la vérité par seconde ». De cette phrase, nous ne retiendrons que la comparaison à la photographie. Le cinéma semble donc jumeau de la photographie en ce qu’il capte l’instant dans son mouvement. Il garde le déroulement au service de l’impression du temps par le spectateur. Je veux dire par là que l’image-mouvement mène à la conception de l’image-instant par le spectateur.

Le souvenir que j’ai de la vague du Finis Terrae (1929) de Jean Epstein, c’est celle d’un monde entre Ouessant et les pêcheurs de goémon, d’un monstre d’eau qui venait emprisonner Ambroise sur une île où le temps n’est que ce qu’il a. Le temps était ici allongé, je ne pouvais qu’attendre avec lui [Ambroise] que la mer se calme, que les vagues cessent, que le temps reprenne son cours une fois le vent levé. Capturer le mouvement de la mer revenait alors à saisir l’indompté, le sauvage, mais aussi le merveilleux que l’on peut percevoir face à cette étendue bleue infinie.

Continuer la lecture de « La Jetée – Histoire d’un instant »

Cannes 2018 – Burning : ce feu intérieur qui disparaîtra

Compétition

Derrière chaque plan, Lee Chang-dong impose sa vision de l’Homme. Comme dans ses films précédents, cet Homme est oppressé, condamné à n’être qu’un substitut. Ses regrets ne suffisent pas à lui rendre la faculté de parler, il reste mutique, solitaire, isolé, réservé. À partir de là se dessine un souffle, un vent, une puissance qui s’étale sur deux heures trente. Après une introduction, la non-émergence d’un couple, le cinéaste coréen construit autre chose, un triangle amoureux, puis encore autre chose, un thriller, ou est-ce que tout ceci n’est qu’une tragédie ? Continuer la lecture de « Cannes 2018 – Burning : ce feu intérieur qui disparaîtra »