Séjour dans les monts Fuchun – Récit au bord de l’eau

Le premier jour de l’année, je suis allé au cinéma. Je voulais sortir, prendre l’air, aller me promener, que ce soit au parc, en ville ou le long du Rhône. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais heureux, et je voulais partager ce moment avec quelqu’un. J’ai donc rejoins un ami qui habite à deux pas de chez moi. Au fil de la conversation nous vient l’idée d’aller au cinéma. Il ne nous reste qu’à choisir le film et la séance. Je remarque une affiche qui me fait penser aux films présentés au festival du premier film d’Annonay auquel nous allions, à la sortie du lycée, lorsque nous étions ensemble à l’internat.

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Vesoul 2020 | Voyage à Travers le Cinéma Asiatique

Deux jours à Vesoul, c’était suffisant pour découvrir pas moins de neufs longs métrages de fiction et visiter cinq pays d’Asie différents. Du 11 au 18 février de cette année, le cinéma Majestic de Vesoul a accueilli pour sa 26ème édition quelques 30 000 spectatrices et spectateurs lors du FICA, le Festival International du Cinéma Asiatique – un rendez-vous incontournable pour toutes les amoureuses et tous les amoureux des cinémas venus d’Asie. Voici le récit d’une belle épopée à travers une petite sélection composée de plaines du Tibet et d’un hôtel au bord d’une rivière. Continuer la lecture de « Vesoul 2020 | Voyage à Travers le Cinéma Asiatique »

Séjour dans les monts Fuchun – Prendre le temps pour saisir l’instant

Fuyang est une ville du sud-est de la Chine. Au cœur de nombreux événements historiques, elle est restée célèbre comme sujet d’une peinture du XIVe siècle de Huang Gongwang. Ce dernier réalisa un immense rouleau divisé en trois parties, dont l’une d’entre elle fut intitulée « Séjour dans les monts Fuchun ». Plusieurs siècles plus tard, le jeune réalisateur Gao Xiaogang l’invoque dans le cadre d’un projet faramineux, d’une ambition rare, un objet d’esthète absolument brillant. Continuer la lecture de « Séjour dans les monts Fuchun – Prendre le temps pour saisir l’instant »

Le rire de madame Lin – Rire encore, une dernière fois

Il ne s’y était pas trompé Wong Kar-wai en soutenant ce film dès sa projection à l’ACID, à Cannes – acte particulièrement inattendu : Zhang Tao est un jeune cinéaste chinois, dont Le rire de madame Lin est le premier long-métrage. Avec un tel parrainage, on ne pouvait être que curieux de découvrir cette œuvre atypique, sorte de quasi-Voyage à Tokyo bis, moderne et cruel.

Elle navigue de maison en maison, de chez son aîné à sa cadette, en passant par différentes nuances socio-familiales. Elle qui avait pourtant élevé autant d’enfants. Elle, si active, voit l’âge la rattraper. Cette vieille dame qui, désormais, n’est presque plus jamais en mouvement, devient une sorte de pilier, une présence, que le spectateur voit, parfois, au premier plan, parfois, dans un reflet. C’est une figure silencieuse, calme. Mais jamais, elle n’intervient dans son environnement, jamais elle n’est plus qu’une gêne inutile, comme tous les gens de son âge. C’est désormais une sorte de totem qu’on garde pour faire gage de bonne foi, de politesse. « Je m’occupe de ma (vieille) mère ». Continuer la lecture de « Le rire de madame Lin – Rire encore, une dernière fois »

[Critiques] Retour sur le Festival du Cinéma Chinois en France 2017 – Lyon

Comme chaque année , le Festival du Cinéma Chinois en France quitte la capitale pour se rendre dans des salles de projections de tout le pays. Nous avons à Lyon pu connaître quelques projections, et participer à certaines d’entre elles… ! Retour sur cette 7e édition :

Operation Mekong de Dante Lam

Sachez le : l’intérêt du festival réside dans la découverte de films chinois, ayant souvent connu un grand succès public, et comme en occident, les plus gros succès sont souvent les plus grosses productions. Operation Mekong est typiquement l’une d’entre elles : un tract militariste, propagandiste et prônant un impérialisme auquel le spectateur mécaniquement adhère parce qu’impliqué émotionnellement. Le film, qui se base sur des faits réels, raconte la traque de Naw Kham, dirigeant d’un trafic de drogue dans le « triangle d’or », c’est-à-dire la zone qui sépare la Thaïlande, le Laos et la Birmanie. Comme c’est le lieu de passage du fleuve Mékong, les trafiquants de drogue s’en servent pour faire passer leurs produits en Chine. Comme l’explique très bien la voix-off introductive, la jeunesse chinoise est bien sûre corrompue par la drogue, et il est affaire de sécurité nationale (internationale, même) d’intervenir. La Chine s’allie alors avec le Laos, la Thaïlande et la Birmanie pour mettre fin à ce trafic. Il ne s’agira en réalité d’une course poursuite pour savoir qui des quatre pays arrêtera le grand méchant en premier.

Ce méchant est si méchant qu’il exploite même des enfants en les droguant. Il les laisse même jouer à la roulette russe. Bref, un méchant très vilain, histoire de s’assurer que le spectateur ne soit pas perdu dans des dilemmes moraux. Le film est d’ailleurs assez crû : sont montrées en gros plan la mort de cet enfant en « jouant » à la roulette russe et d’un autre, carrément abattu par l’un des héros du film pour sauver son ami. Bien sûr, il ne développera pas de syndrome post-traumatique dans le film après avoir abattu dans le dos un enfant de, disons, maximum 7 ans. Cette violence assez extrême, et inexistante dans les blockbusters occidentaux, est surprenante. Surtout quand le film repose sur une opposition dichotomique bien/mal radicale et cherche à évacuer tout problème moral ou éthique pouvant la remettre en question.

Au-delà ce qui vient d’être dit, le film est intéressant : le spectateur français est totalement aseptisé par les grosses productions américaines. Il devient difficile de percevoir les codes utilisés à des fins de propagandes, qui ici, paraissent des énormités : le drapeau, la musique épique sur des scènes d’action iconiques, les valeurs défendues… Ce qui semble caricatural est en fait un miroir captivant de ce que nous ne voyons plus en regardant un film américain. Ici, les personnages principaux interviennent en attaquant un centre commercial dans lequel ils espèrent capturer le fils de leur ennemi. Dans cette scène, on oublie qu’il s’agit d’une intervention unilatérale de la part des forces spéciales chinoises, qui détruisent, saccagent l’endroit, et finalement s’enfuient lorsque les policiers locaux arrivent. En fait, l’impérialisme chinois que le film revendique est assez inédit : ce que les américains ne peuvent plus faire désormais (comme démontré par le Sicario de Denis Villeneuve), les chinois le font sans se poser trop de question.

Chongqing Hot Pot de Yang Qing

Le second film vu est un film un peu hybride. Trois amis d’enfance, suite à des travaux dans leur restaurant à fondues, découvrent un accès au coffre-fort de la banque d’à côté. Le film joue avec plusieurs tons : à la fois la comédie, la romance, et finalement le thriller. Ce mélange fait directement pensé au cinéma coréen contemporain, à des cinéastes tels que Na Hong-jin ou Park Chan-wook. La proximité va jusqu’à reprendre des choix de mise en scène, comme le plan-séquence et quelques choix musicaux issus de Old Boy. Contrefaçon ? Non, plus des influences fortes, voir des hommages. Le film est clairement une œuvre de cinéphilie : plus encore parce que c’est un film qui parle d’amitié, le générique, présentant des photographies du tournage, évoque clairement l’idée selon laquelle c’est aussi un film de potes. En fait, la vraie limite du film, c’est qu’il n’invente rien. Au-delà de sa générosité, on ne peut que souligner la maîtrise de sa dernière partie, violente, implacable et digne d’un vrai bon film de braquage.

Il est important de redire l’importance de sortir de sa zone de confort de spectateurs. Les festivals de films tels que celui-ci proposent un regard, un focus sur un cinéma dont nous ne maîtrisons pas tous les codes. Certains effets de styles, choix de mise en scène, comportements d’acteurs sont parfois vivement critiquables. Mais le cinéma chinois ne repose pas sur les mêmes références histoire que notre cinéma ou le cinéma américain. Il semble donc important d’accepter de sortir d’un certain quotidien cinéphile pour découvrir une autre culture de l’image, de la mise en scène. C’est important, d’autant plus que le cinéma chinois cache de jeunes talents qui restent à découvrir et qui pourraient, un jour, avoir une place capitale dans l’industrie du cinéma asiatique, mais aussi du cinéma mondial. Et vous pourrez dire, l’air fier, « c’est moi qui l’ai vu le premier ».

Remerciements à madame Candice Pelletier, à monsieur Noël Garino, ainsi qu’aux équipes du Festival du Cinéma Chinois en France et aux équipes de Pathé Bellecour.

Le Festival du Cinéma Chinois en France 2017 dévoile sa programmation lyonnaise

Le Festival du Cinéma Chinois en France (FCCF) organisera sa 7e édition la semaine prochaine à Lyon. Ce sera l’occasion de découvrir quelques films chinois ayant marqué l’année qui s’est écoulée. Malgré l’importance prise par le marché sinophone, rares en sont les productions qui arrivent jusqu’à nous. Le FCCF s’avère donc l’unique occasion de découvrir certains d’entre eux. Si tous les films de la programmation ne passent pas à Lyon, le Pathé Bellecour et le cinéma Les Alizés (dans le cadre de son ciné-club chinois) en proposeront une petite sélection.

 

 

Pathé Bellecour proposera ainsi sur deux jours, d’abord le samedi 10 juin la grosse production de Dante Lam Opération Mékong, puis Chongqing hot pot de Yang Qing, une comédie noire ayant fait l’ouverture du dernier festival du film de Hong Kong. Le lendemain seront présentés le film d’animation Big Fish and Begonia (à quelques jours de sa présentation au Festival du film d’animation d’Annecy dont nous vous reparlerons) et Journey to the west : the Demons strike back, produit et écrit par Stephen Chow (l’excellent Shaolin Soccer) et réalisé par Tsui Hark, sans doute l’un des plus grand cinéastes hongkongais (Il était une fois en ChineThe BladeTime and TideLa Bataille de la montagne du tigre,…).

Les Alizés (Bron) proposeront Crosscurrent le jeudi 15 juin, primé à Berlin en 2016 pour le travail de l’immense directeur de la photographie Mark Lee Bing Ping (ayant travaillé pour Hou Hsiao Hsien notamment).

 

 

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du festival et des salles organisatrices (Pathé Bellecour et Les Alizés).